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17/01/2017

La résistance aux antibiotiques alimentée par l’industrie pharmaceutique

Santé & Modes de vie

La résistance aux antibiotiques alimentée par l’industrie pharmaceutique

Des sociétés chinoises de production de médicaments déversent leurs déchets actifs dans la nature environnante, aggravant ainsi la résistance aux antibiotiques. [SumOfUs]

Une étude publiée le 11 juin dénonce le lien entre les grandes entreprises pharmaceutiques occidentales et certains producteurs chinois de médicaments qui déversent leurs déchets actifs dans la nature environnante, aggravant ainsi la résistance aux antibiotiques.

L’écoulement de produits antibiotiques dans l’environnement peut causer une résistance aux agents microbiens sur terre et dans les cours d’eau proches des sites. Les bactéries non résistantes sont tuées par la pollution, alors que les bactéries résistantes survivent et se multiplient, créant de nouvelles générations d’organismes plus résistants aux antibiotiques.

Ces « superbactéries » peuvent se disséminer rapidement dans le monde entier, à l’intérieur du corps humain. Elles peuvent aussi être transmises par le contact, via l’eau, les cultures et les produits animaux. Grâce aux moyens de transport modernes, elles parcourent ainsi de très grandes distances.

La Review on Microbial Resistance, comité de recherche qui délivre ses rapports directement au Premier ministre britannique, David Cameron, a averti que si aucune mesure n’était prise, la résistance aux antibiotiques pourrait tuer 10 millions de personnes tous les ans : les bactéries, de plus en plus résistantes, doivent être combattues avec des antibiotiques de plus en plus forts et le traitement de certaines maladies devient de plus en plus complexe.

L’Organisation mondiale de la santé et des gouvernements du monde entier, comme celui des États-Unis, ont qualifié la résistance aux microbiens de menace pour la santé publique mondiale, qui risque de rendre inefficaces les traitements contre des maladies très contagieuses, comme la pneumonie et la gonorrhée.

Les causes principales de ce phénomène sont l’utilisation excessive ou inadéquate de certains médicaments chez les humains et leur surconsommation dans l’élevage industriel. Selon l’organisation des consommateurs SumOfUs, le rôle de la pollution environnementale est passé largement inaperçu jusqu’ici.

Liens avec l’industrie pharmaceutique

Pour la première fois, le lien entre les usines chinoises qui rejettent des antibiotiques dans la nature et les grosses entreprises pharmaceutiques occidentales a été révélé, grâce aux enquêteurs de SumOfUs.

Pfizer et McKesson, qui détiennent les pharmacies Lloyds au Royaume-Uni, en Irlande, en France et en Suède, Celesio en Allemagne et OCP en France et au Portugal, font partie des entreprises citées dans l’enquête. La société israélienne Teva, le plus grand producteur de médicaments génériques au monde, présent dans plus de 60 pays, se fournit également en antibiotiques auprès de plusieurs entreprises polluantes.

L’enquête de SumOfUs a révélé un réseau obscur de relations commerciales entre des producteurs chinois, des intermédiaires indiens et les entreprises mondiales renommées. Ces révélations sont fondées sur des données douanières, des autorisations d’importation, des documents financiers et légaux des entreprises, des rapports d’autorités de régulation de plusieurs pays et des preuves directes obtenues lors d’une enquête secrète en Chine.

Les auteurs de l’étude exhortent les décideurs politiques de l’UE à rendre les chaînes d’approvisionnement de l’industrie pharmaceutique plus transparentes. Les écologistes réclament l’introduction d’un aspect environnemental aux bonnes pratiques de fabrication conditionnant l’accès des entreprises pharmaceutiques au marché européen. Dans l’UE, des règles très strictes s’appliquent à la qualité, la sécurité et l’efficacité des médicaments.

EurActiv a contacté Pfizer, Teva et McKesson le 11 juin, date de publication du rapport, dans l’espoir d’obtenir une réaction de leur part. À l’heure où nous publions cet article, ils n’ont toujours pas répondu.

La Commission européenne a également été contactée et a assuré que la résistance aux antibiotiques est une priorité de l’UE et que le rapport de SumOfUs recevrait « l’attention qu’il mérite ». Le sujet a été abordé lors du sommet du G7 en Bavière, a souligné l’exécutif européen, qui ajoute qu’un plan d’action a été mis en place par la Commission, dans le but d’ouvrir une coopération sur la réduction de la pollution environnementale par les médicaments antimicrobiens, et spécialement autour des structures de production de ces substances.

SumOfUs a exigé que les entreprises pharmaceutiques rendent leur chaîne d’approvisionnement plus transparente et cessent immédiatement d’acheter des principes pharmaceutiques actifs, la matière première utilisée pour créer les antibiotiques, aux entreprises polluantes.

« La bonne gouvernance écologique et la santé sont intrinsèquement liées. Le déversement d’antibiotiques dans la nature a des effets négatifs sur la santé de tous les habitants de la planète », rappelle Paul Ferris, de SumOfUs.

Anja Leetz, directrice exécutive de Health Care Without Harm Europe, insiste également sur le fait que ces superbactéries ne s’arrêtent pas aux frontières nationales ou continentales. « C’est pourquoi la pollution pharmaceutique en Chine est un problème très pertinent en Europe et pourrait avoir des conséquences sérieuses pour les Européens », déclare-t-elle.

« Il est temps que l’industrie pharmaceutique prenne ses responsabilités en matière d’approvisionnement et que la Commission européenne agisse pour que l’industrie cesse d’alimenter la crise mondiale de la résistance aux antibiotiques. »

Contexte

L'Organisation mondiale de la santé et des gouvernements du monde entier, comme celui des États-Unis, ont qualifié la résistance aux antibiotiques de menace pour la santé publique mondiale, qui risque de rendre inefficaces les traitements contre des maladies très contagieuses, comme la pneumonie et la gonorrhée.

La Review on Microbial Resistance, comité de recherche qui délivre ses rapports directement au Premier ministre britannique, David Cameron, a averti que si aucune mesure n'était prise, la résistance aux microbiens pourrait tuer 10 millions de personnes tous les ans.

Ces « superbactéries » peuvent se disséminer rapidement dans le monde entier, à l'intérieur du corps humain. Elles peuvent aussi être transmises par le contact, via l'eau, les cultures et les produits animaux. Grâce aux moyens de transport modernes, elles parcourent ainsi de très grandes distances.

Les causes principales de ce phénomène sont l'utilisation excessive ou inadéquate de certains médicaments chez les humains et leur surconsommation dans l'élevage industriel. Selon l'organisation des consommateurs SumOfUs, le rôle de la pollution environnementale est passé largement inaperçu jusqu'ici.

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