Le cadmium pourrait être interdit en UE

Batterie au cadmium dans une télévision. [S Woodside/Flickr}]

Le Parlement européen a voté en faveur d’une réévaluation de l’utilisation de cadmium, une substance toxique présente dans certains téléviseurs. La Commission souhaitait au contraire prolonger son utilisation.

Un débat scientifique s’est ouvert au Parlement européen autour d’un métal blanc et toxique, le cadmium, utilisé dans l’éclairage d’écrans LCD pour les téléviseurs et les ordinateurs, mais aussi dans certaines batteries.

En 2002, cette substance toxique avait été exclue de la directive sur la limitation de substances dangereuses, parce qu’il n’existait pas, à l’époque d’alternative plus sûre. Conformément à la directive, les métaux lourds comme le plomb le mercure et le cadmium doivent être remplacés par des alternatives plus sûres quand celles-ci existent.

Or la Commission européenne a proposé de prolonger cette exemption jusqu’en juillet 2017, arguant que la technologie des points quantiques sans cadmium n’était pas encore disponible. Et c’est là que le débat se corse : les eurodéputés jugent cette estimation « manifestement incorrecte ».

« L’un des principaux fabricants de téléviseurs au monde vend en UE toute une gamme de nouveaux modèles de téléviseurs […] à partir de cette technique», assurent les eurodéputés, qui ont rejeté la proposition de prolongation de la Commission.

Les parlementaires européens ont également jugé qu’une exemption pour l’éclairage n’était pas justifiée, en s’appuyant sur une étude menée par l’Öko-Institut au nom de la Commission.

Le 20 mai, la grande majorité des eurodéputés s’est exprimée en faveur de la résolution, qui est passée avec 618 voix pour, 33 contre et 28 abstentions.

Avis partagés

Le rejet de la proposition de l’exécutif « n’interdit pas l’utilisation de cadmium » dans les appareils européens, a toutefois souligné le Parlement. « Il n’existe dès lors aucune distorsion du marché, puisque l’exemption actuelle reste valide jusqu’à sa révocation. »

La technologie des points quantiques entrera donc une nouvelle phase d’évaluation de sécurité, ce qui engendrera une offensive de lobbyisme potentiellement ardue.

L’entreprise Nanoco, fabricant de points quantiques sans cadmium et d’autres nanomatériaux, se réjouit de la décision du Parlement. « Nous félicitions les parlementaires qui ont pris une bonne décision et ont su comprendre que le marché avait évolué depuis l’évaluation initiale de la Commission », assure Michael Edelman, directeur général de Nanoco.

D’autres groupes, qui ont fait pression pour que l’exemption soit maintenue, ne seront pas aussi satisfaits. Jim Willis, président émérite du groupe de travail sur la sécurité des nanomatériaux à l’OCDE, estime que l’interdiction d’utiliser le cadmium pourrait rendre les téléviseurs moins efficaces d’un point de vue de l’utilisation d’énergie, et favoriserait l’utilisation de substances de remplacement tout aussi toxiques.

Dans une opinion pour EURACTIV, il a expliqué que les risques liés à l’exposition au cadmium dans les téléviseurs étaient « négligeables », parce que les points quantiques au cadmium sont scellés et étanches, et que la substance n’est donc « pas biodisponible ».

« Les seules alternatives aux points quantiques à base de cadmium dans ce contexte sont les points quantiques à base d’indium, qui sont beaucoup plus toxiques, plus énergivores, moins stables et offrent un rendu des couleurs moins satisfaisant », assure-t-il.

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