Oettinger appelle à une « européanisation » de la politique numérique

Günther Oettinger [European Commission]

Le marché unique européen peine à exister dans le domaine du numérique, qui reste fragmenté en 28 marchés distincts. Une structure que le commissaire en charge du numérique, Günther Oettinger, espère transformer en une « Union numérique européenne » ?. Un article d’EURACTIV Allemagne

« Une des réponses à la révolution du numérique doit être l’européanisation de la politique du numérique », a déclaré Günther Oettinger le 16 mars au CeBIT, un grand salon des technologies de l’information à Hanovre, en Allemagne.

Cela ne peut fonctionner qu’avec le soutien de l’économie, des utilisateurs de services informatiques et « avec l’aide de l’Allemagne », a affirmé le commissaire allemand. 

La création d’un marché unique numérique peut être un avantage capital pour tous ceux qui l’intègreront, a indiqué Günther Oettinger. « Nous fonctionnons encore comme 28 vases clos fragmentés, et ce n’est avantageux pour personne », a-t-il insisté.

En outre, a continué le commissaire, il faut prendre en compte le fait que les règles nationales sont de moins en moins respectées à échelle mondiale. « Une loi nationale sur la protection des données n’est plus respectée par Google, Facebook ou Apple », a-t-il souligné. Les entreprises s’installent à Dublin, par exemple, et « absorbent les données européennes », s’est inquiété Günther Oettinger. « La protection des données allemande est bafouée, mais les données provenant d’Allemagne sont précieuses et utiles. »

Selon le commissaire, l’objectif est une Union européenne du numérique qui peut devenir un partenaire compétent des États-Unis, de la Chine ou de l’Inde.  « Nous sommes en train de créer des règles relatives à l’itinérance et une définition uniforme de la neutralité du Net », a-t-il déclaré. La Commission espère également présenter une proposition de loi pour un droit d’auteur uniforme cette année, a-t-il indiqué.

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Selon le commissaire, il est aussi très important de promouvoir les emplois et les formations liés aux technologies de l’information. « Sur le marché du travail européen, il y a actuellement 150 000 postes de spécialistes informatiques à pourvoir. Et puis, l’ingénieur en mécanique, l’électricien, le pharmacien, le banquier, le libraire ont tous besoin d’une formation continue dans le domaine du numérique pour suivre les perspectives d’évolution de leur travail », a insisté le commissaire européen. 

Certaines choses ne peuvent fonctionner que d’une façon européenne, a expliqué Günther Oettinger, « mais tout ne doit pas être centralisé à échelle européenne. » La Commission européenne cherche actuellement à discuter avec le gouvernement allemand et l’industrie allemande de ce qui devrait être amélioré à l’échelle européenne. « Dans quels domaines Bruxelles devrait être l’autorité principale ? Sur quels sujets ne voulez-vous pas que l’Europe intervienne ?

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Les présidents du sommet national des technologies de l’information se sont également retrouvés au CeBIT le 16 mars, sous la direction du ministre allemand de l’Économie, Sigmar Gabriel. Günther Oettinger a pris part à la réunion.

Les membres du sommet ont discuté de comment l’Allemagne et l’Europe pouvaient garantir leur souveraineté numérique et quelle forme pourrait prendre un cadre réglementaire moderne pour le marché unique numérique. La réunion a également initié un travail sur huit plateformes et dans deux forums afin d’établir les priorités de la stratégie numérique.

« Nous avons une vision numérique de l’Europe », a expliqué Sigmar Gabriel, « mon but est que l’Allemagne et l’Europe mènent à bien des innovations dans tous les grands secteurs de l’économie numérique, tels que l’Industrie 4.0, les services intelligents (connectés) et l’avalanche de données. C’est seulement de cette façon que nous arriverons à établir des normes dans un monde globalisé, à avoir une position dominante sur le marché, mais aussi à garantir notre souveraineté numérique ».

Enjeux actuels de la cybersécurité

Günther Oettinger a également abordé les enjeux actuels de la cybersécurité et la mise en place d’initiatives réglementaires nationales et internationales dans ce domaine avec le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière.

« Dans le cadre du projet de loi sur la sécurité informatique, le gouvernement fédéral allemand a présenté un lot de mesures concrètes pour augmenter la sécurité informatique en Allemagne », a expliqué Thomas de Maizière.

Le gouvernement allemand a fait de telles propositions dans le cadre des négociations sur une directive européenne qui garantirait une sécurité des réseaux et de l’information plus élevée et commune à l’UE, a commenté le ministre de l’Intérieur. 

Selon Thomas de Maizière, le point de vue allemand « a été pris en compte au niveau européen. En ce sens, l’Allemagne va jouer un rôle majeur dans un secteur qui est en train de devenir de plus en plus important en temps de grande vulnérabilité numérique. »

Contexte

Le 17 décembre, le gouvernement allemand a proposé une loi pour mettre en place des normes plus élevées en matière de sécurité informatique. La première lecture de ce projet de loi aura lieu au Bundestag cette semaine. Pour les gestionnaires des infrastructures critiques - de l'approvisionnement énergétique au transport, en passant par les soins de santé, la banque et les assurances - cette mesure prévoit des normes de sécurité dans tous les secteurs des technologies de l'information en Allemagne. Par ailleurs, les graves attaques informatiques doivent être signalées au Bureau fédéral pour la sécurité de l'information, afin de favoriser la reconnaissance précoce des menaces dans le cyberespace et d'y faire face en temps voulu.

Pour encourager la sécurité sur Internet, le projet de loi prévoit également des ressources supplémentaires pour les services de télécommunication et les téléservices.

Au même moment, Bruxelles est actuellement en train de négocier une directive européenne pour plus de sécurité des réseaux et de l'information. Ce projet de loi vise également à protéger les secteurs essentiels des technologies de l'information ainsi que les structures administratives, et à améliorer la coopération entre les États membres dans le domaine de la cybersécurité.