La discrimination continue pour les enfants roms en Slovaquie

Des enfants dans le troisième campement rom de Slovaquie, à Kapusany. [Blue Delliquanti/Flickr]

Malgré les menaces d’amendes de l’Union européenne, la Slovaquie continue de discriminer les enfants roms en les plaçant dans des écoles spécialisées.

En 2015, la Commission européenne a lancé une procédure d’infraction contre la Slovaquie pour violation de la législation européenne en matière de discrimination. Le pays applique en effet une politique d’éducation particulière pour les enfants roms.

D’après un rapport publié le 1er mars par Amnesty International et le Centre européen pour les droits des Roms (CEDR), il est courant de voir les enfants roms qualifiés de « handicapés mentaux légers » par les autorités slovaques. Ceux-ci se retrouvent par conséquent envoyés dans des écoles spécialisées, où ils reçoivent un enseignement de qualité inférieure.

« Si les enfants roms échouent dans leur scolarité en Slovaquie, c’est parce qu’ils font les frais d’un système scolaire discriminatoire où la ségrégation sévit et entrave leur éducation, les condamnant à vivre dans la pauvreté et l’exclusion », peut-on lire dans le rapport.

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Le président du CEDR, Ðorðe Jovanoviæ, a déclaré que l’inaction de la Slovaquie pour lutter contre les préjugés dans le système scolaire rendait la réussite très difficile pour les enfants roms. « [Ils] restent enfermés dans un cercle vicieux de pauvreté, d’exclusion sociale et de désespoir », a-t-il ajouté.

Amnesty International et le CEDR enjoignent à la Commission européenne d’obliger la Slovaquie à aligner ses politiques avec le droit européen, en émettant un « avis motivé » contre le pays, la dernière étape avant de déférer l’affaire à la Cour de justice de l’UE.

L’exécutif a placé la lutte contre la discrimination des Roms en Slovaquie parmi ses principales priorités. « Si la Commission reconnaît que la Slovaquie a modifié sa législation pour se conformer au droit européen, le pays doit toujours prouver que la discrimination a disparu dans la pratique. L’exécutif examine à présent les étapes à suivre pour cette affaire », a précisé un porte-parole de la Commission.

Le rapport, qui s’est concentré sur quatre localités dans l’est de la Slovaquie, a révélé que les enfants roms étaient placés dans des classes ou des écoles conçues exclusivement pour eux, ou dans des établissements « spéciaux », réservés aux enfants atteints de handicaps mentaux.

D’après les chercheurs, des préjugés culturels auraient poussé les autorités à placer les enfants dans des écoles spécialisées. Des dizaines d’élèves roms se sont donc retrouvés dans des structures inappropriées.

Dans une des villes où les chercheurs se sont rendus, près d’un enfant rom sur trois s’est vu diagnostiqué un « handicap mental léger ». Une mère rom n’a pas caché son étonnement lorsque son fils, jugé « très intelligent » par un psychologue, s’est retrouvé placé dans une école spécialisée, sans explication.

Ces classes et ces écoles disposent d’un programme scolaire réduit et offrent des possibilités de carrière limitées à leurs élèves. « L’enseignement dispensé aux élèves roms dans les écoles spécialisées et dans les classes séparées est d’une qualité si médiocre que très peu sont ceux qui parviennent à poursuivre leur scolarité après 16 ans », peut-on lire dans le rapport.

D’après le rapport, le fait que les parents non roms retirent leurs enfants des écoles qui, selon eux, comptent trop d’élèves roms, est un facteur contribuant à la ségrégation. Les autorités slovaques affirment n’avoir aucune solution ou programme à proposer pour lutter contre ce phénomène, connu sous le nom de « fuite des Blancs ».

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La discrimination ne s’arrête cependant pas aux parents, relate le rapport. Une institutrice a qualifié l’école rom dans laquelle elle travaille de « mini zoo ». « Ils sont nombreux à vouloir devenir professeurs ou médecins, mais il y a une grande différence entre ce qu’ils voudraient faire et ce qu’ils deviennent en réalité. Les plus âgés, en particulier les garçons, sont toutefois souvent plus réalistes et finissent par devenir maçons », a ajouté un autre professeur.

Dans une des villes analysées, les garçons roms étaient majoritairement inscrits dans une école professionnelle gérée par une entreprise manufacturière de la région. Ils ont déclaré passer le plus clair de leur temps à assembler des prises électriques, par la suite vendues par l’entreprise.

Les filles ont quant à elle des cours de « pratique pour femmes », dans le cadre du programme national visant à enseigner aux filles comment devenir de « bonnes femmes au foyer ».

Les parents ont souligné que les élèves des écoles spécialisées n’étaient souvent pas autorisés à ramener des livres à la maison et n’ont que très rarement des devoirs à faire. Plusieurs parents dénoncent ces établissements pour avoir incité les enfants à dessiner durant les cours de langue slovaque. Le père d’un garçon de 17 ans a même déclaré aux chercheurs qu’à la fin de son cursus, son fils ne savait ni lire, ni écrire ni parler le slovaque.

« Le système scolaire slovaque défavorise les enfants roms dès le plus jeune âge, ne leur offrant que très peu de choix, exacerbant et perpétuant ainsi les préjugés et le racisme contre les Roms », a indiqué John Dalhuisen, responsable des relations avec l’Europe et l’Asie centrale chez Amnesty International. « La ségrégation des enfants n’est pas seulement perturbante, elle est aussi illégale. C’est pour cette raison, et non pour les lourdes amendes qu’elles se verront autrement imposer, que les autorités slovaques doivent cesser d’agir ainsi. »

Le 1er mars, Euractiv a demandé au représentant permanent de la Slovaquie auprès de l’UE de s’exprimer à ce sujet. Cet article sera mis à jour une fois la réponse reçue.

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Contexte

La procédure d'infraction est une action prise contre un État membre de l’UE suspecté de violer le droit européen. Elle débute par une mise en demeure de l'État membre concerné, qui doit répondre de ses actes dans un délai déterminé, en général deux mois.

Si l'État membre ne prend pas les mesures nécessaires dans le délai imparti, la Commission peut porter l'affaire devant la Cour de justice de l'Union européenne.