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22/01/2017

Les prix du foncier découragent la production bio en Allemagne

Santé & Modes de vie

Les prix du foncier découragent la production bio en Allemagne

La demande de produits bio augmente. Le ministre allemande de l'Agriculture veut soutenir davantage les producteurs.

[Martin Fisch/Flickr]

L’Allemagne est avide de produits organiques, mais les agriculteurs biologiques ne récoltent pas les bénéfices de ce boom. Le ministre de l’Agriculture, Christian Schmidt, veut modérer les prix du foncier. Un article d’EurActiv Allemagne.

Entre 2010 et 2013, le marché allemand des produits organiques a augmenté de 25 % pour atteindre les 8 milliards d’euros. Pourtant, pour les agriculteurs, passer à l’agriculture biologique n’est pas chose aisée. Alors que les recettes issues des produits biologiques ont connu une hausse annuelle entre 5 et 9 % depuis 2011, parallèlement, la surface des terres agricoles biologiques n’a augmenté, ces quatre dernières années, que de 1 à 3 %.

Le ministre allemand de l’Agriculture, Christian Schmidt, espère changer cela. « Nous voulons un calendrier de la croissance qui permette aux produits nationaux de bénéficier davantage de cet essor », a-t-il expliqué le 19 mai à Berlin. Le secteur biologique doit être soutenu, a-t-il déclaré, notamment par le futur plan d’action pour l’agriculture biologique.

Le ministère espère pouvoir affiner le plan d’action en collaborant avec les représentants de l’industrie des aliments biologiques, et avec la participation des États fédérés allemands, des associations et universitaires concernés.

>> Lire : L’agriculture traditionnelle menace environnement et biodiversité en Allemagne

L’Allemagne, qui est le plus grand marché des produits organiques en Europe bénéficiera de son « rôle clé », a indiqué Christian Schmidt. Si la croissance du secteur biologique continue au même rythme, l’Allemagne n’atteindra son objectif de 20 % des terres destinées à l’agriculture biologique qu’en 2077.

Plus de soutien et de motivation pour les jeunes agriculteurs

L’alliance pour la production d’aliments organiques (BÖLW) souligne la nécessité d’agir dans un domaine en particulier : la transition vers une agriculture bio

« Les jeunes agriculteurs doivent savoir clairement ce que biologique signifie », a déclaré le président de BÖLW, Felix Prinz zu Löwenstein. De nombreuses idées reçues circulent sur la culture biologique, a-t-il affirmé.

L’amélioration de la formation et du conseil aux agriculteurs est l’un des enjeux auxquels s’attaque l’Institut Thünen, qui aide le gouvernement à développer son plan d’action.

« Une meilleure formation est l’un des facteurs clés pour booster l’offre de produits organiques », a déclaré Jürn Sanders, un chercheur de l’institut. Le marketing et la chaine de valeur ajoutée devraient aussi être renforcés et les exigences légales de l’UE développées, a-t-il ajouté.

Toutefois, les lois européennes sont un point sur lequel la Commission et le ministère de l’Agriculture s’opposent En réformant le règlement de l’UE sur l’agriculture biologique, la Commission cherche à établir de nouvelles limites pour l’utilisation de pesticides. Il y a tout juste une semaine, Christian Schmidt s’est opposé à l’amendement correspondant au Conseil des ministres.

>> Lire : L’agriculture bio menacée par la future législation européenne

« Le contrôle des valeurs limites de pesticides ne peut pas être la seule approche », a-t-il dit. Il souhaite plutôt encourager des contrôles qui examinent de près la production et la procédure de transformation dans les fermes ou lors de la transformation des produits.

Comme Christian Schmidt, nombreux sont les experts qui pensent que le projet de la Commission, notamment l’introduction de valeurs limites supplémentaires pour les aliments biologiques, handicape la culture organique et surcharge les petites entreprises.

La hausse des prix des terres : un problème négligé

Les personnalités politiques locales et les agriculteurs se plaignent d’entraves importantes à la transition vers le biologique. Dans de nombreuses régions, les prix d’achat et de location des terres agricoles sont montés en flèche.

Depuis longtemps, les locataires ou acheteurs potentiels ne sont plus issus du secteur agricole. Selon les estimations statistiques, les zones bâties et les projets d’infrastructures ne cessent de remplacer les terrains agricoles. Rien qu’en Allemagne, 80 hectares de terres agricoles disparaissent tous les jours.

En outre, les cultures destinées à la production de biogaz, financées par le gouvernement, occupent une part croissante des terrains disponibles depuis quelques années.

Dans les États de l’est de l’Allemagne, le prix de location d’un hectare de terre est passé de 122 euros à 169 euros aujourd’hui, a expliqué Christian Schmidt lors de la présentation du rapport sur l’agriculture en 2015. Le gouvernement allemand espère limiter cette augmentation, mais n’a pas encore défini de stratégie concrète.

Dans les États très touchés par ce problème, les inquiétudes sont donc très vives. « Les grandes exploitations bio, mais aussi les fermes laitières, ont de plus en plus de difficulté à gérer cette hausse considérable des prix de location », se plaint Christian Meyer, le ministre de l’Agriculture de l’État de Basse-Saxe. Des années pourraient s’écouler avant que la limite de prix qu’il propose soit imposée.

Dans le cadre de la PAC, l’UE a lancé un projet ambitieux pour la culture verte. Environ 30 % des fonds sont utilisés pour financer le verdissement : les agriculteurs qui prennent des mesures supplémentaires de protection de l’environnement. Cette initiative ne résoudra cependant pas tous les problèmes des agriculteurs. Si le prix des terres continue de grimper, l’argent supplémentaire finira dans les poches des propriétaires, avertissent-ils.

Contexte

L'agriculture biologique est une forme d'agriculture particulièrement tournée vers l'économie des ressources et le respect de l'environnement et de la faune. Cette pratique bannit l'utilisation d'engrais minéraux et de pesticides et limite l'élevage d'animaux.

Le marché biologique de l'UE a quadruplé lors des 10 dernières années. C'est pour cela que la Commission européenne veut mettre à jour les règlementations de ce secteur. En 2013, la Commission a organisé un débat public sur l'agriculture biologique et a observé une forte demande de produits organiques.

Le 24 mars 2014, la Commission a proposé un nouveau règlement sur l'agriculture biologique, l'étiquetage des produits organiques et la mise en place d'un plan d'action pour l'avenir de ce secteur. L'objectif est de renforcer les règles concernant les essais et la production d’aliments biologiques dans l'UE.

Selon les données de la Commission européenne, il existe plus de 186 000 fermes organiques en Europe. Environ 5,5 % de l'ensemble des terres agricoles européennes sont utilisées pour des récoltes biologiques.