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30/07/2016

La liberté de la presse à la peine en Europe

Société de l'information

La liberté de la presse à la peine en Europe

Les pays candidats à l'entrée dans l'UE sont les mauvais élèves en matière de liberté de la presse (Credit: [Voronin76]/Shutterstock)

L’Union européenne se trouve en haut du classement des régions du monde où la liberté de la presse est la plus respectée. Mais la situation se dégrade dans certains pays comme la Hongrie, et les exigences de Bruxelles envers les pays candidats à l’adhésion restent faibles.

«La liberté de la presse est menacée en Hongrie », a déclaré Neelie Kroes sur son blog le 28 juillet. La Commissaire européenne en charge du numérique dénonçait notamment une taxe hongroise sur les médias qui menace directement la chaîne RTL Klub, filiale du groupe européen de médias, RTL Group, basé au Luxembourg.

 «Il s’agit de le chasser de Hongrie. Le gouvernement hongrois ne veut pas d’un radiodiffuseur dont le propriétaire est étranger en Hongrie et il utilise une taxe injuste pour balayer les garanties démocratiques et faire disparaître une menace pour son pouvoir», écrit Neelie Kroes.

Une réponse jugée tardive par Reporters sans Frontière (RSF), qui a rappelé que la loi de taxation sur les revenus publicitaires a été amendée le 4 juillet dernier. « L’idée est d’intervenir pendant le processus législatif pas une fois que la loi est passée », a déclaré Antoine Héry, responsable du classement pour la liberté de la presse à RSF.

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Depuis l’arrivée de Viktor Orbán au pouvoir en 2010, un ensemble de réformes politiques a amorcé une régression démocratique. Ainsi, le gouvernement Orbán a créé la même année un organe de régulation de la presse dont les membres sont nommés par le gouvernement permettant de renforcer le contrôle institutionnel des médias et de contrôler l’opinion publique hongroise.

Une réponse tardive de la Commission

Cette nouvelle taxe oblige les médias à reverser à l’État 40 % de leurs revenus publicitaires lorsque celles-ci dépassent 65 millions d’euros. Mais en réalité seul le groupe luxembourgeois RTL, présent en Hongrie grâce à sa filiale RTL Klub, serait pénalisé dès août 2014.

Le groupe RTL se dit déterminé à poursuivre toutes les options pour protéger son actif contre cette taxe. « Nous sommes capables de gérer le conflit et de nous défendre — ainsi que les autres médias indépendants. Nous n’avons pas l’intention de renoncer à notre activité de diffusion en Hongrie », a affirmé Oliver Fahlbusch, responsable de la communication pour RTL Group.

UE et Balkans en première position

Selon RSF, l’Union européenne et les Balkans sont en bonne position dans le classement mondial 2014 de la liberté de la presse. Trente pays de la zone font partie des cinquante premiers États au sein desquels la liberté de la presse est la mieux respectée. Sur le podium, on retrouve la Finlande, les Pays-Bas et la Norvège.

Cependant, il y a une légère dégradation de la liberté de la presse en Europe puisque près de la moitié des États membres de l’UE sont descendus dans le classement mondial. Tous les pays européens ne sont pas des exemples en matière de liberté de la presse. Malgré des garde-fous législatifs, la Bulgarie perd treize places (100e position), la Grèce en perd quinze (99e position), la Hongrie descend de huit places (64e position), tout comme l’Italie (49e position).

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Selon Antoine Héry, les atteintes à la liberté de la presse sont souvent « le fait de pouvoirs politiques tentés de contrôler les médias pour maîtriser l’opinion publique et orienter les votes. Les intérêts privés tentent aussi de plus en plus à maîtriser l’information. Les atteintes se font aussi par le biais des réseaux sociaux avec des pressions sur journalistes ou les blogueurs ». Ils peuvent aussi subir des agressions lors de manifestations.

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Pour y remédier, le Centre pour le pluralisme et la liberté des médias créé par la Commission européenne et basé à Florence a fait des recommandations à la Commission. Le rapport propose l’existence de médias libres et pluralistes soit une condition à l’adhésion à l’Union européenne ou encore une harmonisation des législations nationales des États membres.

Par ailleurs, depuis septembre 2013 une initiative citoyenne européenne est en ligne pour récolter un million de signatures provenant d’au moins sept États membres de l’UE. Elle est coordonnée par Alternatives Européennes, une organisation issue de la société civile, et l’Alliance Internationale de Journalistes. Son objectif est de présenter la base d’une directive européenne pour réformer les médias afin de garantir le pluralisme et la liberté d’information à travers l’Europe.

Les candidats à l’adhésion à l’UE, les mauvais élèves

L’exigence de liberté de la presse au sein de l’Union européenne n’est pas un critère à part entière dans les négociations à l’adhésion de l’Union. Actuellement, huit pays ont commencé des négociations en vue d’adhérer à l’UE. Six ont le statut de candidat officiel (Albanie, Ancienne République yougoslave de Macédoine, Islande – qui souhaite stopper les négociations – Monténégro, Serbie et Turquie). Deux autres États sont des candidats potentiels (Bosnie-Herzégovine et Kosovo).

Dans certains de ces pays, la situation des médias est mauvaise. Ainsi « en Macédoine, en négociation d’adhésion depuis près de dix ans, la situation empire. Les élites politiques ont appris à manier le langage des institutions et savent les rassurer. Mais dans la réalité, si un média sort un article critique envers le gouvernement, les rédactions reçoivent des coups de fil pour que l’article soit modifié ou retiré », explique Antoine Héry.

Selon le membre de RSF, il y a une réelle volonté de la part des institutions européennes de s’emparer du problème de la liberté de la presse. Cependant l’UE n’a pas les outils nécessaires pour parvenir à une action efficace pour la liberté de la presse. « La Commission européenne et le Parlement européen prennent des positions et font pression sur les États, comme c’était le cas en 2010 pour la loi sur les médias en Hongrie », précise Antoine Héry.

En France, la loi sur le secret des sources passe aux oubliettes

Dans l’Hexagone, la situation est plutôt stable, selon RSF, avec une évolution quasi nulle. À la 39e place, la France n’a perdu que deux places. Pour améliorer sa situation, RSF estime que la France doit régler les questions de la concentration des médias, de déontologie et de violence contre les journalistes en marge de certaines manifestations.

La question du secret des sources reste pour sa part en suspens. Lors de sa campagne pour la présidence de la République, François Hollande avait promis une loi sur le secret des sources. Celle-ci était très attendue et devait remplacer la loi Dati de 2010, insuffisamment protectrice. Pour l’instant le débat parlementaire a été reporté sine die

Contexte

Le droit à la liberté d'expression et d'information est énoncé à l'article 11 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, qui indique que la liberté et le pluralisme des médias doivent être respectés. 

L'Union européenne est depuis longtemps considérée comme la région du monde la plus avancée dans ce domaine. Cependant, les ONG et les organisations estiment que la liberté de la presse en Europe pourrait être menacée à cause de la concentration accrue des médias. Certains gouvernements s'engagent dans des actions en justice à motivation politique voire la censure pure et simple. 

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