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23/01/2017

La Haute autorité de santé va s’interroger sur les statines

Santé & Modes de vie

La Haute autorité de santé va s’interroger sur les statines

En 2013, 6,4 millions de patients suivaient un traitement par statines en France

Crédit : [roger ashford/ Shutterstock.com]

La Haute Autorité de Santé française s’interroge sur l’efficacité de la prise en charge de l’hypercholestérolémie. La Sécu dépense 1,2 milliard d’euros par an en remboursement de statines, nettement plus que dans les autres pays européens.

Les statines sont-elles bénéfiques d’un point de vue coût-efficacité ? À la demande du Collège de la Médecine générale et de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie, la Haute Autorité de Santé (HAS) va se pencher sur cette question, puis émettre des recommandations sur la prise en charge de l’hypercholestérolémie, d’ici avril 2016 (voir Prochaines étapes).

L’hypercholestérolémie est une maladie qui se caractérise par un taux élevé de LDL-cholestérol, ou mauvais cholestérol, dans le sang. Avec l’obésité, le diabète et l’hypertension artérielle, elle constitue un des facteurs de risque majeurs de maladies cardiovasculaires. Selon l’Étude nationale nutrition santé (ENNS), l’hypercholestérolémie a une prévalence de 30 % dans la population adulte française.

>> Lire : Nouvelles pistes pour évaluer le risque cardiovasculaire

Prendre en charge l’hypercholestérolémie signifie donc réduire la mortalité et les problèmes cardiovasculaires. Étant donné que des facteurs comportementaux, tels que le tabagisme, la sédentarité, l’alcoolisme ou une mauvaise alimentation, multiplient les risques d’être atteint d’hypercholestérolémie, la HAS rappelle qu’il est possible de traiter cette maladie grâce à des règles hygiéno-diététiques (alimentation saine, activité sportive, etc.).

>> Lire : La lutte contre les maladies cardiovasculaires freinée par l’obésité et le diabète

Des statines couteuses pour l’Assurance maladie

Ce traitement est souvent accompagné d’un traitement par statines, qui sont les médicaments destinés à traiter l’excès de cholestérol dans le sang. Selon la HAS, elles permettent de réduire de 10 % la mortalité toutes causes et de 15 à 23 % les différents types d’évènements cardiovasculaires.

En 2013, l’Assurance maladie indiquait que 6,4 millions de patients suivaient un traitement par statines en France, et chaque année, un million de nouveaux patients sont enregistrés. En 2012, le remboursement des statines représentait une dépense de 1,2 milliard d’euros.

>> Lire : Une étude recommande la prescription systématique de statines aux seniors

Selon une étude de la revue Cochrane citée par l’HAS, les statines, même utilisées chez des sujets à bas risque cardiovasculaire, sont bénéfiques. Cette revue rappelle cependant la nécessité de données complémentaires sur le rapport coût-efficacité pour élargir l’utilisation des statines aux sujets à bas risque cardiovasculaire.

Par ailleurs, une étude finlandaise a mis en lumière le fait que l’effet diabétogène des statines était sous-estimé. De 10 % à 20 %, le risque de développer du diabète passerait à 46 % en prenant des statines.

Mieux consommer pour mieux économiser

La HAS rappelle néanmoins que les recommandations sanitaires françaises, européennes et américaines reconnaissent l’efficacité clinique des statines chez le patient à risque cardiovasculaire, et ce, quelle que soit la molécule prescrite. En effet, l’assurance maladie souligne qu’il n’y a pas de différence d’efficacité entre la rosuvastatine (le médicament non générique) et la simvastatine (le générique), mais qu’il existe en France un véritable décalage de consommation par rapport à d’autres pays européens.

>> Lire : Le débat sur les effets secondaires des statines relancé

En France, la rosuvastatine totalise 30 % des prescriptions des patients à risques cardiovasculaires élevés alors qu’il existe un générique. Dans sept autres pays européens (Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, Italie, Finlande, Norvège, Espagne), la structure de consommation est inversée : la rosuvastatine représente en moyenne 7,8 % des prescriptions et la simvastatine représente entre 68,5 % et 82,5 % des volumes prescrits.

Ce choix de consommation a donc un impact majeur sur les économies du système de santé français, où le coût journalier des traitements par statines est deux fois plus élevé que dans les autres pays européens étudiés. L’Assurance maladie assure donc qu’en adoptant le modèle de consommation allemand, les économies générées pourraient atteindre 500 millions d’euros par an.

Contexte

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les maladies chroniques, comme les maladies cardiovasculaires et le cancer, sont de loin la principale cause de mortalité dans le monde, représentant 60% des décès.

Environ quatre millions de personnes en Europe et 1,5 million de personnes dans l'Union européenne meurent chaque année de maladies cardiovasculaires, selon l'European Heart Network (EHN) et la Société européenne de cardiologie (ESC). Les principales formes de maladies cardiaques sont les maladies coronariennes et les accidents vasculaires cérébraux.

Pour réduire le nombre de décès dus aux maladies cardiaques, l'Union européenne a décidé de s'attaquer aux déterminants de la santé sous-jacents derrière la santé cardiovasculaire dans son programme de santé 2014-2020.

Prochaines étapes

Agenda prévisionnel de l'étude de la Haute Autorité de Santé

  • Analyse des données de la littérature : juin à mi-octobre 2015
  • Réunions du groupe de travail : fin octobre – mi-décembre 2015
  • Consultation des parties prenantes : janvier 2016
  • Rédaction finale : février 2016
  • Validation par les instances de la HAS : mars-avril 2016
  • Diffusion : mai 2016

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