Londres double la mise contre les maladies tropicales

Retrait d'un ver de Guinée (Dracunculus Medinesis) avec un outil improvisé, à l'aide d'une allumette. [Wikimedia]

Le Royaume-Uni s’est engagé à doubler ses financements pour la lutte contre les maladies tropicales. Des pathologies qui affectent plus de 200 millions de personnes dans le monde.

Le programme de financements de Londres vise à éradiquer la leishmaniose viscérale, une maladie parasitaire répandue en Asie, éliminer le ver de Guinée et sauver des centaines de milliers de personnes de la cécité, et d’autres handicaps.

Priti Patel, la ministre britannique du Développement international, a indiqué lors d’une conférence de l’Organisation mondiale de la Santé le 19 avril à Genève, que les maladies tropicales négligées appartenaient à un autre siècle. « Elles causent des souffrances et des douleurs atroces aux citoyens les plus pauvres du monde, les enfermant dans le cercle vicieux de la pauvreté, les laissant sans moyen d’en sortir. Pourtant, ce sont des maladies curables », a indiqué la ministre.

« Nous, à la Fondation Carter, saluons l’engagement exemplaire du Royaume-Uni dans la lutte contre les maladies tropicales négligées, telles que le ver de Guinée, la filariose lymphatique et le trachome. Le gouvernement britannique comprend qu’aider les gens à se soigner est une façon honorable et efficace de réduire la pauvreté et de redonner espoir à ces populations », ont précisé des responsables de la Fondation Carter, une ONG créée par l’ancien président américain Jimmy Carter pour lutter contre de telles maladies.

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Le pays investira 360 millions de livres sterling (431 millions d’euros) dans la mise en place de programmes visant à traiter et éradiquer les maladies tropicales négligées entre 2017 et 2018, puis 2021 et 2022. Il consacrera également 88 millions de livres sterling à des projets de recherche pour élaborer des médicaments et des instruments de dépistage. Ces financements permettront à des milliards de personnes d’avoir accès à un traitement dans les pays en développement.

Les maladies tropicales négligées telles que le trachome, la cause la plus commune de cécité infectieuse, touchent plus d’un milliard de personnes dans les pays en développement. Ces maladies peuvent provoquer de l’anémie, freiner la croissance des enfants et être à l’origine de troubles cognitifs. Elles causent des milliers de morts chaque année et font perdre de l’argent par milliards en empêchant les personnes atteintes d’aller à l’école ou de travailler.

Le gouvernement britannique espère pouvoir prévenir près de 400 000 cas de cécité causés par le trachome, ainsi que des dizaines de milliers de cas d’handicap causés par la filariose lymphatique, une maladie transmise par un moustique, qui peut entraîner de graves gonflements des jambes.

Les fonds devraient aider à éradiquer la leishmaniose viscérale en Asie, une maladie mortelle transmise par des mouches des sables infectées qui détruit les organes internes. Le ver de Guinée, une maladie parasitaire, devrait aussi être éliminé. En 2007, 10 000 cas de vers de Guinée avaient été recensés, contre 25 en 2016.

Les fonds financeront les traitements tels que des programmes d’administration de médicaments, particulièrement auprès des populations où les maladies se propagent de manière endémique, ainsi que les interventions chirurgicales nécessaires. Ils financeront également la formation des équipes médicales locales.

Pour Caroline Harper, directrice de Sightsavers, une association caritative qui lutte contre la cécité, ces investissements auront un effet considérable à travers le monde. « Ces maladies sont vraiment horribles, elles font vivre des populations entières dans la douleur. Les personnes atteintes de trachome ont les yeux qui se retournent, et pour eux, chaque clignement est synonyme d’agonie. C’est à ce genre de souffrance que les financements permettront de mettre un terme. Cet argent nous aidera à éradiquer ces maladies, ce qui signifie que ces personnes ne souffriront plus et pourront contribuer à la vie de leur communauté. »

D’après Alan Fenwick, professeur de parasitologie tropicale à l’Imperial College de Londres, d’énormes progrès ont été réalisés pour le traitement et la prévention de ces maladies. « Ces maladies ne sont plus aussi négligées qu’en 2005, mais il reste encore beaucoup de travail pour les éradiquer. L’administration des traitements permettra de soulager un nombre considérable de personnes parmi les plus pauvres. »

Bill Gates, co-président de la Fondation Bill et Melinda Gates, qui est l’un des principaux donateurs pour la recherche sur les maladies tropicales, a salué la nouvelle. « L’aide et les institutions de recherche britanniques jouent un rôle considérable pour protéger les plus pauvres des maladies tropicales négligées et leur permettre de vivre une vie plus saine et plus prospère », a-t-il déclaré. « Je suis fier, avec ma fondation, de coopérer avec le Royaume-Uni pour la santé mondiale. Il me tarde de discuter de nos engagements futurs pour la lutte contre les maladies tropicales négligées, lors du sommet de Genève, cette semaine. »

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