Les cardiologues veulent des traitements plus agressifs contre le cholestérol

Congrès de la Société européenne de cardiologie à Londres. [Henriette Jacobsen]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Le risque cardiovasculaire.

Édition spéciale. Le seuil au-delà duquel le mauvais cholestérol est considéré dangereux devrait être abaissé, selon les chercheurs. 

Il vaut toujours mieux avoir le moins de mauvais cholestérol (LDL) possible, ont souligné les chercheurs spécialistes des maladies cardiovasculaires, à l’occasion du congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC), qui s’est tenu à Londres la semaine dernière (du 29 août au 5 septembre).

En 2011, la société européenne d’athérosclérose (EAS) et la Société européenne de cardiologie (ESC) ont recommandé que les patients à haut risque pour les maladies cardiovasculaires réduisent à moins de 70 mg/dl leur taux de lipoprotéines de faible densité (LDL).

Pour les patients présentant un risque élevé de maladie cardiovasculaire, l’objectif est de passer sous la barre des 100 mg/dl. Si cet objectif ne peut vraiment pas être atteint, les patients devraient au moins diviser par deux les taux de LDL.

Nouvelles lignes directrices

À la fin de l’année 2013, l’American College of Cardiology (ACC) et l’American Heart Association (AHA) ont toutefois présenté de nouvelles lignes directrices éliminant les objectifs chiffrés.

Aujourd’hui, les chercheurs du congrès de l’ESC estiment pourtant qu’il faudrait revenir à cette méthode de mesure et assurent qu’ils devraient même être revus à la baisse.

John Kastelein, professeur de médecine à l’université d’Amsterdam, et Kausik Ray, professeur de prévention des maladies cardiovasculaires, sont tous deux opposés aux recommandations de l’ACC et de l’AHA et critiquent l’absence d’objectif clair.

Kausik Ray est pour une réduction aussi drastique que possible. « C’est le mieux pour les patients », a-t-il assuré à EURACTIV.

De nouvelles options de traitement

Malgré les recommandations européennes, un tiers des patients qui reçoivent des traitements pour réduire leur taux de cholestérol, les statines, n’atteignent pas leur objectif, explique John Kastelein.

Le résultat est encore moins satisfaisant pour les patients souffrant d’hypercholestérolémie familiale (HF), une maladie génétique caractérisée par un taux de cholestérol très élevé.

Jusqu’à récemment, on estimait à une personne sur 500 le nombre de malades d’HF, mais les chercheurs estiment aujourd’hui que les cas seraient deux fois plus nombreux, ce qui ferait de l’HF l’une des maladies héréditaires les plus communes au monde.

Selon le professeur, il existe deux raisons qui empêchent les patients d’atteindre leur objectif. Premièrement, les statines ne sont pas toujours assez puissantes pour suffisamment abaisser le taux de HDL.

Ensuite, tous les patients ne tolèrent pas bien les statines. « Il y a 20 ans, les gens venaient dans la clinique à cause de leur taux de cholestérol trop élevé. Aujourd’hui, la plupart d’entre eux sont là à cause de leur intolérance aux statines », indique-t-il.

Des traitements sur mesure

De nouveaux médicaments récemment mis sur le marché visent à réduire le taux de cholestérol des patients intolérants. La vente du Praluent, un nouveau traitement élaboré par Sanofi et Regeneron, a été autorisée en février dernier pour l’Europe, deux mois après l’approbation du Repatha, un composé similaire des laboratoires Amgen.

Kausik Ray a pourtant souligné que ces nouveaux traitements doivent être utilisés avec prudence et que les médecins devront adapter les doses à chaque patient. « Je pense qu’il faut trouver un moyen de déterminer la risque absolu, puis intégrer la réduction du risque absolu au calcul des objectifs personnels », estime-t-il.

Robert Eckel, professeur de médecine à l’université du Colorado, se dit en faveur des nouveaux traitements, qui pourraient réduire les taux de mauvais cholestérol jusqu’à 70 %.

« [Les nouveaux médicaments] semblent fonctionner pour faire baisser le taux de cholestérol, chez les personnes atteintes d’HF, les patients à haut risque et les personnes intolérantes aux statines », indique-t-il.

>> Lire : De nouveaux médicaments pour s’attaquer au mauvais cholestérol

Contexte

Le congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC) est le plus grand évènement au monde sur les maladies cardiovasculaires.Il permet de présenter et de débattre sur les dernières techniques et recherches en cardiologie, et de la façon dont elles peuvent améliorer la vie des patients.

Cette année, le congrès de Londres s'est penché sur les avancées en termes de prévention, de diagnostic et de traitement des maladies cardiovasculaires.

Ce congrès de plus de 500 sessions a compté sur la participation de facultés prestigieuses du monde entier et la présentation de plus de 4 600 recherches.

Prochaines étapes

  • 29 sept. : Table ronde de l'institut EURACTIV au Parlement européen, sur le thème « le cholestérol au cœur de la famille ».