Les eurodéputés restent timides face au bisphénol A

Le bisphénol A sera bientôt banni des bouteilles d'eau. [Steven Depolo/Flickr]

Le Parlement européen fait marche arrière sur le bisphénol A. Au lieu de l’interdire, les eurodéputés ont approuvé des mesures limitant la présence de la substance dans les emballages alimentaires.

Les eurodéputés de la commission ENVI ont voté contre une proposition assurant que « seule une interdiction totale peut fournir assez de certitude à la fois pour l’industrie et pour les consommateurs » à 42 contre 17 voix.

Les quatre élus présentant le projet ajoutaient que la Commission devrait « évaluer de manière urgente la présence de bisphénol A dans d’autres matières entrant en contact avec les denrées alimentaires ».  Dans le cas où la substance toxique est présente, il faudrait alors selon eux « mettre en place des mesures pour l’interdire dans ces usages également ».

La commission ENVI a cependant décidé d’adopter la proposition formulée par l’exécutif européen, qui abaisse de 0,06 mg/kg à 0,05 mg/kg la limite de migration spécifique (LMS) applicable aux plastiques, revêtements et vernis pour les métaux et autres matériaux en contact avec les aliments contenant du bisphénol A.

La proposition adoptée prévoit également l’interdiction de la substance dans les bouteilles en plastique et les emballages contenant de la nourriture pour enfants de moins de 3 ans.

En juin dernier, les spécialistes de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) avaient voté à l’unanimité pour catégoriser le bisphénol A dans les « substances extrêmement préoccupantes », étant donné qu’« il s’agit d’une substance aux propriétés endocrino-perturbatrices dont les effets probables graves pour la santé humaine ont été scientifiquement observés ».

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Ce vote de la commission ENVI représente un changement de cap, les eurodéputés ayant appelé à une interdiction totale du bisphénol A dans les emballages alimentaires en 2016. Les organisations de protection de la santé et de l’environnement ont d’ailleurs déploré que les élus aient « contredit leur propre position précédente ».

« Les effets nuisibles du bisphénol A, même à petites doses, sont tellement bien documentés que la substance devrait déjà être interdite pour tous les produits arrivant entre les mains des consommateurs depuis longtemps », assure Natacha Cingotti, de l’Alliance pour la santé et l’environnement (HEAL).

Martin Häusling, l’eurodéputé vert allemand qui a rédigé la motion pour une interdiction totale, estime que  les groupes parlementaires socialiste et conservateur sont responsables de ce qu’il décrit comme « un recul important » de la protection des consommateurs.

« L’abaissement du plafond ne suffit pas. Même les très petites doses de cette substance peuvent interférer avec notre système hormonal, qui est très sensible, et causer des changements permanents », rappelle-t-il.

D’autres élus contrent que le résultat du vote constitue un compromis pragmatique.

« Si nous acceptons la contre-proposition, nous finirons par n’avoir aucune proposition du tout, aucune législation, et ne serions pas en mesure de protéger nos enfants », estime Christel Schaldemose, porte-parole du S&D sur le sujet. « La proposition de la Commission n’est pas assez ambitieuse, mais permettra tout de même de protéger nos enfants d’ici six mois. Même si c’est un tout petit pas, c’est un pas dans la bonne direction. »

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