La résistance aux antibiotiques dans l’UE inquiète le Parlement

Les eurodéputés décident d'encadrer la consommation d'antibiotiques [Crédit : [Thirteen/ Shutterstock.com]

Les eurodéputés ont voté une résolution visant à améliorer la sécurité des patients, notamment en s’attaquant au problème de la résistance croissante aux antibiotiques, qui fait 25 000 morts chaque année dans l’UE.

Le Parlement européen a adopté, le 19 mai, en session plénière, un rapport d’initiative visant à améliorer la sécurité des patients et à lutter contre la résistance aux antimicrobiens.

Les députés européens considèrent que, dans l’UE, entre 8 et 12 % des patients admis dans des hôpitaux souffrent d’effets secondaires indésirables, comme des infections nosocomiales, c’est-à-dire les infections contractées dans un établissement de santé, par exemple. Ces dernières entrainent 37 000 décès par an.

Austérité vs sécurité

Lors du débat sur la résolution, le 18 mai, l’eurodéputé en charge du dossier, Piernicola Pedicini, membre du Groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe, a accusé les réductions budgétaires de favoriser une baisse de la sécurité des patients. Il a rappelé que l’austérité et la santé ne faisaient pas bon ménage. Il est essentiel de « supprimer les mesures d’austérité économique. Nous ne pouvons pas approuver des mesures, telles que la réduction du personnel médical ou du personnel spécialisé dans l’hygiène, qui ont un impact sur la sûreté des patients ».

Dans la résolution, adoptée avec 637 voix pour, 32 contre et 10 abstentions, les députés européens appellent donc les gouvernements nationaux à ne pas faire peser les mesures d’austérité sur leur système de santé, à poursuivre « le développement de systèmes de santé de grande qualité et hautement performants […] et à garantir un nombre suffisant de professionnels de la santé spécialisés dans la prévention et le contrôle des infections, ainsi que dans l’hygiène à l’hôpital ».

Résistance aux antibiotiques

Autre préoccupation des eurodéputés, la résistance croissante des Européens aux antibiotiques, qui cause environ 25 000 décès chaque année en Europe. Pour Piernicola Pedicini, « l’engagement de l’industrie pharmaceutique pour une recherche efficace de nouveaux médicaments antibiotiques et la recherche de nouvelles méthodes naturelles de lutte contre la pharmacorésistance » sont deux facteurs essentiels.

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En ce qui concerne les antibiotiques à usage humain, les eurodéputés ont proposé un panel de mesures suivantes visant à réduire leurs effets nocifs sur la santé des patients:

  • La stricte interdiction de leur utilisation sans ordonnance
  • Un diagnostic microbiologique préalable à la prescription d’antibiotiques
  • La mise en œuvre de pratiques de marketing visant à prévenir les conflits d’intérêt entre producteurs et prescripteurs
  • Une meilleure information et une surveillance accrue

Françoise Grossetête, eurodéputée française du groupe PPE, s’est félicitée du vote du Parlement. « Il faut certes encadrer et restreindre la consommation d’antibiotiques en bout de chaîne, mais il faut aussi encourager le développement de la recherche en antibiothérapie, rendue quasi atone par des barrières d’ordre économique, politique ou scientifique ».

Qualité des soins de santé

Pour réaliser ce rapport, les eurodéputés se sont appuyés, entre autres sur un Eurobaromètre spécial, intitulé « sécurité des patients et qualités des soins ».

Ce rapport indique que 71 % des Européens déclarent que la qualité des soins de santé dans leur pays est bonne. Toutefois, les disparités entre les pays sont notables.

En Belgique par exemple, 97 % des personnes interrogées déclarent que la qualité des soins de santé dans leur pays est bonne. En Autriche, ce pourcentage est de 96 % et en Finlande et à Malte, de 94 %. À l’inverse, seuls 25 % des Roumains et 26 % des Grecs partagent cet avis.

Malgré une opinion globalement favorable à l’égard de la qualité des soins de santé, la moitié des répondants (53 %) pensent qu’il est probable qu’un patient puisse subir un préjudice suite à des soins de santé hospitaliers ou en milieu non-hospitalier dans son pays. À cet égard, l’opinion des citoyens européens, et notamment celle des Espagnols, s’est largement dégradée depuis 2009.

Contexte

La résistance aux antimicrobiens représente une menace au niveau mondial. On parle de ce phénomène quand des organismes deviennent résistants à des médicaments qui sont censés les détruire.

Les bactéries peuvent devenir résistantes aux antibiotiques, les virus aux antiviraux et les parasites aux antipaludiques.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) indique que 150 000 décès sont provoqués la tuberculose multirésistante.

Le Centre européen de prévention et de contrôles des maladies (ECDC) estime que 25 000 décès sont attribuables chaque année en Europe à la résistance aux antimicrobiens. Elle estime son coût sur les dépenses en soins de santé et sur les pertes de productivité à plus de 1,5 milliard d'euros.

La situation est des plus graves, car les antimicrobiens sont devenus un outil essentiel de la médecine contemporaine. De nombreuses opérations chirurgicales ne pourraient avoir lieu sans eux.