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25/08/2016

La technologie blockchain fait rêver Internet

Société de l'information

La technologie blockchain fait rêver Internet

Although one of the first applications has been the so-called crypto-currency, the potential of blockchain technology may affect every transaction and process where a validation is needed

[BTC Keychain]

La « blockchain », technologie utilisée par le bitcoin, pourrait révolutionner le monde numérique. Malgré les risque qu’elle entraîne, les législateurs ne semblent pas pressés de réglementer.

Souvent décrite comme « la plus grande avancée technologique depuis l’avènement d’Internet », la blockchain va bouleverser la façon d’échanger biens et informations, en éliminant les intermédiaires.

La blockchain est un grand livre comptable public et décentralisé qui enregistre toutes les transactions opérées dans un réseau d’égal à égal. Via leur ordinateur, les utilisateurs peuvent valider la transaction en temps réel. Plus besoin, donc, d’une tierce partie au centre pour certifier le transfert sur Internet.

Alors que la première génération d’Internet nous permettait seulement de partager de l’information, la seconde, qui s’appuie que la technologie blockchain, permet aux utilisateurs de partager de la valeur et de l’argent entre homologues a expliqué Don Tapscott, auteur et consultant, à EurActiv dans une récente interview.

Cela signifie que les banques, les sociétés émettrices de cartes de crédit, les réseaux sociaux et même les gouvernements, dans certains cas, n’auront plus le rôle central qu’ils ont aujourd’hui.

Les opportunités sont énormes, affirment à l’unanimité les six experts et responsables politiques consultés par EurActiv. Surtout pour le secteur financier. Daniel Tannebaum et Drew Luca, de PwC, un cabinet d’audit, ont déclaré que la blockchain avait le potentiel de transformer « tout ce qui peut être transféré ».

Une des premières applications de la blockchain est le développement des fameuses crypto-monnaies, dont le bitcoin est l’exemple le plus connu. Leur potentiel perturbateur va au-delà d’un simple moyen de paiement, puisqu’il pourrait bouleverser les transactions par carte de crédit, les transferts d’argent entre banques ou la gestion des actions et obligations.

>> Lire : Le risque de Grexit fait dégringoler les marchés, à l’exception du bitcoin

Afin de se préparer à cette révolution annoncée, certaines banques et sociétés émettrices de cartes de crédit commencent à explorer ce potentiel avec de petits projets. Visa, par exemple, étudie la possibilité d’utiliser la blockchain comme alternative au traitement des paiements traditionnel.

Large éventail de possibilités

Le potentiel de la blockchain ne s’arrête cependant pas aux portes du royaume de la finance puisqu’il permet de surveiller et d’authentifier des processus complexes avec plusieurs parties impliquées presque en temps réel.

Des entreprises des secteurs automobile et aérospatial par exemple pourraient utiliser la blockchain pour suivre les différentes pièces d’une machine et surveiller leur usage et leur entretien. Les autorités pourraient quant à elles utiliser la technologie pour des activités très délicates comme la gestion du stockage d’or, a expliqué Daniel Tennebaum.

Pour Elli Androulaki, scientifique chez IMB, la blockchain pourrait aussi redéfinir les contrats conclus avec les clients. À l’achat d’un réfrigérateur par exemple, un consommateur pourrait créer un contrat par blockchain de façon simultanée avec le fournisseur, le service client et les techniciens. En cas de problèmes, le client émettra une plainte qui sera automatiquement intégrée au livre comptable, et lancera un processus automatisé.

Des responsables de la Commission européenne mentionnent d’autres applications de la blockchain telles que les services notariaux, le contrôle d’accords multipartites, comme les systèmes de vote, l’exécution conditionnelle de contrats, ou encore les bâtiments intelligents.

Certaines de ces applications futuristes sont déjà réelles. Le Honduras, l’un des pays les plus pauvres d’Amérique centrale, compte déjà baser son cadastre sur une blockchain.

Risques

Toutefois, même les plus fervents défenseurs de la blockchain reconnaissent que cette technologie comporte des risques.

Le secteur financier est le premier à avoir tiré la sonnette d’alarme. La forte volatilité du bitcoin et l’utilisation d’une monnaie cryptographique pour des activités illégales viennent assombrir le tableau.

Le risque dominant, a souligné Elli Androulaki, est le fait que tous les utilisateurs d’une communauté reposant sur une blockchain peuvent insérer un code au livre comptable crypté, et ainsi transmettre un virus qui affecterait toutes les parties. À partir de là, la responsabilité devient donc une question majeure.

Des contrôles semblent donc nécessaires puisque les transactions doivent être dignes de confiance. Les experts mettent toutefois en garde contre le risque de réglementation excessive, qui pourrait mettre fin au développement de cette technologie prometteuse.

Pour Daniel Tannebaum et Drew Luca, les risques que présente cette technologie vont certainement se développer plus rapidement qu’une réglementation, comme cela a déjà été le cas pour d’autres instruments par le passé. Les deux hommes signalent toutefois que le potentiel énorme de la blockchain de signifie pas forcément que les risques qu’elle engendre sont plus grands.

Daniel Tannebaum a insisté sur le fait qu’il n’y avait pas besoin d’établir de règles spécifiques dans le secteur financier qui est déjà très réglementé.

Pas de réglementation à l’horizon

Jusqu’à maintenant, les décideurs politiques sont restés sur le banc de touche. Pourtant, de nouvelles lois concernant la blockchain sont en cours d’élaboration en Europe et aux États-Unis. « Avant de traiter la question d’un point de vie réglementaire, nous devrions dresser la liste des problèmes et des risques liés à cette technologie », a déclaré l’eurodéputée estonienne, Kaja Kallas.

Sa première crainte ? La cybersécurité. Beaucoup de personnes et d’objets sont aujourd’hui connectés, donc « les risques sont plus grands si le système est compromis », a-t-elle souligné.

>> Lire : L’UE ne consacre pas assez de fonds à la cybersécurité

À mesure que le nombre de personnes et d’entreprises utilisant blockchain augmente, les décideurs politiques devront répondre à une série de questions clés, assure Kaja Kallas. Comment sécuriser le système ? Comment taxer les transactions et comment gérer la croissance de la blockchain ?

La Commission européenne n’a pour l’instant prévu aucune initiative législative à ce sujet. En réalité, non seulement l’exécutif européen salue l’arrivée de services innovants dans le secteur financier, mais investit aussi dans la recherche et l’innovation dans la technologie de la blockchain.

Contexte

Les difficultés rencontrées par la technologie Blockchain sont liées à la complexité du système et au manque de connaissance du public. Les crypto-monnaies, son application la plus développée, devraient croitre de manière importante, mais pas extraordinaire en 2016, selon l’étude de PwC. Leur utilisation devrait ainsi rester relativement faible.

Les auteurs de cette étude, Daniel Tannebaum et Drew Luca, estiment que les inquiétudes liées à la fraude, aux fluctuations de la valeur et au faible taux d’acceptation auprès des vendeurs, sont justifiées. Selon eux, ces points représentent de réelles entraves à la généralisation des crypto-monnaies.