Les ONG de la santé claquent la porte du forum européen «Alcool et santé»

Vytenis Andriukaitis [Commission européenne]

Vingt organisations de santé publique ont claqué la porte du forum européen permanent « Alcool et santé » pour protester contre le refus de la Commission d’élaborer une nouvelle stratégie sur l’alcool.

La rupture entre les ONG et l’exécutif européen sur la question de la stratégie sur l’alcool de l’UE est consommée. Dans une lettre ouverte envoyée au commissaire Vytenis Andriukaitis, les ONG ont exprimé leur « grande inquiétude » de voir la Commission se laver les mains de la stratégie sur l’alcool et quitté dans la foulée le forum européen « Alcool et santé ».

Initialement créé pour élaborer des stratégies de lutte contre la consommation excessive d’alcool, ce forum n’a plus lieu d’être, en raison du refus de Bruxelles de présenter une nouvelle stratégie, écrivent les ONG. Le forum a été lancé en 2007 « afin de fournir une plateforme commune pour que toutes les parties prenantes au niveau européen participent à la mise en place d’actions pertinentes visant à réduire les dommages liés à l’alcool ».

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La lettre est notamment signée par l’Alliance européenne pour la santé publique (EPHA), le Comité permanent des médecins européens (CPME) et Eurocare, un réseau d’organisations non gouvernementales œuvrant pour la prévention et la réduction de la consommation excessive d’alcool en Europe.

La dernière stratégie européenne visant à réduire la consommation d’alcool a expiré en 2013, après sept ans d’utilisation, et n’a pas été renouvelée. Non-contraignante, elle guidait cependant les États membres dans la prévention de la consommation nocive et dangereuse d’alcool, notamment en ce qui concerne la conduite en état d’ivresse, la consommation d’alcool des femmes enceintes et des mineurs.

Le 18 mai, Vytenis Andriukaitis a prononcé un discours lors d’une réunion du forum européen « Alcool et santé ». Il y a notamment annoncé que la Commission ne prévoit pas de publier une nouvelle stratégie sur l’alcool, mais comptait traiter la question dans le cadre d’une stratégie plus générale sur les maladies chroniques.

« Je voudrais agir sur les causes principales des maladies chroniques, dont l’alcool, mais aussi le tabac, la nutrition et l’inactivité physique. Pour moi, le mot utilisé pour définir le document qui présentera notre engagement n’a pas beaucoup d’importance. Ce qui importe, ce sont les résultats », a affirmé le commissaire.

Vytenis Andriukaitis « n’est pas capable de répondre aux demandes du Parlement et des États membres, qui souhaitent voir un cadre réglementaire renforcé face aux dommages liés à l’alcool » a regretté Mariann Skar, secrétaire générale d’Eurocare.

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L’industrie n’abandonne pas le forum

Paul Skehan, directeur général de SpiritsEurope, qui représente les industries des spiritueux et des liqueurs, a déclaré dans un communiqué qu’il estime que le dialogue du forum doit continuer, étant donné qu’il est fondé sur « de vraies actions sur le terrain ».

« Nous partageons complètement la position des groupes de santé publique qui estiment que les dommages liés à l’alcool doivent faire l’objet de mesures sérieuses et exhaustives aux niveaux national et européen. Nous ne sommes toutefois pas d’avis que l’intégration de ces dommages à une politique plus large de lutte contre les maladies non transmissibles est nécessairement une mauvaise idée. »

« Sans qu’aucun détail n’ait été publié par le commissaire Andriukaitis, il semble prématuré de rejeter cette stratégie. Nous avons toujours appelé à une approche plus globale des dommages liés à l’alcool », conclut Paul Skehan.

AB InBev, le plus important brasseur au monde, a également réagi à la demande d’EURACTIV. L’entreprise souligne qu’une évaluation indépendante de la stratégie de l’UE pour l’alcool avait conclu que les actions des entreprises, des ONG et d’autres parties prenantes du forum avaient contribué à la réduction des dommages liés à l’alcool.

« La promesse de l’industrie brassicole européenne de fournir des informations quant aux ingrédients et à la valeur nutritionnelle de leurs bières est le dernier exemple d’action volontaire remédiant aux lacunes législatives. Pour que le forum puisse faciliter encore davantage la continuation et l’accélération de ces mesures, ses fondations politiques doivent être renouvelées. »

Brewers of Europe, le lobby européen de l’industrie de la bière, a déclaré regretter la décision des ONG et espérer qu’il s’agisse d’une « solution temporaire » et que la Commission parviendra à les convaincre de l’engagement de l’UE vis-à-vis de l’excès d’alcool et des dommages qui y sont liés.

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Contexte

La stratégie de l’UE sur l'alcool, lancée en 2006, vise à aider les gouvernements nationaux et d'autres parties prenantes à coordonner leurs actions en vue de réduire les dommages liés à la consommation d'alcool dans l'UE.

Cette stratégie n'impose toutefois aucune législation concrète aux États membres à ce stade et se fonde plutôt sur la coordination de la politique et sur des échanges de bonnes pratiques entre les pays.

Pour ce faire, ce document a lancé en 2007 un forum « «Alcool et santé »» où les organisations membres, publiques ou privées, sont invitées à débattre, à comparer des approches et à prendre des mesures pour lutter contre les dommages liés à l'alcool (>> Lire le rapport de synthèse de la Commission sur les engagements tenus lors du forum).

La consommation nocive et dangereuse d'alcool nuit fortement à la santé publique et augmente les dépenses liées aux soins de santé, à l'assurance maladie, à l'application de la loi, à l'ordre public ainsi qu’aux lieux de travail.

La consommation excessive d'alcool a également un impact négatif sur le travail et la productivité, l'UE souhaite donc promouvoir des initiatives au sein des espaces de travail.

Des parties prenantes, telles que des organisations commerciales et des syndicats, assument une responsabilité particulière à cet égard, selon la Commission.

>> Lire notre LinksDossier : La lutte contre les dommages liés à l’alcool : révision de la stratégie de l’UE

Prochaines étapes

  • Fin 2015 : Publication d'un rapport de la Commission sur la manière d'inclure les boissons alcoolisées aux règles européennes sur l'étiquetage des aliments et des boissons.