L’Europe sommée de réagir après un nouveau naufrage en Méditerranée

En 2014, le naufrage d'une embarcation de migrant près de l'île de Lampedusa avait déjà couté la vie à plus de 200 migrants [Commission européenne]

Des associations humanitaires ont dénoncé mercredi l’incurie des autorités européennes face aux naufrages de migrants en Méditerranée, après la disparition présumée en mer d’environ 400 d’entre eux malgré les recherches des garde-côtes italiens.

Si cette nouvelle catastrophe devait être confirmée, « ces derniers jours auront été parmi les plus meurtriers dans les eaux les plus dangereuses du monde pour les migrants et les demandeurs d’asile », a déclaré mercredi Judith Sunderland, responsable régionale de l’ONG Human rights watch (HRW).

« Le nombre intolérable des victimes ne va que s’accroître si l’UE n’agit pas maintenant pour garantir des opérations de secours », a-t-elle souligné.

« En demandant l’arrêt de l’opération de sauvetage Mare Nostrum qui avait sauvé 17.000 vies, pour la remplacer par Triton, une mission de surveillance seule, l’UE tourne le dos à ses responsabilités et menace clairement des milliers de vies humaines », a réagi de son côté Amnesty International.

>>Lire : Triton prend le relais de Mare Nostrum, au grand soulagement de l’Italie

Interpellée sur ce nouveau drame, l’un des plus graves en Méditerranée s’il est confirmé, la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a appelé à faire davantage pour résoudre les « crises et les guerres qui existent depuis trop longtemps et représentent la cause principale pour laquelle les gens risquent tout et partent ». Et à commencer, selon elle, par la crise libyenne, pays où embarquent la plupart de ces migrants qui proviennent essentiellement d’Afrique sub-sharienne ou du Moyen-Orient, fuyant la guerre ou la misère.

Jusqu’à 400 migrants ont disparu dans le naufrage d’une embarcation de fortune dimanche en Méditerranée, selon environ 150 survivants, débarqués mardi matin en Italie et interrogés par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et l’ONG Save the children.

Les garde-côtes italiens ont confirmé de leur côté avoir sauvé 145 migrants, agrippés à l’embarcation qui avait chaviré. Lors de cette intervention, ils ont aussi repêché neuf corps sans vie. Mais depuis plus aucune trace d’éventuelle victime ou survivant.

>>Lire : Le Pape craint de voir la Méditerranée se transformer en « grand cimetière »

Interrogé par l’AFP, le commandant Filippo Marini, porte-parole des garde-côtes italiens, a confirmé mercredi qu’aucun autre survivant n’avait été retrouvé en dépit de recherches intensives, y compris aériennes, lundi et mardi.

Les survivants ont assuré qu’il y avait au total 500 à 550 personnes à bord de leur bateau, dont de nombreux jeunes, a précisé mercredi à l’AFP le porte-parole de l’OIM à Rome, Flavio Di Giacomo.

« Cela démontre à quel point il est important de se doter d’un robuste mécanisme de secours dans la Méditerranée centrale », a réagi Antonio Guterres, secrétaire général du haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).

« Les départs ne diminuent pas »

« Les départs ne diminuent pas: la peur de mourir ne dissuade pas », a relevé de son côté la porte-parole du HCR en Europe du Sud, Carlotta Sami.

Et les enfants sont de plus en plus nombreux à embarquer, a relevé Save the children, qui évalue leur nombre à 8% du total des migrants qui entreprennent la traversée.

Signe de la confiance des passeurs au large de la Libye, plusieurs d’entre eux ont ouvert le feu lundi sur deux navires engagés dans l’opération Triton pour récupérer une embarcation dont les passagers venaient d’être secourus.

Alors qu’un temps calme et printanier s’est installé sur la zone depuis quelques jours, plus de 10.500 arrivées ont été enregistrées depuis le début du mois en Italie, où les structures d’hébergement des demandeurs d’asile accueillent déjà plus de 80.000 personnes.

>>Lire : L’UE vient en aide à l’Italie face au flux d’immigrants en Méditerranée

Le ministre de l’Intérieur, Angelino Alfano, a envoyé lundi une directive aux préfets les appelant à trouver d’urgence 6.500 places d’hébergement, en particulier dans le nord et le centre du pays.

Cette demande a provoqué la colère de nombreux responsables locaux, dont le gouverneur de la région Lombardie (nord), Roberto Maroni, membre du mouvement anti-immigration de la Ligue du Nord.

« Nous nous refusons à subir cette invasion, donc zéro place en Lombardie tant que continuera cette attitude irresponsable », a-t-il déclaré mercredi.

Le secrétaire-général de la Ligue du Nord, Matteo Salvini, s’est montré encore plus direct. « Pourquoi devrais-je prendre ne serait-ce qu’un seul de ces migrants devant les 22.000 Italiens qui attendent toujours un logement social à Milan », a-t-il déclaré mercredi.

Contexte

Le 3 octobre 2013, le naufrage d’une embarcation transportant environ 500 clandestins fait 366 morts au large de l’île italienne de Lampedusa. Suite à ce drame et pour faire face à l’afflux toujours plus important de clandestins en Méditerranée, les autorités italiennes lancent Mare Nostrum, une opération à la fois militaire et humanitaire qui permettra dans les mois qui suivent de sauver des milliers de vies humaines.

Un nombre toujours plus élevé de clandestins d’Afrique et du Moyen-Orient arrivent en Italie dans l’espoir de trouver une vie meilleure en Europe. Le pays, qui peine à gérer seul l'arrivée de ces immigrants, demande de l’aide à l’Europe depuis des années.

>> Lire : L’Italie milite en faveur d’un « Frontex Plus » pour gérer l’immigration