Le commissaire à la santé nie tout « complot » sur les perturbateurs endocriniens

Vytenis Andriukaitis

Vytenis Andriukaitis, le commissaire à la santé et à la sécurité alimentaire. [European Parliament/Flickr]

Vytenis Andriukaitis, le commissaire à la santé et à la sécurité alimentaire, a pris avec véhémence la défense de la Commission, accusée de retarder la législation sur les perturbateurs endocriniens. 

Le 1er juin, lors d’un événement de la Commission, Vytenis Andriukaitis a souligné que la communauté scientifique et les décideurs politiques étaient extrêmement divisés partout dans le monde.

Le débat houleux provoqué au sein de la Commission par ce désaccord scientifique est la raison principale des retards prolongés dans l’élaboration de la stratégie de l’UE en ce qui concerne les perturbateurs endocriniens, a insisté le commissaire lors de son discours.

« Ces évaluations et opinions divergentes ont aussi eu des répercussions sur le travail de la Commission précédente, dans les différentes Directions générales. Cependant, comparer ces opinions divergentes à une bataille entre ennemis me semble inacceptable », a estimé Vytenis Andriukaitis.

Le discours du commissaire letton est une réponse à un récent rapport de l’Observatoire de l’Europe industrielle qui accusait le département de la santé de la Commission (DG Santé) de retarder volontairement l’élaboration de la stratégie de l’UE sur les perturbateurs endocriniens, sous l’influence des lobbies de l’industrie.

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Selon Vytenis Andriukaitis, ces accusations sont de véritables « théories du complot ».

« Mes services [DG Santé] ne sont pas de sanguinaires bandits de grand chemin. C’est exactement pour cela que nous devons être transparents. C’est pour cela que nous avons ouvert la conférence à toutes les opinions et que nous n’avons pas peur des questions embarrassantes. »

La Direction générale de l’environnement (DG ENVI) aurait dû publier une définition des perturbateurs endocriniens avant décembre 2013. Cette définition aurait été la première étape d’une réglementation en la matière.

En juillet de la même année, le secrétariat général de la DG ENVI a cependant décidé de se lancer dans une analyse d’impact qui a énormément retardé l’élaboration de cette stratégie pourtant très attendue. Ce délai, contraire à la convention collective, a poussé la Suède à entamer des procédures judiciaires à l’encontre de l’exécutif européen.

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Le commissaire a répété que les décisions de la Commission sont « collégiales », et que toutes les Directions générales doivent donc être impliquées. « Je m’engage à faire avancer ce dossier important le plus rapidement possible, mais nous ne pouvons pas mettre la charrue avant les bœufs », a-t-il déclaré, ajoutant que « sans évaluation profonde et rigoureuse, nous sommes tous prisonniers de nos émotions. »

Les critères scientifiques de définition des perturbateurs endocriniens ne devraient pas être formulés avant 2017, quatre ans après la date initialement prévue par le Parlement européen.

Les phtalates (composants chimiques du plastique), les produits ignifuges à base de brome (souvent utilisés dans les textiles ménagers ou les meubles) et les métaux tels que le plomb et le mercure sont des perturbateurs endocriniens. Certaines de ces substances sont naturelles alors que d’autres, présentes dans les pesticides, les appareils électroniques, les produits d’hygiène personnelle et les cosmétiques, sont synthétiques. Certains additifs alimentaires ou contaminants présents dans l’alimentation sont également susceptibles de perturber le système endocrinien.

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Contexte

L'augmentation des taux de cancers et de problèmes de fertilité ont attiré l'attention des scientifiques sur les produits chimiques qui perturbent le système endocrinien. Certains appellent à une réglementation plus stricte sur les substances responsables, les perturbateurs endocriniens, conforme au principe de précaution.

Dans le même temps, d'autres scientifiques mettent en avant les mérites de ces substances chimiques dans les produits quotidiens, comme le plastique. Ils préviennent également que les fondements de la science risquent d'être compromis si les mesures de précaution sont appliquées.

Prochaines étapes

  • 2017 : Date probable de publication des critères de définition des perturbateurs endocriniens.

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