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11/12/2016

Le secteur de la santé s’attelle aux prix des médicaments en Europe

Santé & Modes de vie

Le secteur de la santé s’attelle aux prix des médicaments en Europe

Conférence à Sofia.

L’accès aux médicaments demeure une des faiblesses du marché européen. Associations de patients, industrie pharmaceutique et pouvoirs publics se sont penchés sur le problème lors d’une conférence à Sofia. 

Sérieusement frappés par une crise économique sans précédent, les systèmes de santé publics de nombre d’États membres ne sont plus en mesure de prendre en charge certains traitements, parfois vitaux.

Lors d’une conférence organisée à Sofia par le Partenariat pour l’accès des patients (PACT), un réseau rassemblant différents acteurs du secteur, plusieurs associations de patients, aux côtés de représentants de l‘industrie et des pouvoirs publics, ont exploré des moyens possibles d’amélioration de l’accès des patients aux médicaments et de la qualité de soins en Europe.

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En juin dernier, les ministres de la Santé européens ont pris des initiatives timides pour affronter la question du prix des médicaments et reconnu que les patients n’ont souvent pas accès aux traitements nécessaires.

Les ministres craignent cependant que le système tarifaire actuel, assez complexe, ne soit pas équilibré et « ne facilite pas toujours la meilleure option possible pour le patient et la société ».

Coopération régionale

Lors de la conférence, nombre de spécialistes de la santé se sont concentrés sur la nécessité de renforcer la coopération régionale entre États membres et ont appelé ces derniers à négocier ensemble l’accès et le prix des médicaments avec l’industrie pharmaceutique.

Mais les différences des marchés pharmaceutiques et des systèmes de santé publics sont autant de facteurs qui rendent compliquée la coopération intergouvernementale.

Pour Stanimir Hasardzhiev, secrétaire général du PACT, les États membres, et surtout les plus petits, ont la volonté politique de coopérer parce qu’ils savent qu’ils ne pourront pas améliorer la qualité des soins tout seuls.

>>Lire : Les États membres s’attaquent aux défaillances du marché des médicaments

« Nous sommes conscients du fait que les différentes parties prenantes ne se mettront jamais d’accord sur certains sujets, comme la tarification des médicaments », a-t-il reconnu lors d’un entretien avec EurActiv.

Stanimir Hasardzhiev a également fait remarquer que les États membres avaient déjà commencé à coopérer, citant par exemple l’initiative entre la Bulgarie et la Roumanie. Il existe aussi un accord de coopération entre les pays du Benelux, auquel l’Autriche a récemment souscrit. Ces pays coordonnent leurs actions liées à la commercialisation de nouveaux traitements coûteux et échangent des données. Les pays méditerranéens envisagent également une coopération.

>> Lire : L’AEM s’apprête à dévoiler son projet d’accès accéléré aux médicaments

« Ces accords indiquent clairement que le système actuel ne répond pas aux besoins des États », souligne Stanimir Hasardzhiev. « Nous devons trouver un nouveau moyen de permettre l’accès des patients aux médicaments, mais aussi à des soins de qualité, ce qui implique des diagnostics et méthodologies innovantes et la formation des médecins. »

En ce qui concerne les discussions avec le secteur pharmaceutique, concentré sur des prix élevés. Le spécialiste préfère faire usage d’une « extrême prudence ». « Je pense que l’industrie pharmaceutique comprend qu’elle ne peut échapper à cette conversation. Elle devrait donc participer pleinement à nos tentatives d’élaborer de meilleures solutions », a-t-il estimé, ajoutant que l’industrie s’ouvre petit à petit à cette idée.

Les groupes pharmaceutiques « ne prétendent pas que tout va bien dans la tarification », parce que ce n’est pas le cas, a-t-il assuré.

« Cessons de faire l’autruche »

Yannis Natsis, coordinateur des politiques à l’Alliance européenne pour la santé publique, confirme que le prix des était le problème principal de l’accès aux médicaments. « Nous ne pouvons pas continuer à faire l’autruche, nous devons affronter les vrais problèmes : les médicaments sont chers », a-t-il conclu.

Le secteur aura cependant besoin de temps pour s’adapter à une nouvelle réalité en Europe. « Je pense qu’ils ont aussi débuté une discussion interne, étant donné que leur réputation est en jeu et que la situation en Europe a changé. Il y a moins d’argent public disponible qu’il y a six ans, même dans les pays les plus aisés », a-t-il souligné, ajoutant qu’un changement de comportement était « absolument nécessaire » et que les gouvernements devaient donner le ton.

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Contrairement aux États membres, la Commission européenne semble se sentir peu concernée, estime Yannis Natsis. « La Commission n’a pas de compétence exclusive sur la santé, mais elle a beaucoup de pouvoirs en ce qui concerne la réglementation liée aux produits pharmaceutiques, via l’Agence européenne des médicaments », souligne-t-il.

Des mesures volontaires

Elizabeth Kuiper, directrice des affaires européennes de la Fédération européenne des associations de l’industrie pharmaceutique (FEAIP) a expliqué pourquoi certains pays, comme la Bulgarie ou la Roumanie, étaient à la traine au sujet de l’accès aux traitements. Elle explique ce phénomène d’une part, par « la lenteur de l’approvisionnement en nouveaux médicaments, notamment le traitement contre le cancer » et d’autre part, par « l’arrêt des ventes d’anciens médicaments dans ces deux pays ».

Lors d’une interview avec EurActiv la semaine dernière, Petar Moskov, le ministre bulgare à la Santé, a déclaré que les deux pays comptaient sur une coopération régionale pour négocier ensemble le prix et la disponibilité de certains médicaments.

Mais pour que cette initiative fonctionne, Sofia et Bucarest devront remplacer les processus nationaux de tarification et de remboursement, ce qui ne sera pas aisé, a prévenu Elizabeth Kuiper.

Investir dans les génériques

Adrian van den Hoven, directeur général de Medecines for Europe, estime pour sa part que l’Europe devrait adopter une approche plus holistique en ce qui concerne l’accès aux traitements. Il a donc appelé les États membres à se concentrer sur la concurrence dans le secteur des génériques.

« En ce qui concerne notre contribution au secteur des médicaments hors brevet, il est temps de renforcer la concurrence sur les médicaments génériques et biosimilaires afin d’améliorer l’accès à ces molécules », a-t-il affirmé, assurant que l’industrie était tout à fait prête à soutenir des mesures dans ce sens.

« Les gouvernements doivent également envisager les politiques liées aux traitements génériques et biosimilaires comme un investissement dans la santé de leurs populations et un moyen d’assurer au secteur un système durable de production des médicaments essentiels », a-t-il conclu.

 

Contexte

In June 2016, EU Health Ministers stressed that patients’ access to effective and affordable essential medicines was endangered by “very high and unsustainable price levels, market withdrawal of products that are out-of-patent, or when new products are not introduced to national markets for business economic strategies and that individual governments have sometimes limited influence in such circumstances”.

Member states have the full competence to decide which medicinal products are reimbursed and at what price, while the European Commission is exclusively responsible for the competition of medicinal products on the EU market.