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27/07/2016

Paris milite pour un corps européen de gardes-frontières

Sécurité

Paris milite pour un corps européen de gardes-frontières

[Lledo/Shutterstock]

La France souhaite renforcer les moyens de l’agence européenne Frontex, qui ont baissé en 2014. Une position qu’elle doit défendre au Conseil européen vendredi 27 juin lors de la discussions sur la question des migrations.

La France veut faire un pas en avant dans la protection des frontières extérieures de l’Union européenne. C’est ce que laisse entendre la feuille de route adressée à Herman van Rompuy mardi 24 juin, qu’EurActiv s’est procuré.

Pour la France, l’accent doit être mis sur la surveillance des « frontières extérieures de l’espace Schengen en appliquant strictement les règles prévues à cette fin ». Un discours plutôt dur pour le gouvernement socialiste, préoccupé par le thème de la sécurité omniprésent durant la campagne des européennes.  La France veut donc augmenter les ressources de l’agence européenne, qui ont de sucroît baissé.

Victime du recul du budget global de la Commission, dont dépendent l’essentiel de ses ressources, l’agence basée en Pologne a vu son budget passer de 93 à 89 millions d’euros. Une aberration alors que le problème des migrations en Méditerranée ne fait qu’empirer.

Une série d’opérations destinées à prévenir et mieux gérer les migrants clandestins en Méditerranée ont été mis en place dans le cadre de la « task force » pour la Méditerranée, mais l’avancée des opérations reste modeste.

Par ailleurs, Paris veut faire « évoluer les missions de l’agence Frontex avec, à terme, la création d’un corps de gardes-frontières européens » afin de prévenir l’immigration illégale.

Pour Elvire Fabry, chercheuse senior pour le think tank Notre Europe et spécialiste de l’action extérieure de l’UE, Frontex est une pièce clé du dispositif de surveillance des frontières. Selon elle, la proposition française de mettre en place des gardes-frontières européens pourrait être une bonne idée et devrait d’ailleurs être développée.

La coopération entre États membres, agences et États tiers dans la lutte contre les filières d’immigration clandestine devrait aussi être mise à contribution. Dans sa proposition, la France souhaite aménager des voies de migration, grâce à la concertation avec les pays tiers, notmament avec le Haut Commissariat aux Réfugiés.

L’accent serait ainsi mis en priorité sur la zone méditerranéenne. Dans ce cadre, Paris souhaite  la mise en place d’un coordinateur des migrations en Méditerranée qui devra rendre compte au Conseil européen.

L’ombre de Lampedusa plane toujours

La question du renforcement de l’agence Frontex revient continuellement depuis la catastrophe de Lampedusa qui a vu 300 migrants mourir en mer. Le manque de solidarité entre États membres et de politique migratoire de l’Union européenne a lui aussi été sous le feu des critiques. Ainsi les pays de la Méditerranée les plus exposés comme l’Espagne, l’Italie, Malte, Chypre, la Grèce et la Croatie se retrouvent seuls pour affronter les vagues de migrants.

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Frontex reste largement dépendante des contributions financières et du soutien opérationnel des États membres. Selon une analyse de l’agence européenne, le nombre des détections de franchissements illégaux aux frontières extérieures de l’UE est passé de 72.500 à 107.000 entre 2012 et 2013, soit une augmentation de 48% en un an. Par ailleurs, depuis le début de l’année, près de 35.000 personnes ont traversé la Méditerranée entre l’Afrique du Nord et l’Europe, contre 43.000 pour l’ensemble de 2013, selon les chiffres du Haut Commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR).

Pour Elvire Fabry, la mise en place de moyens supplémentaires pour Frontex permettrait de faciliter la transmission d’informations et de mettre en place des frontières « intelligentes » afin de faciliter les contrôles aux frontières. Cependant les États membres ont davantage tendance à responsabiliser les pays d’origine et de transit afin que le contrôle de l’immigration se fasse dès la source.

La France et l’Italie sur la même longueur d’onde

Pour Elvire Fabry, «les pays les moins exposés, ceux du nord-ouest de l’Europe par exemple, doivent avoir tendance à penser que Frontex a assez de moyens mais des pays comme la Grèce et l’Italie pensent qu’il faut les renforcer ».

Pour l’Italie par exemple, la priorité doit être mise sur le renforcement de la politique européenne d’immigration et la mise en œuvre d’une véritable politique européenne d’asile. Elle appelle ainsi à renforcer Frontex en termes de ressources humaines et financières et de dépenses tout en mettant en place un nouveau type de coopération avec les États tiers.

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Selon la chercheuse, « l’enjeu fondamental concerne la répartition des demandeurs d’asile » même si elle estime que ce thème a peu de chance de percer dans le débat. « Les États sont encore attachés à leur droit souverain de déterminer qui est autorisé à entrer et résider sur leur territoire. […] L’enjeu de l’immigration légale est aussi important pour anticiper le problème du vieillissement de la population européenne et la carence de main d’œuvre à moyen terme ». A cela s’ajoute l’enjeu de la coordination de l’admission des migrants dans les États membres.

Ainsi, la Grèce veut, de son cô?té, soutenir l’immigration légale, qui selon elle pourrait profiter à sa reprise économique. Selon le Quai d’Orsay, le pays représente le principal problème de l’immigration illégale en Europe, où il est moins médiatique mais plus important qu’en Italie, principalement pour une raison géographique. Les centaines de petites îles grecques au sein de la Méditerranée rendent le contrôle de l’accès au territoire quasiment impossible.

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Contexte

Frontex est l'Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l'Union européenne. Basée à Varsovie, elle centralise la gestion des questions de sécurité aux frontières. Sa mission est d'aider les États membres à mettre en œuvre les règles communautaires relatives aux frontières extérieures et de coordonner leurs opérations de gestion des frontières extérieures. Chaque État membre a cependant la pleine responsabilité des frontières se trouvant sur son territoire.

EUROSUR est un système européen de coopération pour la surveillance des frontières. Il est devenu opérationnel le 2 décembre 2013 dans 18 pays de l'UE (Bulgarie, Estonie, Grèce, Espagne, France, Croatie, Italie, Chypre, Lettonie, Lituanie, Hongrie, Malte, Pologne, Portugal, Roumanie, Slovénie, Slovaquie et Finlande) ainsi que la Norvège, membre de l'espace Schengen. Il a pour mission de renforcer le contrôle des frontières extérieures de l'espace Schengen, en permettant aux autorités des États membres chargées de la surveillance des frontières terrestres, maritimes et parfois aériennes, ainsi qu'à Frontex, d'échanger des informations opérationnelles et d'améliorer leur coopération.

Prochaines étapes

26 et 27 juin 2014 : Conseil européen à Ypres

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