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06/12/2016

La résistance aux antibiotiques menace la santé des Européens

Santé & Modes de vie

La résistance aux antibiotiques menace la santé des Européens

Le bétail chinois serait à l'origine de la propagation des superbactéries, selon The Lancet.

[Laika ac/Flickr]

Le recours excessif aux antibiotiques dans l’élevage intensif a permis le développement de bactéries intestinales résistantes à tous les traitements chez les animaux et les humains. Une situation qui pourrait mener à une grave crise sanitaire en Europe. Un article d’EurActiv Allemagne.

La colistine, un traitement antibiotique d’urgence, n’est depuis longtemps utilisée qu’en tout dernier recours, lors d’infections coriaces. Mais des chercheurs de l’institut fédéral allemand d’évaluation des risques, le BfR, ont trouvé des bactéries qui résistent à toutes les formes d’antibiotiques, notamment la dernière ligne de défense, la colistine. L’utilisation intensive d’antibiotiques dans l’élevage en Chine serait responsable de ces superbactéries.

Le rapport, rédigé par le BfR et le centre allemand pour la recherche sur les infections (DZIF), explique que des bactéries porteuses du gène transférable MCR-1 sont devenues résistantes à la colistine et ont été trouvées dans les intestins d’animaux de ferme en Allemagne. Le pathogène est aussi présent chez les humains. La propagation de ces bactéries résistantes pourrait signifier que certaines maladies n’auront à l’avenir pas de traitement sûr.

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C’est en étudiant des élevages de volaille que les chercheurs se sont rendu compte que certains pathogènes mortels, comme E.coli et la salmonelle, par exemple, avaient développé une résistance à la colistine. Les bactéries E.coli résistantes ont été surtout détectées chez les poulets élevés pour leur chair, comme l’explique un article de The Lancet Infectious Diseases.

« Ces résultats indiquent qu’il faut mettre en œuvre une stratégie sur l’utilisation responsable des antibiotiques », prévient Andreas Hensel, président du BfR. De nouvelles études moléculaires fourniront à présent davantage d’informations sur les risques de transfert de ces capacités de résistance entre bactéries.

Selon une édition récente de Scienxx, les bactéries résistantes ont été détectées en Chine à l’origine, en novembre 2015, à la fois chez les humains et chez les animaux, ainsi que dans des aliments. Les analyses semblent cependant indiquer que les pathogènes résistants à la colistine sont présents en Europe depuis un certain temps.

En 2015, les autorités danoises ont détecté le gène en question dans des échantillons de viande de volaille originaires d’Allemagne. Elles ont également été identifiées en Angleterre et aux Pays-Bas.

 >> Lire : Les maladies d’origine animale se multiplient dans l’UE

Les spécialistes s’inquiètent du fait que le gène MCR-1 est transférable d’une souche de bactérie à une autre. Il est donc possible que la résistance à la colistine se répande à présent rapidement et que les superbactéries deviennent un danger réel, avertissent les chercheurs.

>> Lire : La résistance aux antibiotiques dans l’UE inquiète le Parlement

Multiplication des bactéries campylobacter

À ce jour, les maladies d’origines alimentaires en Europe sont généralement dues à des bactéries camphylobacter. En 2014, l’institut Robert Koch et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies ont enregistré une hausse de 11,5 % des cas par rapport à l’année précédente.

« Tous les ans, environ 15 000 personnes meurent à cause de la résistance aux antibiotiques », souligne Christian Meyer, ancien ministre de l’Agriculture de l’État de Basse-Saxe. Il a appelé le ministre fédéral de l’Agriculture, Christian Schmidt (CSU) à dresser une liste des antibiotiques qui ne devraient plus être autorisés, ou uniquement en quantité limitée et dans les cas extrêmes, dans l’élevage intensif.

Hubert Weiger, de l’ONG allemande BUND, s’inquiète également de l’utilisation excessive d’antibiotiques. « En Allemagne, plus de 1 200 tonnes d’antibiotiques et d’antibiotiques de réserve sont utilisées dans la production de viande bon marché, soit le double de la consommation liée à la santé humaine. Sans ces médicaments, nombre d’animaux ne survivraient pas aux processus de l’élevage intensif », a-t-il souligné. « La pression de produire à moindre coût et les pratiques d’élevage cruelles devraient laisser la place à des conditions correctes et des prix justes. »

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