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23/01/2017

L’OMS réfute toute panne de financement de la lutte antitabac

Santé & Modes de vie

L’OMS réfute toute panne de financement de la lutte antitabac

L'OMS craint des interférence de l'industrie du tabac avant un sommet en Inde.

Un rapport de la société civile révèle que 80% des pays membres de la convention-cadre pour la lutte antitabac ne paient pas leurs contributions, dont l’UE. Ce que dément l’OMS.

Un nouveau rapport publié par l’alliance de protection des contribuables révèle que près de 80 % des pays signataires de la convention refusent de payer leur contribution à l’OMS.

Selon le rapport « l’Organisation mondiale de la santé en soins intensifs », la grande majorité des États ont décidé de ne pas régler leur facture à la CCLAT.

« Au 15 juillet 2016, 142 des 180 pays membres à la CCLAT, soit 79 %, n’ont pas payé leurs contributions, fixées de manière volontaire. 13 de ces 142 pays doivent encore payer un total de 6,6 millions d’euros de contributions volontaires. Par conséquent, la convention-cadre n’a généré que 19 % des fonds dont elle a besoin pour fonctionner », estiment les auteurs du rapport.

Adoptée en 2003, la convention-cadre sur la lutte antitabac (CCLAT) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a pour objectif de protéger les générations présentes et futures des conséquences de la consommation de tabac et de l’exposition à la fumée.

>> Lire : L’ONU défend une taxe sur le tabac pour financer le développement durable

En Europe, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’UE elle-même n’ont pas payé leur contribution. L’alliance de protection des contribuables soupçonne que la raison de ces non-paiements est un mécontentement général quant au fonctionnement de l’OMS, explique David Williams, président de l’organisation à EurActiv.

« Il est essentiel que lors de la campagne électorale du nouveau directeur général de l’OMS [qui vient de commencer], les candidats se penchent sur des questions très sérieuses en termes de transparence, de financement, de responsabilité et de mauvaises pratiques. L’OMS doit répondre à ces questions », estime-t-il.

Le rapport souligne également d’autres critiques qui ont visé la CCLAT, notamment des mauvaises pratiques, l’interdiction pour les journalistes d’assister à ses réunions, un manque de transparence et un usage très généreux des deniers publics.

« Ces critiques font partie d’allégations de fraudes plus globales », conclut le rapport.

L’OMS dément

EurActiv a contacté l’OMS, demandant un commentaire. Samuel Compton, coordinateur média de la CCLAT, a assuré que le rapport de l’alliance était « incorrect » et ne tenait pas compte des calendriers de paiement adopté par de nombreux États membres.

Il accuse en outre l’industrie du tabac de soutenir l’organisation en sous-main. « Elle tente de se présenter comme un institut indépendant, mais oublie de mentionner ses propres liens avec l’industrie du tabac », a-t-il souligné, ajoutant que l’alliance avait déjà soutenu la tentative des cigarettiers de retarder et d’affaiblir les mesures de la lutte antitabac.

L’OMS craint que l’industrie du tabac ne fasse obstacle à ses efforts et n’ « interfère » avant une réunion  cruciale de la CCLAT en Inde. La septième session de la Conférence des Parties (COP7) lors de la CCLAT de l’OMS aura lieu du 7 au 12 novembre à Delhi.

La chef du secrétariat de la convention, le Dr Vera Luiza da Costa e Silva, a récemment écrit une tribune pour le Huffington Post et attaqué l’industrie du tabac. Selon elle, cette dernière cible des membres des délégations participant à la plus grande conférence intergouvernementale du monde dédiée au contrôle du tabac.

« Lors de la dernière Conférence des Parties en 2014, des lettres ont été envoyées au nom des intérêts de l’industrie du tabac. Elles demandaient aux responsables des finances de contrôler les taxes », a-t-elle écrit.

« On ne peut pas s’asseoir à la table des négociations avec les mêmes personnes qui ont provoqué ce désastre mondial parce qu’une chose est sûre : l’industrie ment. En public, elle minaude, mais en coulisses, elle applique des politiques en totale opposition avec ses déclarations publiques. Et ce, pour tuer un utilisateur sur deux de ses produits », a-t-elle souligné.

Contexte

La Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) de l’Organisation mondiale de la santé est le premier traité international négocié sous les auspices de l’OMS.

Elle a été adoptée par l’assemblée mondiale de la santé le 21 mai 2003 et est entrée en vigueur le 27 février 2005. Depuis, c’est devenu l’un des traités les plus rapidement et largement adoptés dans l’histoire des Nations unies.

La convention a été créée en réponse à la mondialisation de l’épidémie de tabac. C’est un traité basé sur des faits qui réaffirme le droit de toute personne à jouir de normes sanitaires élevées. La convention est un jalon dans la promotion de la santé publique et fournit de nouvelles dimensions juridiques pour la coopération sanitaire internationale.

Prochaines étapes

  • 7–12 novembre : Conférence des parties (COP7) à la CCLAT.

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