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23/01/2017

Le manque de prévention dans le système de santé français interroge l’OCDE

Santé & Modes de vie

Le manque de prévention dans le système de santé français interroge l’OCDE

Les Français font encore partie des plus gros consommateurs de tabac et d'alcool.

Crédit : [Photographee.eu / Shutterstock.com]

Pour l’OCDE, aucun pays n’est « premier » en termes de santé, même pas la France. Lors de la présentation de son panorama de la santé 2015, l’organisation a montré les forces et les faiblesses du système de santé français. 

En 2000, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait évalué les systèmes de santé dans le monde et en avait conclu que la France était le pays qui fournissait les meilleurs soins de santé. 15 ans plus tard, c’est l’OCDE qui s’attèle à la tâche avec son panorama de la santé 2015. Pour la France, le bilan est beaucoup plus mitigé.

Le système de français est bon mais n’est pas le meilleur. Comme pour les autres pays, il a ses forces et ses faiblesses. Dans son panorama de la santé 2015, l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), dresse un bilan complet de l’état de santé des populations et des performances des systèmes de santé de ses 34 pays membres.

Espérance de vie

Dans tous les pays de l’OCDE, l’écart entre l’espérance de vie chez les hommes et chez les femmes reste important. En moyenne, l’espérance de vie à la naissance atteint 77,8 ans pour les hommes et 83,1 ans pour les femmes, soit une différence de 5,3 ans. En France, l’espérance de vie est longue par rapport à d’autres pays de l’OCDE, mais cet écart y est encore frappant. Les Françaises vivent en moyenne jusqu’à 85,6 ans alors que l’espérance de vie des Français est de 79 ans. La France se classe donc 3ème (après le Japon et l’Espagne) en termes d’espérance de vie des femmes, mais 15ème pour celle des hommes.

Facteurs de risque de maladies chroniques

Le rapport se penche entre autres sur la mortalité cardiovasculaire. Les maladies cardiovasculaires sont encore la principale cause de décès dans les pays de l’OCDE. Même si la France affiche les taux les plus faibles, elle ne fait pas assez d’efforts pour réduire les facteurs de risques.

En 2013, 24 % de la population française fumait, alors que la moyenne de l’OCDE se situe à 20 %. À titre de comparaison, la Suède compte 11 % de fumeurs, soit deux fois moins, et la Grèce, qui se trouve en queue de peloton, compte 39 % de fumeurs.

L’OCDE conseille donc à la France de s’inspirer des mesures prises en Australie, par exemple, pays qui a instauré une loi sur les paquets neutres.

>> Lire : Dix pays défendent le paquet neutre face au lobby du tabac

En termes d’alcool, la consommation a certes baissé par rapport à 2000 (14 litres par habitant âgé de 15 ans et plus) mais la France se situe toujours dans les premiers consommateurs avec 11 litres par habitant. La moyenne de l’OCDE se situant à 9 litres, la situation de la France peut s’expliquer par le fait que le pays taxe moins l’alcool, notamment le vin, que les autres pays.

L’organisation salue toutefois les mesures prises dans le cadre de la loi Évin, qui a permis de limiter la publicité des boissons alcoolisées, et invite la France à poursuivre dans cette direction.

>> Lire : Alcool, tabac et obésité minent les progrès de la santé en Europe

Par ailleurs, l’obésité en France reste encore moindre par rapport aux autres pays de l’OCDE mais continue sa progression. En 2000 un adulte sur neuf était obèse, en 2012 c’est un adulte sur sept. Il est donc important de promouvoir une alimentation plus saine et une activité physique dès le plus jeune âge.

Dépenses et prévention

« En moyenne, dans les pays de l’OCDE, seuls 3 % du total des dépenses de santé sont affectés à la prévention. En France, ce taux est encore plus bas, il se situe autour de 2 % », a regretté Francesca Colombo, chef de la division santé à l’OCDE. « Ce n’est pas suffisant » a-t-elle ajouté, expliquant qu’il fallait placer la prévention au centre des politiques de santé.

>> Lire : « Plus de prévention permettrait de réduire les dépenses de santé »

Grâce à la sécurité sociale et aux assurances complémentaires, la France fait partie des pays où les dépenses à la charge du patient sont les plus faibles. Les dépenses de santé représentent 1,4 % de la consommation totale des ménages français, soit deux fois moins que la moyenne des pays de l’OCDE (2,8 %)

Gaëtan Lafortune, économiste sénior et expert santé à l’OCDE a toutefois rappelé qu’il ne fallait pas faire l’amalgame entre système de santé et état de santé. « La santé n’est pas déterminé par les dépenses de santé », et les États-Unis en sont l’exemple, a-t-il affirmé. « Les États-Unis dépensent 16,8 % de leur PIB dans la santé, soit deux fois plus que la moyenne des pays de l’OCDE, mais n’ont pas forcément les meilleurs résultats ».

Le rapport montre en effet qu’aucun pays n’est « premier » en matière de santé car leur classement varie selon divers indicateurs de la qualité des services de santé.