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30/09/2016

Une pétition appelle à éviter un «Grexit médical»

Santé & Modes de vie

Une pétition appelle à éviter un «Grexit médical»

Des couveuses comme celles-ci permettent de sauver les prématurés, dont le nombre est plus élevé dans les population précarisées.

[Kqedquest/Flickr]

Avec la campagne Urgences Grèce, des médecins dénoncent la situation « apocalyptique » des soins de santé en Grèce depuis l’instauration des mesures d’austérité.

Un collectif de professionnels de la santé belges, avec le soutien d’hôpitaux bruxellois et de Médecins du Monde Grèc se sont alliés pour tirer la sonnette d’alarme sur la crise médicale en Grèce.

Rassemblés sous la bannière de l’initiative Urgences Grèce, ils ont lancé un appel aux dons et une pétition pour aider les Grecs et convaincre l’UE d’immuniser le secteur médical contre les coupes budgétaires.

De mars à juin, des professionnels de la santé et volontaires mènent une campagne de sensibilisation pour éviter un « Grexit médical ». Ils organisent notamment des conférences et la vente de kits de premiers secours et de repas grecs dans les cantines universitaires, dont  une partie du prix sera reversé à l’association.

L’UE définit la santé comme l’une de ses grandes priorités et a lancé diverses initiatives dans le but de réduire autant que possible les inégalités de l’accès aux soins sur son territoire. Pourtant, la troïka (la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international) a refusé d’exclure le secteur de la santé des mesures d’austérité imposées à la Grèce.

Si les mesures d’austérités grecques permettent peut-être des économies à court terme, elles ont des conséquences catastrophiques sur la santé et l’accès aux soins et donc, à long terme, sur la reprise économique.

>> Lire : L’austérité a fragilisé de nombreux droits fondamentaux en UE

Un système de santé effondré

Jusqu’en 2010, le système de santé grec fonctionnait sur la base de caisses professionnelles, régulièrement renflouées par l’État. Un système qui n’était pas idéal et aurait donc dû être réformé. Or, quand le besoin de réformes s’est le plus fait sentir, la crise de la dette grecque a éclaté. Les coupes budgétaires s’ajoutent en outre à l’augmentation du chômage, et donc à la réduction du nombre de cotisants. En quelques années, les dépenses du ministère de la Santé ont été divisées par deux, ce qui a mené à une situation catastrophique.

Augmentation de la mortalité infantile (51%) et néonatale (32%), hausse de la pauvreté infantile, environ 3 millions de personnes vivant dans des conditions précaires et sans couverture de santé, un tiers de la population n’arrivant pas à se chauffer en hiver, etc.

Le pays voit aussi une multiplication de problèmes comme les pathologies ORL ou cardiologiques liées au stress, la diffusion du VIH, l’absence de médicaments ou l’augmentation des patients dans les hôpitaux publics (les personnes pouvant s’offrir des soins dans le système privé sont devenues très rares) qui pourtant disposent de moins en moins de fonds, explique Urgences Grèce, qui s’appuient sur diverses études et observations scientifiques et officielles.

On enregistre également une hausse colossale des problèmes liés à la santé mentale (dépressions, etc.), encouragés par la situation économique extrêmement précaire.

Ce problème médical est également en train de se propager à d’autres secteurs, puisque le nombre d’enfants vaccinés diminue dangereusement, ce qui entraine leur exclusion des écoles.

>> Lire : En Grèce, la vaccination des enfants devient un problème de santé publique (2013)

Vision apocalyptique

« J’étais préparé, et je ne pense pas être la personne la moins bien informée à ce sujet, mais quand j’ai effectué cette visite dans les hôpitaux de Thessalonique, je me suis retrouvé face à une situation apocalyptique », se souvient Yvon Englert, coordinateur du projet Urgences Grèce. Ce gynécologue, ancien doyen de la faculté de médecine de l’Université libre de Bruxelles, s’est rendu en Grèce fin 2015 est revenu « abasourdi » de la gravité de la situation.

Les hôpitaux publics ne reçoivent plus de remboursements des soins de l’État, et se retrouvent face à des dettes abyssales de dizaines de millions d’euros. Leurs fournisseurs réduisent donc les livraisons et les cliniques manquent de tout. Les soignants sont désemparés, impuissants et souvent déprimés.

>> Lire : Nouveau ticket d’entrée de 5 euros dans les hôpitaux grecs

« Toutes les semaines, le directeur de l’hôpital universitaire réunit ses chefs de service pour décider quels soins ils supprimeront. Je vous parle ici de soins aux patients qui bénéficient encore d’une protection sociale, mais qui se retrouvent à devoir trouver eux-mêmes le matériel médical s’ils veulent pouvoir avoir l’intervention nécessaire », explique Yvon Englert.

Au départ, les services médicaux mis en place par Médecins du Monde avaient pour but d’offrir des soins aux migrants qui passent par la Grèce. Aujourd’hui, 45% des patients traités par l’organisation au Pirée sont des Grecs qui n’ont plus d’autres alternatives pour se soigner.

L’initiative d’Urgences Grèce s’articule autour de plusieurs actions. L’argent récolté servira à financer en partie la nouvelle polyclinique ouverte au Pirée par Médecins du Monde, qui se spécialisera notamment dans le soutien psychiatrique, mais distribuera aussi, par exemple, des colis alimentaires aux plus démunis. Sur l’île d’Eubée, l’idée est d’équiper huit dispensaires et un centre de santé (équipement médical, médicaments, etc.) et de faire de la prévention (vaccins, notamment).

Finalement, à Thessalonique, Urgences Grèce entend fournir des couveuses et des réactifs. Deux éléments indispensables, puisque la prématurité est de plus en plus courante, à cause de la précarité et de la pauvreté des habitants. Les couveuses disponibles sont actuellement rares et dans un état déplorable. En l’absence de soins et de moyens adéquats, la grande majorité des prématurés ne peut actuellement pas être sauvée. Les réactifs sont quant à eux une condition sine qua non aux transfusions sanguines, puisqu’ils permettent aux banques de sang de tester la compatibilité et la sûreté de leur sang.

>> Lire : La grippe tue plus en Grèce qu’ailleurs

Défendre l’Europe sociale

La dimension la plus importante du projet pourrait cependant être la communication, selon Yvon Englert. D’un côté, il faut encourager d’autres entités européennes à aider la Grèce et à faire respecter le droit aux soins dans l’UE. Urgences Grèce a donc lancé, parallèlement à la demande de dons, une pétition, qui devrait s’étendre au reste de l’Europe dans les mois à venir.

L’accès aux soins est pour ainsi dire une spécificité européenne, souligne le spécialiste, qui est également membre du groupe européen d’éthique. Nulle part ailleurs autant de citoyens bénéficient d’une couverture sociale aussi complète, et il ne faut absolument pas laisser cette couverture s’effondrer en Grèce, insiste-t-il lors d’une conférence à l’hôpital Erasme.

« Il faut être conscient que l’enjeu qui se joue dans cette tragédie grecque est européen », déclare-t-il rappelant au passage le texte de Martin Niemöller : « Quand ils sont venus chercher les socialistes, je n’ai rien dit parce que je ne suis pas socialiste, alors ils sont venus chercher les syndicalistes et je n’ai rien dit, parce que je n’étais pas syndicaliste […] et quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour me défendre ».

>> Lire :La Grèce ne peut pas faire face à plus d’austérité, selon un expert de l’ONU

 

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