L’UE qualifie le bisphénol A de substance extrêmement préoccupante

Le début de la fin pour le bisphénol A? [Katinkah/Shutterstock]

L’agence européenne des produits chimiques a classé le bisphénol A dans la catégorie des substances « extrêmement préoccupantes », au titre de ses propriétés de perturbateurs endocriniens.

L’ECHA, l’Agence européenne des produits chimiques, a placé le  bisphénol A (BPA) dans sa liste des produits « extrêmement préoccupants », à cause de son caractère de perturbateur endocrinien, soit « à l’origine probable d’effets graves sur la santé humaine, soulevant un niveau équivalent de préoccupation aux substances cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques » – c’est-à-dire perturbant la fertilité, ou le développement de l’enfant à naître.

En soi, ce n’est pas un scoop. En France, le BPA ne peut plus être utilisé dans les biberons depuis 2010 et dans les contenants alimentaires depuis 2012. La substance est notamment présente dans certains plastiques et boîtes de conserve, mais aussi les pailles ou les jouets en plastique.

C’est d’ailleurs l’Anses, l’agence française de sécurité alimentaire, qui avait proposé, en février 2017, un changement de catégorie à l’agence européenne. Le comité des États membres de l’ECHA, qui rassemble les représentants de chaque pays européen, a accepté le reclassement à l’unanimité le 16 juin, et c’est ça qui constitue une nouveauté intéressante.

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Une définition plus limitée des perturbateurs endocriniens aiderait les industries qui en produisent à continuer de polluer gratuitement, estime l’association européenne du secteur de l’eau, EurEau.

Pas de définition européenne

L’UE n’a toujours pas fixé de définition juridique des perturbateurs endocriniens, malgré les appels des scientifiques, des ONG et des groupes de défense des consommateurs et de l’environnement.

Les définitions scientifiques ont beau ne pas manquer, les grands lobbys chimiques, notamment poussés par les producteurs de pesticides, ont toujours réussi à court-circuiter une action européenne. Difficile, dans ces conditions, de limiter, voire d’interdire, l’utilisation de ces produits dont on sait pourtant qu’ils sont dangereux pour la santé humaine et pour l’environnement.

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Le retard accumulé par l’Europe sur la règlementation des perturbateurs endocriniens n’est pas justifiable d’un point de vue scientifique, assurent sept chercheurs indépendants.

Et c’est précisément pour cela que la décision du 16 juin est importante. « C’est aussi une double première : d’abord, c’est la première fois qu’une substance est déclarée très préoccupante pour des effets de perturbation endocrinienne négatifs pour la santé humaine. Ensuite, c’est la première fois que l’étiquette ‘perturbateur endocrinien’ est officiellement collée sur le BPA », explique Dominique Gombert, directeur de l’évaluation des risques à l’Anses.

Désormais, les fabricants devront donc prévenir l’ECHA et les consommateurs de la présence de la substance dans les articles fabriqués ou importés dans l’UE.

Cette décision « ouvre également la possibilité que le BPA soit soumis à autorisation en tant que substance, conditionnant ses usages à l’octroi d’une autorisation temporaire et renouvelable », précise l’Anses dans un communiqué.

« C’est une grande satisfaction de voir nos travaux obtenir de la reconnaissance dans toute l’Europe. Nos positions sur le bisphénol A étaient jusqu’ici jugées ‘atypiques’ par les grandes agences européennes », se félicite Dominique Gombert.

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