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29/07/2016

Le régime crétois mis en danger par de nouvelles étiquettes

Santé & Modes de vie

Le régime crétois mis en danger par de nouvelles étiquettes

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L'Italie s'inquiète de la proposition britannique d'étiqueter de « feux rouges » les aliments dans l'UE. Un système qui pourrait nuire au régime légumes-huile d'olive, réputé contre les maladies cardiovasculaires.

Lors d'une réunion le 16 décembre, le gouvernement italien a expliqué aux ministres européens de l'Agriculture que l'alimentation méditerranéenne, aussi appelée régime crétois, pourrait être considérée comme « mauvaise pour la santé » si la proposition britannique visant à introduire des étiquettes vertes, oranges et rouges était adoptée.

Selon les représentants du pays de la Dolce Vita, les producteurs italiens pourraient perdre environ 200 millions d'euros de chiffres d'affaires avec ce changement d'étiquettes.

En juin, le Royaume-Uni a mis en place un système de « feux de signalisation » mentionnant les repères nutritionnels journaliers (RNJ) . Il porte son nom en raison des couleurs utilisées sur les étiquettes : vert, orange et rouge. Plus un aliment contient de calories, de graisse saturée, de sucre et de sel, plus l'étiquette tirera vers le rouge.

Le gouvernement britannique a proposé en octobre que ce système soit adopté à l'échelle de l'UE. Il affirme que cela pourrait aider les consommateurs à faire des choix alimentaires plus sains et réduire les taux d'obésité.

Ce projet menace les aliments italiens

La délégation italienne auprès de l’UE explique dans un communiqué que l'information contenue sur les étiquettes colorées est « simpliste et ne prend pas en compte la combinaison des produits alimentaires dans un régime sain ».

La cuisine méditerranéenne est considérée comme l'une des plus saines au monde. Elle contient généralement un mélange équilibré entre d'une part des aliments gras, comme le fromage, la charcuterie ou l'huile d'olive, et d'autre part des fruits et des légumes. L'UNESCO a inscrit ce régime alimentaire au patrimoine culturel mondial. Il est souvent considéré comme un rempart contre les maladies cardiovasculaires.

En ayant recours à ces étiquettes, la réglementation européenne risquerait de contrecarrer les efforts qu'elle fait par ailleurs pour soutenir les ventes de ces ingrédients.

De nombreux produits méditerranéens, comme la mozzarella et le jambon de Parme, sont protégés par des systèmes de qualité européenne. Ces appellations permettent de certifier l'origine géographique et la production traditionnelle de certains aliments. Les appellations d'origine protégée pour le vin en font aussi partie.

« De nombreux aliments qui bénéficient des systèmes de qualité européens […], comme le fromage, le miel, la confiture et la compote de fruits, […] recevront une étiquette rouge », peut-on lire dans le communiqué italien.

Ce changement pourrait avoir des répercussions sur la méthode de fabrication des produits alimentaires italiens.

« Par conséquent, les aliments portant des marques de qualité européenne devraient respecter des règles strictes sur la composition, alors que d'autres produits pourraient être librement reformulés, ce qui changerait leur teneur en graisse, sucre et/ou sel en vue d'obtenir l'étiquette verte », indique la délégation.

Paolo Di Croce, le secrétaire général de Slow Food International, une organisation en faveur de la nourriture saine, explique à EurActiv que le système des étiquettes colorées est « trompeur » étant donné qu'il « ne fournit pas suffisamment d'informations sur la qualité du produit : les informations sont trop limitées ».

« Les graisses, les sucres, les glucides peuvent être plus ou moins bénéfiques pour la santé en fonction des ingrédients de base et du processus de production », déclare-t-il.

La valeur des exportations d'aliments italiens qui porteraient une étiquette rouge selon le système britannique est estimée à 632 millions d'euros par an.

Distorsion du marché

La délégation italienne juge que le système de « feux rouges » pourrait créer des distorsions au sein du marché intérieur, puisque la proposition britannique ne contraint pas les États membres d'harmoniser leurs règles.

Du coup, les mêmes couleurs pourraient représenter des taux différents en fonction des États membres.

« Dans d'autres États membres, le même produit sur la même étagère dans le même supermarché pourrait être étiqueté de deux, voire 28, différentes façons. En effet, les produits étiquetés selon le système britannique pourraient être mis en vente dans d'autres États membres, surtout si les fabricants et les commerçants [qui appliquent le système sur une base volontaire] opèrent à l'échelle de l'UE », indique le communiqué italien.

Quelque 15 autres États membres, notamment la Croatie, soutiennent la position de l'Italie dans ce dossier.

Contexte

Le ministère britannique de la Santé a adopté un système d'étiquetage coloré permettant de définir la quantité d'énergie et de graisse saturée ainsi que la teneur en sucre et en sel des aliments. Tous les commerçants britanniques ont souscrit à ce système.

Les couleurs sont utilisées en fonction des repères nutritionnels journaliers (RNJ), le principal cadre de référence pour les emballages en Europe.

En 2010, les eurodéputés ont rejeté une proposition similaire de la Commission européenne sur un « système de support visuel » mais ont approuvé l’étiquetage obligatoire des alimentaire mentionnant les RNJ.

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