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30/07/2016

Le financement au coeur des préoccupations franco-allemandes sur le numérique

Société de l'information

Le financement au coeur des préoccupations franco-allemandes sur le numérique

Emmanuel Macron et Sigmar Gabriel, à l'Elysée © Elysée

Le ministre de l’Économie français, Emmanuel Macron a ouvert mercredi 27 septembre, la conférence franco-allemande sur le numérique. « C’est un défi européen, donc la France et l’Allemagne doivent avancer ensemble » a déclaré le fervent europhile, avant de dérouler un plaidoyer pour la mise en place de financements spécifiques.

Il souhaite notamment la mise en place d’un fonds d’investissement européen de 4 à 5 milliards d’euros, qui permettrait d’offrir aux entreprises innovantes des tickets de 100 millions d’euros pour faire face à la concurrence américaine.

>>Lire : France et Allemagne veulent un marché numérique à leur façon

Un projet auquel le ministre SPD Sigmar Gabriel souscrit à 100 %. « J’ai parlé à ma fille de 26 ans. Là où moi à son âge je cherchais à posséder une voiture, je me suis aperçue que ce qu’elle recherche, c’est la mobilité. Pas la voiture ! Or celui qui connait le mieux c’est besoin aujourd’hui, aujourd’hui, c’est Google…pas un fabricant de voitures ! Donc la création de valeur a été déplacée: elle s’est insérée entre le produit et le client » a raconté le ministre allemand de l’économie . »

Perspectives de croissance

Si les deux pays s’intéressent autant au numérique, c’est que le segment devrait être une source de croissance importante dans les années à venir. Selon la Commission européenne, la création d’un marché unique du numérique pourrait apporter jusqu’à 415 milliards d’euros annuels à l’économie des Vingt-Huit et générer des centaines de milliers d’emplois.

La Banque européenne d’investissement a d’ailleurs annoncé, mardi, un investissement de 25 millions d’euros dans le moteur de recherce Qwant, une start-up franco-allemande qui tente de concurrencer Google.

Selon le rapport remis mardi par le CNNum et le DJBW, l’Europe doit commencer par faire une priorité de l’éducation dans le numérique, généraliser l’enseignement d’un socle commun de compétences, et mettre ses écoles en réseau, selon le CNNum et le DJBW.
L’Europe doit, selon eux, financer, développer et fédérer des places de marché virtuelles et des programmes d’échanges entre start-up, investisseurs et incubateurs, et oeuvrer pour l’harmonisation des régimes fiscaux et sociaux sur son territoire.
Bruxelles se doit également de donner aux start-ups l’accès à un financement durable, en rendant notamment l’environnement plus attractif pour les «business angels» (investisseurs et accompagnateurs de la croissance d’une start-up, ndlr) européens.

Le rapport évoque également l’idée d’une agence de notation commune qui permettrait d’évaluer le risque des projets.

C’est d’ailleurs une des rares idées qui a été plus tard dans la journée reprise par le vice-président de la Commission européenne, Andrus Ansip. Le commissaire au marché unique numérique a surtout incité les auteurs à contribuer à la consultation en cours sur les plates-formes numériques, montrant ainsi une certaine distance avec les instigateurs de la conférence. 

Une approche très différente du commissaire Ansip et du président Juncker

Interconnectivité, libre circulation des données, soutien des grandes entreprises aux jeunes pousses, le vice-président ultralibéral a ensuite insisté sur des sujets assez différents des thèmes chers à la France et l’Allemagne.

Il a aussi insisté sur les «barrières imposées par 28 marchés nationaux» qui empêchent les «jeunes pousses à se développer», là où Emmanuel Macron ou Sigmar Gabriel avaient plutôt identifié le manque d’accès au financement.

«La stratégie pour un marché unique numérique est en soi un projet pour l’économie» a insisté le commissaire, défendant son action.

Il a aussi revenu sur le géoblocking et le droit d’auteur, des sujets à peine abordés durant la conférence numérique tant la France et l’Allemagne sont réticentes à réformer un système dont la réforme risque de déchaîner les passions. 

>>Consulter les articles d’EurActiv sur les enjeux de la réforme du droit d’auteur

«La transformation numérique c’est un TGV,et l’Europe a besoin d’être à bord de ce train, et même de le piloter» a conclu le commissaire Ansip.

Plus tard dans la soirée, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a tenu un discours proche de celui de son commissaire, en soulignant «la fragmentation des 28 marchés numériques nationaux». 

Mais le président Hollande a ramené le débat autour des questions financières en conclusion.
« L’Europe doit être à l’avant-garde, ce qui suppose du financement, un cadre juridique stabilisé et des innovations », a résumé M. Hollande lors d’une déclaration à la presse.
Angela Merkel, qui a annoncé la tenue de la prochaine conférence bilatérale à Berlin, a directement demandé à la Commission européenne de «simplifier» le monde numérique pour trouver des normes applicables au 28 pays membres.
«Le fait que la Commission européenne soit présente montre l’étroite coopération et les engagements que la commission a pris sur la compétitivité de l’Europe. (…) On a pris conscience de l’urgence à agir», a souligné la chancelière.

Réactions

« Les jeunes pousses européennes se tournent vers San Fransisco ou New York plus facilement que vers les voisins européens. Mais il faut sortir d’un certain confort, le financement à la papa ne marche pas dans le numérique » a déclaré Axelle Le Maire, secrétaire d'Etat au numérique

Contexte

La Commission européenne a présenté son projet de marché unique numérique en mai 2015. Des propositions concrètes concernant 16 initiatives seront dévoilée en 2015 et 2016. La Commission a également annoncé l'ouverture d'une enquête sur les plateformes en ligne, visant principalement les grandes sociétés de technologies basées aux États-Unis.

Avec plus de mille milliards de pages Internet, les plateformes permettent de rassembler les internautes et l'information. Selon la Commission, elles sont devenues « très influentes » et façonnent, dans une certaine mesure, notre comportement en ligne. L'exécutif européen juge donc qu'elles représentent un « potentiel défi » pour Europe et le monde.

Un récent rapport du McKinsey Global Institute estime que l'utilisation de plateformes Internet, comme Monster.com, LinkedIn et UpWork pour permettre aux chômeurs de trouver un emploi ferait gonfler l'économie américaine de 512 milliards de dollars (450 milliards d'euros) par an et de mettre au travail plus de quatre millions de chômeurs.

La Commission définit les plateformes en ligne comme « des entreprises opérant sur des marchés bifaces (ou multifaces), qui utilisent Internet pour permettre à des groupes interdépendants d'utilisateurs d'interagir, et ainsi générer de la valeur ajoutée pour au moins l'un des groupes. 

L'exécutif européen cite par exemple les principaux moteurs de recherche (Google, Bing), spécialisés dans les outils de recherche (Google Shopping, Kelkoo, Twenga, Google Local, TripAdvisor, Yelp), les plateformes d'itinéraire (Google ou Bing Maps), les agrégateurs d'actualités (Google actualités), les commerces en ligne (Amazon, eBay, Allegro, Booking.com), les plateformes de musique et audiovisuelles) (Deezer, Spotify, Netflix, Canal Play, Apple TV), les plateformes de partage de vidéos (YouTube, Dailymotion), les systèmes de paiements en ligne (PayPal, Apple Pay), les réseaux sociaux (Facebook, Linkedin, Twitter, Tuenti), les ventes d'applications (Apple App Store, Google Play), ou les plateformes d'économie collaborative (AirBnB, Uber, Taskrabbit, Blablacar).