L’Allemagne pourrait négocier moins d’austérité contre accueil des réfugiés en Grèce

Un assouplissement du programme serait une « victoire contre l'austérité » pour Alexis Tsipras

Berlin penserait à proposer à la Grèce de conserver plus de réfugiés sur son sol contre une application moins rigoureuse du mémorandum, selon l’hebdomadaire allemand Wirtschaftswoche. Un article de notre partenaire La Tribune.

L’Allemagne pourrait accepter des conditions plus assouplies pour le programme grec prévu dans le mémorandum. Mais en contrepartie, la Grèce devra accepter de conserver sur son territoire plus de réfugiés du Moyen-Orient.

Selon le magazine allemand Wirtschaftswoche, le gouvernement fédéral allemand « commencerait à réfléchir » à proposer à Athènes un « contrat » de ce type. « Notre priorité est, pour le moment, que davantage de réfugiés restent en Grèce », a indiqué une source gouvernementale à l’hebdomadaire.

Des conditions floues

Si cette proposition est réellement formulée, elle le sera sans doute de manière informelle, car le programme grec est en théorie engageant tant pour les créanciers que pour les Grecs. L’assouplissement pourrait avoir lieu dans le cadre des revues à venir où les créanciers pourraient accepter de réviser les objectifs fixés. Mais l’on notera que Wirtschaftswoche demeure extrêmement flou sur les concessions.

Berlin serait prête à « d’autres considérations comme le renoncement au strict respect des accords du programme. » Si l’on en reste là, ceci laisse le champ à de nombreuses interprétations. Cette proposition n’a rien d’étonnant. Dès le 7 août, le vice-ministre des Finances allemand, Thomas Steffen avait demandé que la Grèce « règle le problème des réfugiés avant que toute aide soit délivrée. » Cette conditionnalité avait alors été rejetée par les autres Etats membres.

Alexis Tsipras acceptera-t-il ?

Le premier ministre grec Alexis Tsipras pourrait-il accepter une telle proposition ? 400.000 réfugiés sont entrés en Grèce depuis le début de l’année et le pays est largement débordé par cet afflux alors qu’il ne dispose d’aucune marge de manœuvre budgétaire.

Un assouplissement du programme permettrait certes à Alexis Tsipras de se prévaloir d’une « victoire contre l’austérité » qu’il pourrait présenter comme une validation de sa stratégie adoptée le 13 juillet dernier lorsqu’il a accepté les conditions des créanciers. Mais accepter davantage de réfugiés ne sera pas aisé : il faudra prévoir des investissements publics, réussir à retenir des réfugiés déterminés à rejoindre l’Allemagne et contenir le risque de poussée xénophobe attisée par Aube Dorée.

A terme cependant, l’arrivée de réfugiés peut être bénéfique en dynamisant la demande intérieure, mais ceci prendra un peu de temps et la Grèce manque cruellement de financement. Le « deal » proposé par Berlin n’est donc pas réellement un « cadeau » pour le pays, tout dépendra sans doute de l’ampleur des concessions. Mais là encore, il n’y a guère de miracle à attendre : la Vouli, le parlement grec vote déjà ce samedi un train de mesures très dures.

L’intérêt allemand primera-t-il ?

On peut cependant s’interroger sur le sens d’une telle proposition. Angela Merkel est en difficulté politique, notamment face à la rébellion de la CSU bavaroise qui la défie sur cette question des réfugiés. La chancelière semble débordée par les événements et profite de la position de faiblesse de la Grèce pour lui imposer ses conditions. Le tout dans un but évident de pacification de la politique intérieure. U

n tel contrat relèverait en réalité du chantage face à un Etat affaibli. Les autres Etats membres refuseront-ils ce procédé ? L’Allemagne passera-t-elle outre en passant un accord directement avec la Grèce ? Une chose est certaine : la crise des réfugiés est désormais un élément supplémentaire dans la crise grecque.