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22/01/2017

Ciudadanos et Podemos, les deux trublions de la politique espagnole

Sud & Méditerranée

Ciudadanos et Podemos, les deux trublions de la politique espagnole

Militants du parti Podemos. Élections européennes, mai 2014.

[Podemos Uviéu/Flickr]

À deux semaines des élections municipales espagnoles du 24 mai, le parti de centre-droit Ciudadanos (« Citoyens ») et le parti de gauche Podemos (« Nous pouvons »), essayent de briser le monopole des deux partis traditionnels : le Parti populaire (PP) et le parti socialiste espagnol (PSOE). Un article d’EurActiv Espagne.

Les élections municipales espagnoles se présentent comme un avant-goût des élections nationales, qui auront lieu soit en décembre, soit en janvier. Certains sondages indiquent que le Premier ministre, Mariano Rajoy, du PP, pourrait remporter les élections de justesse. D’autres prédisent une coalition entre le parti socialiste et Podemos.

Souvent comparé à Syriza, Podemos est désormais une force clé du parlement andalou. Le parti anti-austérité a obtenu 15 sièges lors des élections régionales du 22 mars dernier. Ciudadanos, qui a décroché 9 sièges lors de ces mêmes élections, se trouve dans une situation similaire, mais à droite.

Podemos, dont le chef de file âgé de 36 ans, Pablo Iglesias, est souvent qualifié de « populiste » qui serait « trop proche de la dictature vénézuélienne », a reçu 8 % des votes espagnols lors des élections européennes en 2014. Fondé suite aux manifestations de 2011-2012 contre l’inégalité et la corruption, Podemos n’existait que depuis quatre mois à l’époque des élections européennes.

>> Lire : Podemos réussit sa percée en Andalousie

Pablo Iglesias répète à l’envi qu’il veut « changer les règles du jeu politique » et combler le fossé entre la majorité de la société et la minorité privilégiée. « Entre le peuple et l’élite », insiste-t-il.

Fin d’un système bipartite ?

En Espagne, de nombreux analystes politiques interprètent l’émergence de Podemos et de Ciudadanos comme « le début de la fin » du système bipartite espagnol.

« Certaines personnes vont lire l’actualité demain et penseront qu’ils ont gagné », a déclaré le chef de file de 35 ans du parti Ciudadanos, Albert Rivera, en mars. « Mais nous savons tous que le bipartisme s’est effondré », a-t-il ajouté.

Les citoyens espagnols attendent des idées nouvelles. La corruption et le taux de chômage à presque 25 % (et plus de 50 % chez les jeunes), sont les deux principaux défis auxquels doivent s’attaquer les partis politiques.

Crise pour Podemos, opportunité pour Ciudadanos

Mais un nouvel évènement inattendu au sein de Podemos risque de renforcer Ciudadanos : la démission, le 30 avril, de Juan Carlos Monedero, un des cofondateurs de Podemos, Juan Carlos Monedero reprochait au parti de commencer à ressembler aux partis traditionnels qu’il critique. « Je préfère récupérer ma voix plutôt que de rester dans les rouages du parti », a-t-il déclaré.

La démission de Juan Carlos Monedero représente la première grande crise au sein du parti, crée il y a 15 mois seulement. Selon El Pais, Juan Carlos Monedero trempait dans un scandale de fraude fiscale. En effet, il aurait reçu 425 000 euros du gouvernement vénézuélien et d’autres pays d’Amérique du Sud pour son travail de conseiller. Des sommes qu’il n’aurait pas déclaré.

« La hausse que connait actuellement Ciudadanos (dans les sondages) est proportionnelle à la baisse de Podemos », a déclaré Albert Rivera après la démission du numéro 3 de Podemos.

>> Lire : Podemos s’essouffle, mais reste en tête dans les sondages

Selon une enquête réalisée par Metroscopia, Ciudadanos attirerait les personnes qui, il y a seulement quelques mois, étaient enclines à voter Podemos car ils ne voulaient pas voter pour le PP ou le PSOE.

Les deux partis sont en compétition pour la même niche politique : les jeunes professionnels des villes qui ont un grand désir de changement et qui s’opposent au duopole du PP-PSOE.

>> Lire : Le jeu politique espagnol se complexifie autour de quatre partis

Un élément clé de ce processus a été le changement graduel de Ciudadanos, qui est passé d’un parti considéré purement catalan (le parti « Ciutadans » a été fondé en 2006 à Barcelone et se positionnait de centre-gauche et non-nationaliste) à un parti national.

Selon les analystes de Metroscopia, Ciudadanos a attiré beaucoup d’anciens électeurs du PP qui voyaient en Podemos l’unique moyen de « punir » les conservateurs, mais qui désormais préfèrent voter pour une alternative plus modérée que pour un parti d’extrême gauche. « Je comprends qu’ils (Podemos) soient nerveux », a récemment déclaré Albert Rivera.

Podemos, quant à lui, ne semble pas perturbé par la hausse de popularité de Ciudadanos. Pablo Iglesias se plaît à répéter que son principal objectif est de battre le PP, et qu’il n’est pas intéressé par une bataille avec Ciudadanos.

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