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25/09/2016

La taxe sur les produits gras modifie les habitudes alimentaires

Santé & Modes de vie

La taxe sur les produits gras modifie les habitudes alimentaires

La taxe sur les graisses ciblait les graisses saturées.

Pim

La taxe danoise sur les aliments gras, introduite en 2011, a été vivement critiquée et rapidement annulée. Des études indiquent pourtant qu’elle a réussi à changer les habitudes alimentaires.

Une collaboration entre les universités d’Oxford et de Copenhague a permis d’établir que les Danois ont réduit de 4 % leur consommation de graisses saturées entre octobre 2011 et janvier 2013.

Durant la courte période d’application de la taxe sur les aliments gras, ils ont également acheté plus de légumes et de produits salés, souligne l’étude publiée par le Journal européen de nutrition clinique.

« Quand les politiques régulent notre consommation, de nombreux aliments sont remplacés », explique Sinne Smed, de l’université de Copenhague, au magazine Videnskab.

« Certaines de nos découvertes sont vraiment positives. On voit pas exemple que la population consommait plus de fruits et de légumes. Par contre, on observe également une plus grande consommation de sel. » explique la scientifique.

13% d’obèses

La taxe sur les produits gras était appliquée à la viande, aux produits laitiers et aux huiles de cuisson contenant plus de 2,3 % de graisses saturées. Près de 13 % de la population danoise est obèse.

La taxe sur les graisses était la première tentative de ce type dans le monde. Ces dernières décennies, les États membres ont cependant expérimenté plusieurs types de taxes censées prévenir le diabète et d’autres maladies liées au style de vie.

Certains pays, comme la France, la Hongrie ou le Royaume-Uni, ont par exemple introduit des taxes sur le sucre, appliquées notamment aux sodas et aux bonbons.

Au niveau européen, l’industrie alimentaire, représentée par FoodDrinkEurope, assure fréquemment estimer que les taxes sur les aliments et les boissons constituent une discrimination contre certains producteurs et entrave le marché unique européen.

Changer les habitudes de consommation

Dans l’ensemble, le changement de consommation de produits contenant des graisses saturées, du sel et des fibres, ainsi que des fruits et légumes, a permis de réduire le nombre de décès liés aux maladies cardiovasculaires, au diabète et au cancer, selon les chercheurs.

« Les résultats montrent une diminution modeste, mais claire du nombre de décès dus à des maladies non contagieuses », continue Sinne Smed.

Selon les données récoltées, la taxe pourrait sauver 123 vies par an, dont 76 personnes de moins de 75 ans. Si la consommation de sel n’avait pas augmenté durant cette période, les résultats auraient été encore meilleurs.

« Quand le prix de certains produits augmente, les gens trouvent des alternatives. Les graisses, le sucre et le sel ajoutent du goût, donc quand la nourriture est moins grasse, on peut avoir tendance à augmenter le volume de sel. Si nous voulons introduire une nouvelle taxe sur les produits gras, nous devrions donc trouver un moyen de contrôler la consommation de sel », explique la spécialiste.

Shopping transfrontalier

L’étude ne s’est cependant pas penchée sur le poids administratif de la taxe sur les commerces. Elle s’est également traduite par une hausse du nombre de personnes faisant faire une partie de leurs courses en Allemagne.

>> Lire : La taxe danoise sur la malbouffe, une aubaine pour les commerçants allemands

La taxe a été supprimée par la commissaire à la concurrence, Margrethe Vestager, alors ministre de l’Économie et de l’Intérieur.

Claus Bøgelund Nielsen, vice-président de l’Organisation des épiciers danois (DSK), estime également que la taxe avait un « impact psychologique », poussant les Danois à rapporter également des produits non concernés par la taxe quand ils reviennent de l’étranger.

Nouveaux principes

Chercheurs et défenseurs de la santé publique appellent toutefois à la réinstauration de la taxe, avec des aménagements protégeant les commerçants tout en n’abandonnant pas la santé publique. Ils encouragent donc le gouvernement à faire ce qu’il faut dès le départ cette fois-ci et à écouter les spécialistes.

« Elle doit être réintroduite, mais d’une meilleure façon, après la réalisation d’un travail de préparation. Tout d’abord, nous devons écouter les avis des experts, qui peuvent définir les principes généraux de la taxe. Nous devrons ensuite rencontrer les représentants de différents secteurs, afin de discuter de l’administration et de l’application de cette mesure », assure Bent Egberg Mikkelsen, professeur de nutrition de l’université d’Aalborg. Il faudrait cependant aussi attendre le jugement de l’UE, qui décidera si cette taxe constitue une aide d’État illégale.

L’exécutif européen a déclaré avoir ouvert l’enquête le 5 février afin de déterminer si les producteurs de denrées alimentaires qui n’étaient pas obligés d’ajouter cette taxe sur les graisses au prix de leurs produits ont reçu une aide illégale.

>> Lire : Bruxelles lance une enquête sur la taxe sur les produits gras au Danemark

Contexte

Le 1er octobre 2011, le Danemark a mis en place une taxe sur les produits gras dans le but de lutter contre les modes de vie peu sains au sein la population danoise.

La taxe sur les produits gras, de 16 euros le kilo (soit 2,14 euros), était appliquée à la viande, aux produits laitiers et aux huiles de cuisson contenant plus de 2,3 % de graisses saturées. En novembre 2012, le gouvernement suédois a décidé de supprimer la taxe en janvier 2013, car elle avait trop d'effets néfastes sur le commerce. Une taxe sur les produits sucrés qui devait également voir le jour en 2013 est également passée à la trappe.

Prochaines étapes

  • 2017 : Annulation de la taxe finlandaise sur les bonbons, le chocolat et la glace.