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01/10/2016

Les cabines de bronzage dans le collimateur de la Commission

Santé & Modes de vie

Les cabines de bronzage dans le collimateur de la Commission

Les scientifiques s’inquiètent de l’utilisation des cabines de bronzage. Leurs risques potentiels pour la santé sont actuellement examinés par Bruxelles.

De plus en plus de citoyens européens, notamment les jeunes, se servent de cabines de bronzage pour des raisons esthétiques, ou faire le plein de vitamine D.

Les associations de santé estiment toutefois que cette pratique peut provoquer des cancers de la peau, et demandent donc à la Commission européenne de réguler son utilisation. De son côté, l’industrie du bronzage demandé à l’exécutif d’adopter une approche « moins partiale ».

Opinion préliminaire

Début 2016, la Commission a annoncé que le comité scientifique des risques sanitaires émergents et nouveaux (CSRSEN) avait publié un rapport préliminaire sur les effets biologiques des rayons ultraviolets (UV) dans les cabines de bronzage, suivi d’une consultation publique, invitant les personnes intéressées à donner leur avis.

Le CSRSEN se trouve sous la responsabilité de la direction générale à la santé et la sécurité alimentaire (DG SANTE). La régulation de l’utilisation des cabines de bronzage touche toutefois à deux directives, la directive « Basse Tension » (LVD) et la directive relative à la sécurité des produits (GPSD), qui relèvent de la direction générale à la justice (DG JUST), et en particulier l’unité de la sécurité des produits et des services

La première régule tous les équipements électriques, tandis que l’autre assure la sûreté de tout produit mis en vente sur le marché

Le rapport préliminaire a conclu qu’il y avait des preuves substantielles de l’implication des cabines de bronzage dans l’apparition de mélanomes, de carcinomes épidermoïdes et plus rarement de carcinomes basocellulaires, notamment quand la première exposition est précoce. Il semblerait également que l’exposition aux rayons de la cabine peut également provoquer un mélanome de la choroïde.

Les experts ont également insisté sur le fait qu’il n’était pas nécessaire d’utiliser une cabine de bronzage pour obtenir de la vitamine D, et que la radiation UV par les bancs solaires n’a pas de limite de sécurité.

Une source à l’UE a informé EurActiv que l’étude préparée par le CSRSEN correspond à une estimation des risques, de sorte que les personnes responsables de la gestion des risques au sein de la Commission puissent prendre les mesures nécessaires pour garantir la sécurité des consommateurs.  Cette étude servira à construire des politiques européennes plus centrées sur les faits.

>> Lire : La Commission s’attaque aux substances cancérigènes

20 000 morts par an

EurActiv a également interrogé des associations médicales à ce sujet. En 2009, le centre international de la recherche sur le cancer (IARC de l’OMS) avait inclus les appareils bronzants dans la catégorie 1 des cancérigènes pour les mélanomes de la peau et de la choroïde, ont fait remarquer Véronique del  Marmol et Mariano Suppa.

« En outre, le Code européen contre le cancer avertit clairement de ‘ne pas utiliser d’appareils de bronzage », ont-ils ajouté.

Véronique del  Marmol est dirigeante du département de dermatologie à l’hôpital universitaire d’Erasme, à Bruxelles, membre du conseil de l’académie européenne pour la dermatologie et la vénérologie, et représentante d’Euromelanoma Europe.

Les chercheurs ont ajouté que le mélanome cause près de 20 000 morts chaque année et que de plus en plus de jeunes pratiquaient le bronzage en cabine de manière régulière, surtout les femmes de moins de 35 ans.

« Il ne fait aucun doute que l’utilisation de bancs solaires augmente le risque de cancer. Nous nous félicitons du rapport préliminaire du CSRSEN, que nous soutenons totalement », assure Véronique del Marmol. « La prévalence de l’utilisation de cabines bronzantes est considérable dans beaucoup de pays européens. Les personnes ayant utilisé un appareil bronzant au moins une fois avant l’âge de 30 ans auraient 75% plus de risques de développer un mélanome que les autres. Ainsi, l’utilisation de ce type d’appareil serait à l’origine de plus de 3 000 cas de mélanomes en Europe. »*

Un rapport biaisé, selon l’industrie

Les associations d’industrie estiment cependant que le rapport du CSRSEN est biaisé. Franck Harbusch, secrétaire général de l’European Sunlight Association, trouve l’approche du comité problématique. Il a ainsi expliqué à EurActiv que son industrie avait fourni une centaine de commentaires pour l’opinion initiale du CSRSEN, commentaires qui n’ont pas été reflétés dans l’opinion, selon lui.

Lors de l’audience publique à ce sujet, le 12 avril, nombre de représentants de l’industrie et de scientifiques indépendants avaient été « choqués par le caractère partial du rapport », assure-t-il. « Les deux spécialistes externes choisis, M. Greinert et M. Doré, qui ont réalisé la plus grande partie des recherches pour le groupe de travail, sont tous deux connus pour leur position anti-UV. Ils envisagent principalement la question du point de vue dermatologique, qui se concentre donc sur les dommages cutanés », souligne le représentant.

Pour lui, les risques et les bénéfices de la radiation aux UV doivent être examinés de manière plus large, ce qui ne peut être fait que par des photobiologistes. « Nous avons donc été clairs avec la Commission et le CSRSEN : nous attendons une révision complète du rapport », martèle-t-il.

Possible modification de la législation

Contacté par EurActiv, un fonctionnaire européen a souligné qu’une version finale du rapport devrait être adoptée par le CSRSEN  à l’automne 2016.

« À l’heure actuelle, le groupe de travail se penche sur les commentaires reçus lors de la consultation publique, qui s’est clôturée le 27 avril », explique-t-il, ajoutant que les comités scientifiques de la Commission fournissait un conseil scientifique aux législateurs sur la base d’une évaluation minutieuse des données scientifiques disponibles, afin de « tirer des conclusions et d’évaluer des risques potentiels ».

Une fois le rapport définitif du CSRSEN  sur les bancs solaires publié, le débat passera entre les mains du comité LVD  (composé de représentants des États membres) et du groupe de travail (composé de représentants des États et d’autres parties prenantes, comme l’industrie ou les associations de consommateurs), indique une autre source au sein de l’UE. Ceux-ci discuteront de la nécessité d’adapter les normes actuelles sur les bancs solaires.