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06/12/2016

La méfiance à l’égard des vaccins se généralise dans l’UE

Santé & Modes de vie

La méfiance à l’égard des vaccins se généralise dans l’UE

De plus en plus de pays en Europe lèvent l'obligation vaccinale, mais pas en France, où le DTP est obligatoire.

(Crédit : Adam Gregor / Shutterstock.com)

L’obligation vaccinale vient d’être confirmée en France par le Conseil Constitutionnel.  Pourtant, de plus en plus de personnes se méfient de la vaccination, une tendance qui se généralise dans toute l’Europe.

Être obligé de vacciner ses enfants ne semble pas du goût de tout le monde. En tout cas, ça ne plaît pas à Marc et Samia Larère, qui ont saisi le Conseil constitutionnel d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) car ils refusaient de vacciner leurs deux enfants.

Les Sages ont rendu leur verdict le 20 mars : l’obligation vaccinale est conforme à la Constitution.  Comme beaucoup, les parents Larère jugent que le vaccin obligatoire en France, le DTP (diphtérie, tétanos, poliomyélite), présente un risque trop élevé et protège de maladies presque inexistantes en France.

Par ailleurs, le seul vaccin DTP sans aluminium a été retiré du marché en juin 2008 et, les autres vaccins DTP étant en rupture de stock depuis des mois, il ne reste plus que l’option du vaccin hexavalent. Un vaccin qui protège aussi contre l’hépatite B, alors que cela n’est pas obligatoire et que le vaccin est soupçonné de provoquer la sclérose en plaques.

«  C’est de la vente forcée », explique Michèle Rivasi. Ce sujet, l’eurodéputée EELV, en a fait son cheval de bataille. « La vaccination ce n’est pas anodin, je ne suis pas contre la vaccination mais pour un usage modéré », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse le 24 mars où elle a présenté l’opération « Mains propres » qu’elle mène auprès de Serge Rader, un pharmacien et lanceur d’alerte, pour dénoncer la généralisation des conflits d’intérêts et la corruption du secteur de la santé publique.

Pour la recommandation, contre l’obligation

Selon Serge Rader, s’il y a un secteur qui se porte bien, c’est celui des vaccins. En Europe, la France est le seul pays à maintenir l’obligation du DTP, qui contient trois vaccins : diphtérie, tétanos, poliomyélite. Le Code pénal réprime ceux qui ne respectent pas cette obligation.

Le Portugal maintient l’obligation vaccinale pour la diphtérie et la polio, et la Belgique pour la polio seulement. Ailleurs en Europe, l’Allemagne, l’Angleterre, les Pays-Bas, la Suisse, l’Espagne, en autres, ont tous levé l’obligation vaccinale.

>> Lire : Le sommet du vaccin récolte 6,6 milliards d’euros à Berlin

L’objectif de la Commission dans ce domaine est de maintenir ou augmenter les taux de vaccination contre les maladies pouvant être évitées. L’exécutif s’emploie donc à favoriser l’introduction des vaccins contre le cancer du col de l’utérus et à promouvoir le vaccin contre la grippe saisonnière chez les personnes à risque, entre autres. Sur ce dernier point, la recommandation du Conseil du 22 décembre 2009 exhortait les États membres à s’engager d’ici l’hiver 2014-2015 à vacciner chaque année 75 % des groupes à risque contre la grippe saisonnière. Un objectif qui, selon un groupe d’experts, n’a été atteint que par le Royaume-Uni et les Pays-Bas, et qui aurait pourtant pu éviter la mort de 9000 à 14 000 personnes chaque année.

« Nous sommes pour la recommandation, pas pour l’obligation », explique Michèle Rivasi. Serge Rader a quant à lui rappelé que des milliers de cas de sclérose en plaques ont été détectés suite aux vaccinations de l’hépatite B. Un exemple qui, selon lui, n’est pas spécifique à ce vaccin puisque dans le cas du vaccin ROR (rubéole, oreillons, rougeole), de nombreux cas d’autismes ont été signalés et qu’au Canada une jeune fille de 15 ans est décédée tout de suite après la deuxième injection de Gardasil, le vaccin contre le Papillomavirus.

« Je voudrais donner deux conseils à la population. D’abord, il n’y a pas d’urgence pour vacciner un nourrisson, car son système immunitaire est trop fragile la première année pour recevoir des vaccins. Ensuite, il est nécessaire de bien observer les effets secondaires et de les déclarer à l’organisation de pharmacovigilance », a expliqué Serge Rader. « C’est dans l’intérêt de la santé publique. Or, aujourd’hui, elle est dominée par les intérêts financiers », a-t-il continué.

Méfiance à l’égard des vaccins

Le 23 mars, le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) s’est inquiété du recul de la vaccination en France et de la méfiance de plus en plus répandue face aux vaccins. En effet, selon l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes), la méfiance de la population face aux vaccins est passée de 10 % en 2005 à 40 % en 2010.

« Il y a une baisse assez inquiétante de la vaccination en France, en particulier [contre] des pathologies qui risquent d’être graves » a déclaré le Professeur Roger Salamon, président du HCSP, un organe consultatif du ministère de la Santé, à l’Agence française de presse (AFP).

« Il y a des lanceurs d’alerte extrêmement dangereux […] parce qu’ils font perdre confiance aux gens », a-t-il ajouté, citant le Pr Henri Joyeux, ex-chirurgien cancérologue qui a pris position contre la vaccination systématique des enfants contre le papillomavirus (HPV), qui protège du cancer du col de l’utérus.

Lors d’une conférence en novembre 2014 sur la politique de vaccination dans l’UE, un panel d’experts avait rappelé la nécessité de mettre en place une campagne d’information efficace pour contrebalancer les lobbies anti-vaccination.

>> Voir l’infographie : la R&D met les bouchées doubles sur les vaccins

« Ce n’est que grâce à une nouvelle alliance entre les institutions et les parties prenantes, y compris la communauté scientifique et grâce à une nouvelle stratégie de communication avec le public que nous nous assurerons que tout le monde a accès à la vaccination, qui est un service essentiel pour la santé publique » avait expliqué la ministre italienne de la Santé lors de cette conférence.

Dans un avis rendu en septembre 2014, le HCSP s’était quant à lui exprimé en faveur d’un débat de société sur le maintien ou non d’une vaccination obligatoire en France et avait proposé la mise en place d’une vaccination gratuite dans des centres publics de vaccination.