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21/01/2017

Le système de santé bulgare est le pire d’Europe

Santé & Modes de vie

Le système de santé bulgare est le pire d’Europe

Vytenis Andriukaitis, commissaire européen à la santé et Petar Moskov, ministre roumain de la Santé. [European Commission]

Malgré un nombre d’hôpitaux par habitant le plus élevé d’Europe et des dépenses de santé publique en augmentation, la Bulgarie détient toujours le record européen de mortalité. Un bilan qui a poussé Sofia à lancer une vaste réforme.

Avec un taux de mortalité de 15 décès pour 1 000 habitants, « la Bulgarie occupe toujours le dernier rang de l’Union européenne », se désole le directeur de l’Institut des statistiques, Serguei Tsvetarski, devant un indicateur qui n’a guère connu d’amélioration en 10 ans.

Tous les indices sont dans le rouge : l’espérance de vie de 74 ans est parmi les plus basses de l’UE tandis que « la probabilité de décès d’un enfant de moins de cinq ans en Bulgarie est deux fois plus élevée que la moyenne européenne », un chiffre « cauchemardesque », selon Petar Moskov, le ministre de la Santé.

La mortalité infantile atteint même 20 pour 1 000 au sein de la minorité Rom, la plus défavorisée dans ce pays lui-même le plus pauvre de l’UE.

>> Lire : L’UE déplore la lenteur de l’intégration des Roms

« Ce système a besoin d’un changement douloureux », indique à l’AFP le ministre de la Santé, qui a engagé une réforme de la santé aussi ambitieuse que controversée. Objectif : réduire le taux de mortalité de 20 % d’ici 2020.

Pour le gouvernement conservateur du Premier ministre Boïko Borissov, tout le financement du système doit être revu. Les dépenses de santé ont certes augmenté de 53 % en cinq ans, mais « sans amélioration tangible de la qualité », relève le ministre des Finances, Vladislav Goranov.

La santé publique coûte cher à l’État mais aussi aux patients, alors qu’un Bulgare sur cinq vit au-dessous du seuil de pauvreté de 323 leva (165 euros) par mois.

« Des paysans pauvres vendent des chevaux, des charrettes pour se procurer de l’argent pour se soigner », témoigne Ivan Gueorguiev, médecin de Pleven, au nord du pays.

La Banque mondiale s’est encore récemment alarmée de la part disproportionnée que les assurés sont obligés de payer de leur poche pour les soins et les médicaments. Cette part atteignait 43 % en 2013, le taux le plus important d’Europe.

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Hospitalisations excessives et inutiles

 « J’ai des patients hypertoniques qui refusent un médicament efficace et en demandent un moins cher, avec le risque que leur état empire », témoigne Hristo Nikolov, généraliste.

L’assurance maladie ne couvre que 25 % du prix des médicaments soignant l’hypertonie, une tension excessive des muscles. Même la dialyse, incontournable pour les malades souffrant d’insuffisance rénale, n’est pas entièrement prise en charge.

Parallèlement, l’assurance maladie peine à rembourser les frais facturés par des établissements hospitaliers qui poussent comme des champignons et prescrivent des soins parfois superflus, voire imaginaires.

Le ministre de la Santé dénonce d’ailleurs une « surhospitalisation », le taux de traitement à l’hôpital étant de 40 % plus élevé que la moyenne européenne. Une pratique malheureusement directement liée au remboursement des soins : « J’ai passé trois jours à l’hôpital pour un simple examen des intestins qui a pris une demi-heure, mais si j’étais partie plus tôt, cet hôpital privé n’aurait pas été remboursé », car la durée minimale de séjour pour être remboursé est de trois jours, affirme Rossitsa Smilova, une vendeuse de Sofia.

La corruption contribue également au coût élevé des soins. « Nous avons graissé la patte aux infirmières pour qu’elles ne négligent pas mon père », hospitalisé pour un infarctus, reconnaît Kiril Stankov, électricien.

La réforme de la santé entend donc faire le ménage dans le système. Le nombre d’hôpitaux financés par l’assurance maladie sera réduit, selon le type de soins offerts. Parallèlement à cela, les empreintes digitales des malades seront prélevées pour limiter le nombre d’hospitalisations fictives.

L’accent sera mis sur la prévention, inexistant, notamment au sein de la minorité Rom. Une taxe sur les aliments à haute teneur en sucre et en sel est également envisagée, même s’il existe déjà des taxes sur certains aliments.

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La continuité et la gratuité des soins aux malades dont la vie est en jeu sera désormais assurée, affirme le ministre de la Santé. « Il n’y aura plus de différence entre pauvres et riches face aux maladies graves. Les infarctus, les accidents cérébraux et les cancers seront immédiatement traités et totalement gratuits aussi longtemps que nécessaire », assure-t-il.

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