Les fontaines à soda désormais interdites en France

Les députés français ont voté l'interdiction des fontaines à soda, ou free refill. [Crédit : [Mike Mozart / flickr.com]

Les députés français ont voté l’interdiction des fontaines à sodas en libre-service, une mesure intégrée à la loi santé et qui a pour objectif de lutter contre l’obésité.

Défendu par le député Arnaud Richard (UDI), l’amendement au projet de loi de modernisation du système de santé qui consiste à interdire les fontaines à sodas a été voté à l’unanimité par l’hémicycle, qui a adopté définitivement la loi sur la santé le mardi 14 avril. Certains fast-foods français vont donc devoir revoir leur stratégie marketing.

Le « free refill » est un système originaire du Royaume-Uni et des États-Unis qui s’est répandu en France. Le concept : dans certaines chaînes de fast-food ou restaurants, le consommateur achète une boisson sucrée et peut se resservir à volonté.

Favorable à l’amendement, la ministre de la Santé Marisol Touraine a observé que cette « pratique, qui était habituelle dans d’autres pays, se répand dans notre pays et peut être attractive pour des jeunes qui se voient proposer à volonté des boissons comportant soit du sucre en quantité excessive soit des édulcorants. »

Le programme national nutrition santé a pour objectif de réduire de 25 % au moins la proportion d’enfants consommant plus d’un demi-verre de boissons sucrées par jour. Il promeut la devise de consommation suivante : « eau à volonté, l’eau est la seule boisson indispensable », que les députés cherchent à appliquer grâce à cet amendement.

Surenchère commerciale

Quick, Ikea, Subway, font partie des commerces touchés pas l’amendement. Pour Quick, qui a récemment bâti sa publicité sur ce système, c’est un coup dur.

« C’est le rôle de la loi de fixer un cadre pour protéger la population contre une surenchère commerciale qui tend à faire de la « gratuité » du surplus d’une offre alimentaire payante un argument pour attirer le consommateur et l’inciter à certaines consommations excessives et néfastes pour la santé », expliquent les signataires de l’amendement

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère quant à elle que les effets nocifs d’un marketing intensif pour les aliments à forte densité énergétique et les établissements de restauration rapide ont été qualifiés de « probables » ou de « convaincants » et peuvent faire obstacle à une vie saine.

>> Lire : Les pays en développement tiraillés entre obésité et malnutrition

Pour le Bureau européen des unions des consommateurs (BEUC), cette mesure est une avancée fondamentale dans la lutte contre l’obésité et devrait être adoptée par d’autres pays européens. Selon eux, même si les questions liées à la nutrition relèvent avant tout des prérogatives nationales, l’UE devrait mener des actions à ce sujet.

« On reproche souvent aux institutions européennes d’être distantes de ses citoyens. Pourtant, interdire les fontaines à sodas en Europe serait une mesure facile montrant que l’Union européenne se soucie de la santé de ses citoyens. Il est primordial que les intérêts des consommateurs passent au premier plan, devant ceux de l’industrie agroalimentaire », a commenté le BEUC.

15 % des Français sont obèses

En France, près de 15 % de la population adulte est obèse. La prévalence était de l’ordre de 8,5 % il y a douze ans. Les États membres de l’Union européenne comptent en moyenne 17 % d’adultes obèses et 52 % des Européens sont en surpoids ou obèses, soit un adulte sur deux et près d’un enfant sur trois. La France se rapproche donc de la moyenne européenne.

Limiter l’obésité signifie aussi limiter les maladies qui en résultent : cancer, diabète, maladies cardiovasculaires, qui, selon une étude de l’OMS publiée mi-janvier, sont responsables de la mort prématurée de 16 millions de personnes chaque année dans le monde.

>> Lire : Le diabète et l’obésité, puissants freins à la croissance mondiale

Sur le plan nutritionnel, ces boissons n’apportent que du sucre ajouté à des doses souvent astronomiques. « Il faut que les gouvernements fixent des limites pour les aliments qui contiennent le plus de sucre comme les céréales de petit déjeuner. Cela est déjà le cas dans certains pays pour le sel dans le pain », suggère le bureau européen des consommateurs. « Il ne s’agit pas de diaboliser des produits, mais de fixer une limite pour s’assurer que la consommation globale de sucre diminue ».

>> Lire : L’obésité pourrait toucher un être humain sur deux en 2030

Contexte

L'obésité est l'état d'un individu dont le taux de graisse corporelle est largement supérieur à ce qui est souhaitable ou acceptable au point de nuire à la santé, de réduire l'espérance de vie et/ou d'accroître les problèmes de santé.

Une personne est obèse lorsque son indice de masse corporelle (IMC) dépasse 30 kg/m2. L'IMC se calcule en divisant le poids d'une personne en kilogrammes par sa taille en mètres au carré.

L'obésité accentue la probabilité de nombreuses maladies, surtout des maladies cardiaques, des diabètes de type 2, l'apnée obstructive du sommeil, certains types de cancer et l'arthrose.