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03/12/2016

La loi anti-tabac fait un flop en Grèce

Santé & Modes de vie

La loi anti-tabac fait un flop en Grèce

La Grèce, qui détient la plus importante proportion de fumeurs d’Europe, ne parvient pas à mettre en œuvre l’interdiction de fumer dans les lieux publics, 8 ans après l’adoption de sa loi anti-tabac.

Selon la dernière enquête de l’Eurobaromètre sur le sujet en 2009, les Grecs fumaient plus que tout autre Européen.

La proportion de fumeurs en Grèce était de 42 %, suivie par la Bulgarie (39 %), la Lettonie (37 %), la Roumanie, la Hongrie, la Lituanie, la République tchèque et la Slovaquie (tous à 36 %).

En Grèce, six travailleurs sur dix, parmi les personnes interrogées, ont déclaré être exposés à la fumée de cigarette quotidiennement sur leur lieu de travail.

Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le respect de la Grèce de la loi sur l’environnement sans tabac est assez déplorable. Sur une échelle de 0 à 10, où 10 décrit un très haut respect de la loi et 0 un irrespect total, la Grèce se voit attribuée un 3.

Les rapports montrent notamment que les Grecs ne respectent pas les normes relatives au tabac dans les cafés, bars et restaurants, où la note du pays se situe plus entre 0 et 2.

La loi existe

En 2002, une nouvelle loi interdisant de fumer dans les établissements publics et privés, dans les transports, dans les hôpitaux et dans les établissements scolaires a été promulguée.

Néanmoins, le texte a eu peu de conséquences, puisque plusieurs dérogations ont été accordées à des entreprises pour que les gens puissent continuer de fumer.

Une nouvelle loi a donc été adoptée en 2008 pour interdire de fumer (et de consommer d’autres produits contenant du tabac) dans tous les lieux de travail (même privés), dans les taxis, dans les ferrys, ainsi que dans tous les espaces publics fermés (dont les bars et les restaurants).

>> Lire : La France inaugure les premiers paquets de cigarettes neutres en Europe

Juste avant que l’interdiction n’entre en vigueur (le 1er juillet 2009), le ministre grec de la Santé de l’époque, Dimitris Avramopoulos – aujourd’hui commissaire à l’Immigration, avait déclaré : « c’est maintenant que les choses se compliquent ».

« C’est un changement qui va tout bouleverser », avait-il souligné, prévenant qu’un puissant lobbying économique allait faire pression sur le ministère, mais qu’il ne reculerait pas.

George Papandreou, ancien Premier ministre, a essayé de faire appliquer la loi et a même été récompensé pour cela, avec le prix Quadriga pour ses efforts pour interdire aux Grecs de fumer en temps de crise économique.

Mais depuis, rien n’a changé, alors que la majorité des fumeurs (62 %) considère que l’interdiction est une mesure positive.

Par ailleurs, une grande partie des propriétaires de bars et de restaurants ne respectent pas la loi. Selon cette dernière, les bars et les clubs de plus de 300 mètres carrés peuvent avoir une partie « fumeurs » de 40 % de la superficie du lieu. La séparation entre les deux parties doit se faire grâce à une cloison d’au moins deux mètres.

Les propriétaires n’ont pas pris de telles mesures, et les autorités grecques ferment les yeux sur ces infractions.

Coût élevé pour l’État

Philipos Philippidis, maitre de conférence à l’école de santé publique de l’université impériale de Londres, a déclaré la semaine dernière que la crise économique, la peur des conséquences politiques d’une interdiction et l’influence de l’industrie du tabac avaient paralysé la mise en œuvre des lois anti-tabac.

Selon lui, le coût direct (et non pas indirect) annuel du tabagisme représente à lui seul 3,4 milliards d’euros pour le système de santé grec.

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Philipos Philippidis appelle à une augmentation des taxes sur les cigarettes, qui selon lui, est le moyen le plus efficace pour réduire la consommation de tabac.

Le docteur encourage le gouvernement grec – grevé de dettes – à renflouer ses caisses en augmentant les taxes de 2 euros par paquet, une mesure qui « permettrait d’éviter la mort de 1200 à 2400 personnes par an ».

Il a aussi vivement reproché aux autorités de ne pas avoir sanctionné les violations de la loi anti-tabac par des amendes en 2015 et insisté sur le fait que les Grecs étaient exposés au tabagisme passif dans les restaurants, les bars, les lieux de travail… plus que dans tout autre pays européen.

Une situation bien connue

Les règles en matière de lutte anti-tabac relèvent de la compétence nationale. La seule loi existante au niveau européen est la recommandation du Conseil de 2009 sur les environnements sans tabac, qui encourage les États membres à mettre en place des mesures complètes pour protéger leurs citoyens du tabagisme passif.

Des sources proches de la Commission ont déclaré que l’exécutif surveillait et discutait régulièrement de la question avec le groupe d’expert sur la politique en matière de tabac et avait publié en 2013 un rapport de mise en œuvre sur le sujet.

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« Il est bien connu que la Grèce, qui a pourtant une loi solide sur les environnements non-fumeurs, a des difficultés à mettre en place ces règles […] cela a été souligné dans le rapport de mise en œuvre du Conseil en 2009, ainsi que dans une récente évaluation », ont noté des sources européennes. Selon elles, la Commission traite du problème avec les autorités nationales lorsqu’elle en a l’occasion, mais n’a pas les « compétences juridiques d’assurer la mise en œuvre de la recommandation du Conseil ».

Autre initiative de Syriza

Le ministère de la Santé a publié un communiqué à l’occasion de la journée mondiale sans tabac (31 mai), affirmant que les effets néfastes du tabac étaient scientifiquement prouvés et indéniables.

« Malgré une réduction de 37 % en moyenne ces dernières années (40 % chez les hommes, 34 % chez les femmes), le pourcentage de fumeurs dans notre pays est encore très élevé. »

Le ministère rappelle aussi que le tabagisme passif est un problème de santé publique très grave et que tous les moyens pour une application efficace des lois existantes devraient être mis en œuvre.

Le gouvernement grec reconnaît dans ce communiqué que les tentatives d’interdiction du tabagisme ont jusqu’à présent étaient vaines et assure qu’il prévoit de prendre des initiatives pertinentes pour l’application des lois sur l’interdiction de fumer.

Interrogées par EurActiv sur la date d’une telle initiative, les sources du ministère ont répondu « bientôt ».