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11/12/2016

L’enjeu du prix des médicaments concerne aussi les pays en développement

Santé & Modes de vie

L’enjeu du prix des médicaments concerne aussi les pays en développement

Arzneimittelpreise hängen oftmals vom Forschungsaufwand ab und können exorbitante Höhen erreichen.

[Yu Morita/Flickr]

La France tente de mobiliser le G7 sur le prix des médicaments, qui pèse sur les systèmes de sécurité sociale. Les prix pratiqués sont parfois encore plus élevés dans les pays en développement.

Le prix élevé de certains médicaments pèse sur les systèmes de santé de nombreux pays développés. Face à cette situation qui se généralise, le président François Hollande a endossé le costume de prêcheur.

Dans la revue médicale «The Lancet», le président français a signé un édito dans lequel il met en garde contre les coûts exponentiels des médicaments depuis quelques années, notamment des nouveaux traitements contre le cancer ou l’hépatite C.

Dans l’édito, le président affirme que la France a « pris l’initiative de mobiliser le G7 ». Une réunion des ministres de la Santé des sept pays les plus riches de la planète (États-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Canada) devrait plancher un sur une coordination meilleure entre autorités de régulation, industrie pharmaceutique et patients.

Accès aux nouveaux médicaments

De son côté, le Secrétaire général des Nations Unies s’est également emparé du sujet. En novembre 2015, il a mis en place un Panel de Haut Niveau sur l’accès aux médicaments, qui doit rendre des propositions dans les mois à venir.

« Ce moment politique est lié aux risques que le prix des médicaments font courir  aux systèmes de santé des pays développés, notamment ceux contre le cancer et l’hépatite C » explique Bruno Rivalan d’Action mondiale Santé.

L’objectif de cette initiative, faire baisser le prix des médicaments, risque toutefois de passer à côté d’un enjeu plus crucial : l’accès aux médicaments dans les pays à plus faibles revenus.

>>Retrouvez l’édition spéciale : Combattre la maladie dans les pays en développement

« La question est de savoir si la logique de la France est simplement de faire baisser le prix des traitements dans les pays industrialisés, ou de rechercher un nouveau modèle global qui délierait le coût de la recherche de celui des médicaments », souligne Bruno Rivalan.

En effet,  les réponses à apporter au coût des médicaments ne sont pas les mêmes selon le niveau de développement des pays.

Dans les pays les plus pauvres, ce sont les centrales d’achat groupées, telles qu’UNITAID, ou les subventions internationales qui permettent aux pays d’acheter les traitements. Dans certains cas, les laboratoires raccourcissent la durée d’exploitation exclusive de leurs brevets, afin de permettre la fabrication de génériques, moins coûteuse.  Une concession qu’à récemment faite le laboratoire GSK.

« Résultat, les pays les plus pauvres sont plus ou moins protégés de cette hausse des coûts des traitements » explique Bruno Rivalan.

Ce sont les pays à revenu intermédiaire qui sont frontalement touchés par cette inflation. « Lorsqu’ils arrêtent de percevoir l’aide internationale, ces pays comme le Maroc, l’Indonésie ou le Gabon doivent acheter les traitements au prix du marché » poursuit-il.

>>Lire : L’Indonésie affronte les pandémies malgré la suppression des aides de l’UE

Sans tarifs solidaires, l’achat de traitement s’avère alors extrêmement coûteux, parfois même plus que dans des pays à hauts revenus.  « Il faut davantage de transparence sur les tarifs d’achat. Si Le Maroc sait, lorsqu’il négocie le prix d’achat avec les laboratoires du vaccin HPV , qu’il le paye plus cher que la France, la négociation ne se déroulera pas de la même manière » selon Bruno Rivalan.

L’Amérique latine s’organise

Pour s’assurer un accès à des traitements innovants à un prix raisonnable, les pays d’Amérique latine ont d’ores et déjà commencé à s’organiser.

>>Lire l’interview d’UNITAID : « Les nouveaux traitements contre le sida sont accessibles en 2 ou 3 ans en Afrique »

Les ministres de la Santé de l’Union des nations sud-américaines (Unasur), qui rassemble la quasi-totalité des pays d’Amérique du Sud, se sont entendus en septembre 2015 pour négocier en commun les prix auprès des laboratoires pharmaceutiques pour les médicaments onéreux.

La négociation conjointe des pays d’Amérique latine va débuter en mai 2016, a confirmé le gouvernement uruguayen. Une instance dédiée sera chargée de négocier les traitements anticancéreux, notamment contre le cancer du côlon et celui du sein.« Cette organisation commune avec les pays de la région, est une très bonne nouvelle » a affirmé le ministre de la Santé publique, Jorge Basso.

Contexte

Le prix des médicaments  est devenu un sujet de préoccupation international, notamment à cause de l’inflation galopante des prix des traitements les plus récents contre le cancer.

Les pays les plus pauvres profitent aujourd’hui d’une solidarité internationale qui leur permet d’échapper en partie à cette hausse des prix.

Les autres pays négocient chacun le prix d’achat avec les laboratoires pharmaceutiques. Résultat, le prix d’achat peut fortement varier d’un pays à l’autre.