La Commission veut rétablir la confiance envers l’industrie agro-alimentaire

Poulets en cage. Lodz, Pologne. [Krystian Olszanski/Flickr]

Alors que le secteur agricole fait face à une pression croissante pour augmenter la production, la confiance des consommateurs dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire continue de s’éroder, a déclaré un responsable de la Commission européenne.

Le secteur agro-alimentaire de l’UE s’industrialise de plus en plus. Avec une population mondiale qui devrait atteindre les 9 millions en 2050, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture estime que la production devra augmenter de 70 % pour pouvoir nourrir la planète.

Même si l’industrialisation a entraîné une baisse des prix, elle a aussi déclenché des crises sanitaires massives, comme la maladie de la vache folle dans les années 1990 ou plus récemment, l’épidémie d’Escherichia coli qui a tué 48 personnes en Allemagne. Ces crises débouchent sur des centaines de millions de pertes pour le secteur.

Confiance des consommateurs

« Il est difficile de gagner la confiance des consommateurs et très facile de la perdre, a déclaré Ar?nas Vin?i?nas, chef du cabinet du commissaire à la santé, Vytenis Andriukaitis, en référence aux récentes crises alimentaires. Il a pris la parole au European Business Summit du 7 mai, lors d’une session intitulée Sécurité alimentaire – réconcilier la compétitivité et la confiance des citoyens.

Ces dernières années, le plus grand scandale alimentaire a éclaté en 2013, lorsqu’il a été découvert au Royaume-Uni que des barquettes de lasagnes au bœuf surgelées contenaient jusqu’à 100 % de viande de cheval. Cette découverte a multiplié les appels à une meilleure traçabilité et plus de transparence dans l’étiquetage des produits alimentaires.

Pour Jorgo Riss, directeur de Greenpeace Europe, cela n’a rien d’étonnant. Selon lui, tout le système d’approvisionnement alimentaire est défectueux. « La tendance générale des 50 dernières années a été d’utiliser de plus en plus de machines », a-t-il expliqué, ajoutant que cette tendance était insoutenable tant au niveau économique qu’environnemental.

« Nous sommes largement dépendants des combustibles fossiles et des produits chimiques. C’est un système couteux qui s’appuie sur des sources non renouvelables et crée donc de graves problèmes environnementaux tels que la pollution de la nappe phréatique. Aujourd’hui, le secteur ne nourrit pas la planète et il ne la nourrira jamais, car il dépend de ces ressources non renouvelables trop couteuses », a expliqué Jorgo Riss.

Par ailleurs, plus il existe de nouvelles technologies de production, telles que les OGM ou le clonage, plus il est difficile de maintenir la confiance du consommateur dans la chaine d’approvisionnement alimentaire.

Selon Ar?nas Vin?i?nas, la Commission voit une possibilité d’améliorer la « relation complexe » entre la confiance des citoyens et les innovations technologiques. Les aliments nouveaux, contenant des nanomatériaux, le clonage d’animaux pour la production alimentaire ou les organismes génétiquement modifiés (OGM) se sont tous heurtés au scepticisme des citoyens qui appellent à des règlementations plus strictes.

« Il est regrettable que, lorsque l’industrie alimentaire essaye de se moderniser et d’innover en utilisant de nouvelles approches et techniques dans le plein respect d’un avis scientifique, elle finisse par rencontrer l’opposition et l’hostilité des consommateurs et des groupes de pression », a commenté Ar?nas Vin?i?nas.

« Voilà le principal défi auquel un législateur doit faire face : comment légiférer et réglementer l’apparition des technologies dans des situations où la science est remise en question par des groupes conservateurs bien ancrés, par l’opposition de la société ou autres. »

>> Lire : La révision du règlement sur les nouveaux aliments bute sur le clonage

Faisant référence au scandale de la viande de cheval, Ar?nas Vin?i?nas a ajouté que la Commission faisait de la lutte contre les escrocs un de ses priorités.

Jean-Charles Bocquet, directeur général de l’Association européenne de protection des cultures (ECPA), qui représente les fabricants de pesticides, reconnaît les problèmes du secteur. L’industrie doit s’assurer qu’il y a assez de nourriture en Europe, a-t-il affirmé, mais pas seulement, car de nos jours l’Europe est un importateur net de denrées alimentaires.

« Nous devons absolument améliorer l’information et la communication avec le public. Il est vrai que les représentants de l’industrie se consultent entre eux, mais nous avons certaines contraintes donc nous devons davantage dialoguer avec les ONG, a-t-il admis.

« Elles représentent un élément positif et nous mettent au défi dans des domaines spécifiques. Nous ne sommes pas toujours capables de répondre à leurs demandes à court terme, et certaines d’entre elles sont exagérées, mais c’est un débat perpétuel qui sera d’autant plus efficace si nous mettons en place des initiatives permettant à toutes les parties prenantes de travailler dans la même direction », a déclaré Jean-Charles Bocquet.

Contexte

Un projet européen portant sur un règlement relatif aux nouveaux aliments a été rejeté en 2011, notamment à cause des inquiétudes que suscite le clonage animal.

Les discussions menées dans le cadre de la procédure législative ordinaire ont essentiellement mis l’accent sur les dispositions applicables aux nanomatériaux, au clonage d’animaux à des fins de production alimentaire, aux aliments traditionnels en provenance de pays tiers, aux critères à remplir pour les besoins de l’évaluation et de la gestion des risques ainsi que sur la procédure d’autorisation des nouveaux aliments.

Une nouvelle proposition, limitée seulement à la sécurité de nouveaux aliments, repose sur l'accord global obtenu lors d'une conciliation en décembre 2013 entre les trois organes législatifs de l'UE, la Commission, le Parlement et le Conseil.

Les critères généraux de définition d’un nouvel aliment demeurent inchangés : par nouvel aliment, on entend les denrées alimentaires et leurs ingrédients dont la consommation dans l’UE était négligeable avant l’entrée en vigueur (le 15 mai 1997) de l’actuel règlement relatif aux nouveaux aliments.

Prochaines étapes

  • 1er mai au 31 octobre 2015 : Expo de Milan : Nourrir la planète, énergie pour la vie.