La santé, un investissement rentable selon le commissaire Andriukaitis

Vytenis Andriukaitis [Commission européenne]

La santé est un investissement et devrait être intégrée à tous les domaines de politiques, selon Vytenis Andriukaitis.

La plupart des États membres ont considérablement réduit leurs budgets santé ces dernières années à cause de la crise financière. Les gouvernements devraient pourtant envisager la santé comme un investissement plutôt que comme une dépense, a estimé Vytenis Andriukaitis lors d’un évènement organisé le 16 juillet par l’European Policy Centre. Dans son discours, le commissaire à la santé et à la sécurité alimentaire a souligné ses priorités d’ici 2019.

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« Nous devons changer le paradigme des politiques liées à la santé et la manière dont nous finançons, organisons et faisons fonctionner nos systèmes de santé, en se concentrant plus sur la prévention des maladies et la promotion de la santé », explique-t-il. « Il y a un raisonnement économique derrière cette proposition : plus les systèmes de santé investissent dans la santé publique, moins ils dépensent d’argent pour les traitements. »

Ce qui coûte cher, souligne le commissaire, ce sont les dépenses liées à des facteurs de risque comme l’obésité, l’inactivité physique ou l’abus d’alcool et de tabac.

« Le fardeau des maladies chroniques doit être supporté par toute la société et intégré à toutes les politiques. À mon avis, les facteurs de risques doivent être considérés comme faisant partie des dépenses sanitaires. Il ne suffit pas de promouvoir une bonne santé. Il ne suffit pas de dire aux gens de ne pas fumer ou boire excessivement, de manger sain et de faire de l’exercice », ajoute-t-il.

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Vytenis Andriukaitis a également expliqué que, conformément aux Traités, sa mission était d’ encourager l’inclusion de la santé à tous les autres domaines des politiques européennes et d’assurer que la santé de tous les citoyens européens était une priorité. Il s’était déjà engagé à ce sujet lors de son audition devant le Parlement en septembre 2014.

L’initiative du « mieux légiférer » de la nouvelle Commission, censée réduire les lourdeurs administratives et rendre les lois européennes plus rentables, ralentit cependant l’avancement de certaines mesures sanitaires importantes, se sont plaint nombre d’ONG de santé et d’environnement, ainsi que certains fonctionnaires européens.

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Les ONG de la santé reprochent notamment à la Commission d’avoir retardé les travaux en cours sur une stratégie européenne sur la consommation excessive d’alcool, qui devrait à présent être intégrée à un programme plus général sur les maladies chroniques.

L’ancienne stratégie sur l’alcool était inefficace

« J’ai pris note de l’appel du Parlement pour une stratégie européenne sur l’alcool. Lors de discussions récentes au Conseil, j’ai été heureux de voir les États membres coopérer pour réduire la consommation excessive d’alcool. Dans ce contexte, j’organise des discussions à la Commission sur le meilleur moyen de soutenir les efforts des États membres et d’encourager la coopération au niveau européen. À ce stade, la Commission n’a toutefois pas encore pris de décision », indique le commissaire.

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L’ancienne stratégie sur l’alcool, qui expirait en 2014, n’était pas efficace, estime cet ancien médecin. « Nous devons trouver des façons plus efficaces d’aborder la consommation et l’excès d’alcool. »

Le commissaire préfèrerait mettre sur pied un projet complet qui aborde la consommation d‘alcool, mais se penche aussi sur la réduction des facteurs de risques entrainant l’abus d’alcool.

Vytenis Andriukaitis a souligné la nécessité de se pencher sur les publicités pour l’alcool, surtout sur Internet, et serait prêt à discuter des règles européennes d’étiquetage des aliments. En effet, les boissons alcoolisées sont à ce jour dispensées de l’obligation d’indiquer certaines informations nutritives (calories, etc).

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« Je vous demande de m’aider à arriver à de vrais résultats », a conclu le commissaire. « C’est simple : sans l’aide de la société civile, des ONG, des groupes de réflexion, je ne parviendrai pas à mon objectif. »

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Contexte

Lors de son audition de confirmation au Parlement européen en septembre 2014, le lituanien Vytenis Andriukaitis, alors futur commissaire à la santé et à la sécurité alimentaire a listé ses priorités : « promouvoir une couverture sanitaire universelle, renforcer les soins de base, améliorer la qualité et la sécurité et promouvoir l’e-santé ».

Il a également indiqué que l’UE n’affaiblirait pas ses normes de sécurité dans le cadre des négociations du Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (TTIP), après que certains eurodéputés aient exprimé leurs craintes à ce sujet. Les eurodéputés s’inquiètent surtout des règles sur l’utilisation d’hormones ou d’antibiotiques sur les animaux. Ces règles empêchent l’exportation vers l’Europe de certains produits américains.