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27/09/2016

Le lobbying en ligne décolle à Bruxelles

Société de l'information

Le lobbying en ligne décolle à Bruxelles

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Les élections européennes ont donné un coup de fouet à l’utilisation de Twitter et des médias sociaux. Des outils dont la gestion reste parfois délicate, notamment pour les lobbyistes qui s’emparent d’Internet pour tenter d’influencer les décideurs politiques européens.

En l’espace de trois ans, le nombre d’eurodéputés sur Twitter a explosé. En 2011, seulement 34 % d’entre eux étaient actifs sur la fameuse plateforme de microblogging. En mars 2014, ils étaient 68 % à l’utiliser, notamment en raison de la campagne des européennes de 2014.

Du côté des institutions européennes, l’engouement est également au rendez-vous. Le Parlement européen œuvre à développer des stratégies sur les médias sociaux depuis 2008. Tout comme la Commission européenne qui a étendu ses activités dans le domaine ces dernières années.

« Le temps du service public numérique a sonné », a commenté le directeur général de la DG Réseaux de communication, contenu et technologies, Robert Madelin, le 19 juin lors d’une conférence consacrée à la « digital advocacy » (littéralement la « promotion numérique »), organisée par Public Affaires Council à Bruxelles.

« Les commissaires sont de plus en plus mobiles [. . . ] et le réflexe des médias sociaux gagne du terrain », a-t-il ajouté.

Actuellement, a indiqué le directeur général, des experts européens examinent la question de la stratégie numérique à adopter : faut-il la structurer autour d’une seule et même DG ou au sein de différentes DG de la Commission ? En optant pour la dernière option, la Commission pourrait se tourner vers une stratégie plus axée sur le numérique dans tous les domaines politiques pertinents.

Les décideurs politiques européens ont adopté l’Internet et communiquent en ligne par exemple avec les groupes de pression et les représentants des ONG. C’est ce qu’András Baneth du Public Affairs Council et d’autres appelle la « digital advocacy » (littéralement la « promotion numérique »).

« Tout le monde pratique l’ »advocacy » : Les institutions européennes font la promotion de leurs politiques et essaient d’obtenir le soutien du plus grand nombre d’acteurs externes, des sociétés privées et des médias ».

Les entreprises hésitent

Ces dernières années, ce phénomène a été incarné par l’augmentation du nombre de parties prenantes sur Facebook et Twitter ou de pétitions en ligne. Des sites Internet comme change. org, par exemple, aident la société civile à organiser avec succès des initiatives citoyennes européennes, même si de nombreux problèmes techniques sont venus perturber leur fonctionnement.          

Mais attirer l’attention des internautes peut être une question délicate pour certaines organisations. « Vous devez être clair : dire pour qui vous travaillez, et qui vous êtes », a expliqué Anne Bundgaard Christensen, qui travaillait jusqu’à récemment sur les médias sociaux pour le médiateur européen. « Il est nécessaire d’instaurer la confiance, et non le secret ».

« Nous pensons que « le secret est cinq ou dix fois plus intéressant [que les débats publics] », a commenté de son côté Robert Madelin sur la question de l’hésitation des lobbyistes du milieu des affaires.

Représenter les intérêts privés ne relève pas des mêmes logiques que représenter des ONG. Quelques jours avant, l’ambassade américaine défrayait la chronique en ligne avec un tweet qui proposait une récompense de 20 000 dollars pour toute campagne pro-TTIP.

 >> Lire : Le tweet pro-TTIP qui indigne l’Allemagne

« La première question que les services en relations publiques doivent se poser avant de commencer une campagne est la suivante : »Faut-il s’engager publiquement sur cette problématique ? », selon Jon Worth, consultant spécialisé sur les campagnes en ligne. Les prises de décision sont toujours faites en huit clos. Et pour certains, c’est dans leurs propres intérêts, a-t-il ajouté.

