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30/09/2016

Les Allemands victimes des attentats à Istanbul n’étaient pas ciblés

Sécurité

Les Allemands victimes des attentats à Istanbul n’étaient pas ciblés

L'attentat terroriste du mardi 12 janvier a eu lieu dans le quartier historique d'Istanbul, entre Sainte-Sophie et la Mosquée bleue.

Crédit : Marion Candau

Trois mois après les attentats très meurtriers d’Ankara, une nouvelle attaque dans le centre historique d’Istanbul, attribuée à l’EI, a fait 10 morts, tous des Allemands. Pour le ministre allemand de l’Intérieur, ses concitoyens n’étaient pas explicitement visés.

Rien n’indique que des touristes allemands étaient expressément visés par les auteurs de l’attentat suicide du 12 janvier à Istanbul, a déclaré le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière, en visite le 13 janvier dans la métropole turque. Il a ajouté qu’il n’y avait par conséquent aucune raison pour les Allemands de différer ou de modifier leurs projets de déplacement en Turquie.

Dix Allemands sont morts dans l’attentat d’Istanbul, a indiqué mercredi le ministère allemand des Affaires étrangères, sans préciser si le bilan total de dix morts était revu ou non à la hausse.

« C’est une triste nouvelle, il y a 10 morts parmi les Allemands », a dit une porte-parole du ministère, Sawsan Chebli, alors qu’un précédent bilan faisait état de huit Allemands tués et de deux autres morts.

« Sept Allemands blessés sont encore traités dans des hôpitaux d’Istanbul, dont cinq en soins intensifs », a-t-elle ajouté lors d’une conférence de presse régulière.

Trois mois après celle qui a fait 103 morts à la gare d’Ankara, cette nouvelle attaque a été perpétrée, selon les autorités, par un Syrien âgé de 28 ans, entré sur le sol turc il y a quelques jours depuis la Syrie et présenté comme un membre de l’EI.

Cet homme a actionné sa ceinture d’explosif mardi matin dans le cœur historique d’Istanbul, sur l’ancien hippodrome bordant la basilique Sainte-Sophie et la Mosquée bleue, visités chaque année par des millions de touristes étrangers.

Niveau d’alerte inchangé en Allemagne

« Nous nous tenons résolument au côté de la Turquie dans le combat contre le terrorisme », a ajouté De Maizière lors d’une conférence de presse commune avec son homologue turc, Efkan Ala.

À Berlin, le ministre fédéral de la Justice, Heiko Maas, a noté pour sa part que l’attaque d’Istanbul ne modifiait pas le niveau d’alerte en Allemagne.

« Nous savons que l’Allemagne est aussi une cible pour des terroristes. Il est donc impossible de nier qu’il existe un danger général, mais nous n’avons pour l’heure aucune indication concrète relative à des cibles », a-t-il dit à la chaîne de télévision ARD.

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Les niveaux d’alerte à la sécurité ont été relevés à travers l’Europe depuis les attentats islamistes du 13 novembre à Paris. En Allemagne, des menaces précises ont conduit à l’évacuation et à la fermeture de deux gares de Munich dans la nuit du Nouvel An. Cette alerte « très concrète » sur de possibles attentats suicide provenait vraisemblablement d’un service de renseignement allié.

Bombe à retardement

La Turquie est quant à elle en alerte maximale depuis l’attentat qui a visé le 10 octobre une manifestation prokurde devant la gare d’Ankara. Cette attaque, la plus meurtrière jamais perpétrée sur le sol turc, a été attribuée à l’EI.

>> Lire : Les tensions au Moyen-Orient risquent de profiter à l’EI

Le pays est également secoué depuis l’été dernier par la reprise de combats meurtriers entre ses forces de sécurité et les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), après une accalmie de deux ans.

La presse indépendante turque a largement attribué mercredi l’attentat de mardi aux ambiguïtés de la politique du président Recep Tayyip Erdogan vis-à-vis des jihadistes.

« Nous sommes comme assis sur une bombe à retardement et la seule raison de cette situation est cette tolérance obsessionnelle accordée aux groupes jihadistes », a commenté dans le journal à gros tirage Hürriyet l’éditorialiste Mehmet Yilmaz.

De nombreux analystes ont également souligné la volonté de l’EI de muscler ses attaques contre la Turquie, soulignant que le groupe n’y avait jusque-là uniquement visé que des cibles kurdes, dont les combattants sont ses principaux adversaires en Syrie.

Cet attentat vise à « attaquer la Turquie pour qu’elle abandonne ou au moins ralentisse ses opérations contre le groupe », a estimé Soner Cagaptay, du Washington Institute.