Un autre lobbyiste a confirmé à EurActiv que le sujet représentait un problème :« Il est vrai que certaines questions doivent rester loin du regard du public. »

« Avant, j’avais l’habitude de conseiller les gens à aller sur Twitter dès que possible. Maintenant, je leur dis qu’ils ne devraient pas le faire », a dit pour sa part Gergely Polner, l’ancien responsable des affaires publiques au sein du Parlement européen au Royaume-Uni. « Il n’y a aucun responsable politique qui a gagné son siège grâce à Twitter, mais certains l’ont perdu [à cause du microbloging]. Vous pouvez vous mettre dans le pétrin en utilisant Twitter ».

Néanmoins, la présence de plus en plus forte d’acteurs d’influence en ligne renforce la transparence, selon Andràs Baneth : « Les gens parlent plus souvent d’engagement politique en ligne. Ce sont des plateformes publiques et donc par définition ouvertes. Il est donc possible de voir les positions des uns et des autres et d’augmenter la visibilité des échanges entre gouvernements et citoyens ».

La question du niveau national

Les affaires publiques européennes mettent traditionnellement l’accent sur des réunions pour ainsi dire « physiques » à Bruxelles. Dans le même temps, les campagnes en ligne, qui ont rencontré le succès, ont certainement contribué à élargir le champ d’action en matière de communication. Dans le cas des initiatives citoyennes européennes, des citoyens d’au moins sept États membres doivent signer la pétition pour qu’elle soit valable. 

Le niveau national gagne également en importance, ont précisé les experts. « Les gens ont tendance à se concentrer sur Bruxelles, alors que des débats peuvent avoir lieu ailleurs », a poursuivi Chandler Wilson, chef analyste auprès d’Intrasoft International. En particulier à l’heure des négociations transatlantiques sur l’accord de libre-échange (TTIP), les observateurs tout comme les acteurs devraient garder un œil sur les sujets qui apparaissent en dehors de la capitale de l’UE, a-t-il suggéré.

Ces derniers mois, des responsables politiques ont essayé de donner un coup de fouet à leur campagne électorale en utilisant massivement les médias sociaux. Les institutions européennes en ont fait autant, car elles espèrent ainsi susciter l’intérêt des citoyens européens qui n’ont que peu d’intérêt dans les politiques européennes.

Le taux de participation lors des élections européennes du 22 au 25 mai derniers n’a pas augmenté, ce qui montre que le chemin est encore long avant de mobiliser les citoyens européens grâce à ces nouveaux moyens de communication.

Pour de nombreux acteurs européens, le débat se joue aux niveaux national et européen. « Je pense qu’une grande partie de la communication européenne a des difficultés à surgir dans les débats nationaux », a jugé pour sa part Anne Bundgaard Christensen. « Vous avez besoin de gens au niveau national qui comprennent vos actions », a-t-elle ajouté.

Le sommet européen 2014 sur le Digital Advocacy a été organisé à Bruxelles le 19 juin par le Public Affairs Council en partenariat avec EurActiv. 

Contexte

L'UE a lancé l'Initiative européenne en matière de transparence en 2007 pour lever le voile sur les activités des affaires publiques à Bruxelles ainsi que dans les différentes capitales européennes. De nouveaux instruments pour la transparence ont été mis sur pied. Le registre de transparence est par exemple entré en vigueur en 2011. Il donne accès aux informations sur les différents groupes de pression qui cherchent à influencer les politiques européennes. Le registre des groupes d'experts de la Commission a également vu le jour.

Ces dernières années ont été le théâtre de l'émergence de décideurs politiques européens sur les médias européens et de toutes les organisations qui essaient de faire pression sur eux. La « Digital advocacy » (littéralement la « promotion numérique ») fait référence aux campagnes en ligne ainsi qu’aux analyses des réseaux et des contenus en ligne dans le cadre de prise de décision politique au niveau européen. Il représente un domaine de plus en plus important au sein des affaires publiques européennes.

 

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