L’UE tâtonne dans la lutte contre le drame des migrants en Méditerranée

Federica Mogherini veut lutter contre les naufrages à répétition en lançant une opération militaire européenne contre les passeurs Libyens. [EC]

Les chefs d’État et de gouvernement devraient acter le 23 avril un renforcement des moyens de surveillance de la Méditerranée, afin d’endiguer le flot de naufrages de navires de migrants. Mais les désaccords de fonds sur la politique d’asile persistent.

Un an et demi après le drame de Lampedusa, un sommet d’urgence qui se tiendra aujourd’hui (23 avril) à Bruxelles devra de nouveau se pencher sur la situation des migrants en Méditerranée. Une situation que l’UE ne découvre pas, mais à laquelle les vigt-huit peinent à faire face.

Les 28 chefs d’États et de gouvernement européens convoqués dans l’urgence après plusieurs naufrages de navires de migrants devront s’accorder sur les moyens de renforcer la surveillance des frontières et la lutte contre les réseaux de passeurs.

Pour l’heure, l’Union européenne a soumis aux débats un plan d’action comprenant dix points pour faire face à la situation de crise. Soutenu par les ministres des Affaires étrangères et de l’Intérieur de l’Union européenne, il doit maintenant obtenir l’approbation des vingt-huit.

Renforcement de Triton

Le plan de l’UE table en priorité sur un renforcement des moyens opérationnels et financiers de l’opération « Triton », la mission de surveillance des côtes européenne lancée en 2014, pour prendre le relais de l’opération italienne « Mare Nostrum ».

Déployée en Méditerranée avec le soutien des États membres et prolongée jusqu’à la fin de l’année 2015, l’opération de l’agence Frontex a vu le bilan du nombre de morts s’alourdir gravement ces derniers jours, remettant violemment en cause la suffisance de ses moyens.

> Lire : L’UE vient en aide à l’Italie face au flux d’immigrants en Méditerranée

Selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), après le récent naufrage d’un chalutier ayant fait 900 morts, le bilan temporaire de l’année 2015 s’élève à 1 800 décès lors de la traversée de la Méditerranée, tandis que l’ONU estime que 35 000 migrants ont tenté de traverser la méditerranée

« Le nombre de victimes pour 2015 à plus de 30 fois celui de l’année dernière à la même date (21 avril), alors que seulement 56 décès de migrants avaient été signalés dans la Méditerranée » souligne l’OIM.

Moyens insuffisants

Pour renforcer l’efficacité de « Triton », la Commission européenne a préconisé un doublement de son budget, qui devrait obtenir le soutien des vingt-Huit. Une augmentation à laquelle chaque État membre devrait participer au travers de mise à disposition d’expert, des matériels de surveillance, navires, avions, etc.

>>Lire : Triton prend le relais de Mare Nostrum, au grand soulagement de l’Italie

L’opération européenne « Triton » disposait jusqu’ici d’un budget bien plus modeste que celui de sa prédécesseure, avec seulement 2,8 millions d’euros par mois, contre environ 9,5 millions pour l’opération italienne « Mare Nostrum ».

Autre différence, son champ d’action est bien plus restreint. En effet, les bateaux européens ne peuvent agir que dans un périmètre de 30 000 milles, une distance qui concentrent les actions de surveillance autour des côtes italiennes et maltaises, bien loin des côtes libyennes où les naufrages sont beaucoup plus fréquents.

L’extension du champ d’action de la mission européenne sera également mise sur la table, mais la crainte d’un effet « d’appel d’air » risque de bloquer certains États membres.

Lutte contre les trafiquants

Autre volet du plan d’action examiné par les chefs d’État et de gouvernement, la lutte contre les passeurs. « L’UE va développer tous les moyens pour lutter contre cette criminalité organisée » a affirmé un diplomate français.

>>Lire : L’Europe sommée de réagir après un nouveau naufrage en Méditerranée

La destruction des bateaux servant aux passeurs est d’ailleurs envisagée dans le cadre d’une opération politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Évoquée par la haute représentante aux Affaires étrangères, l’Italienne Federica Mogherini et défendue par le chef du gouvernement italien Matteo Renzi, l’éventualité d’une opération militaire pourrait comprendre des interventions ciblées contre les passeurs en Libye, principal pays de transit à destination des côtes européennes.

Boîte de Pandore

Si le consensus des pays européens est en bonne voie sur un certain nombre de dossiers, notamment le renforcement de Triton, le dossier de la politique migratoire et de la politique d’asile reste sensible.

« Ce sont des sujets de longs termes qui ne régleront pas dans l’immédiat ce qui pose problème en Méditerranée » tempère un diplomate français.

En effet, le règlement Dublin II qui impose au premier État membre auquel la demande d’asile a été adressée la responsabilité de son examen est fustigé depuis des années par les pays tels que l’Italie, en première ligne face aux arrivées de migrants.

>>Lire : Le principe de Dublin II tue la solidarité européenne en matière d’asile

Une règle qui n’est pas prête d’être rouverte, tant les oppositions sont nombreuses au sein du Conseil. « Personne ne pense qu’il faille réviser les règles de Dublin II pendant ce Conseil » reconnait un diplomate français.

Face aux arrivées massives de migrants, la question de la solidarité entre pays est cependant revenue sur le devant de la scène, notamment sur la répartition des migrants. Un projet « pilote » de répartition des demandeurs d’asile de 5000 syrien sera mis aux voix lors du Conseil. « Mais il n’est pas évident qu’il y ait un accord sur ce point » reconnait un diplomate français.

Contexte

e 3 octobre 2013, le naufrage d’une embarcation transportant environ 500 clandestins fait 366 morts au large de l’île italienne de Lampedusa. Suite à ce drame et pour faire face à l’afflux toujours plus important de clandestins en Méditerranée, les autorités italiennes lancent Mare Nostrum, une opération à la fois militaire et humanitaire qui permettra dans les mois qui suivent de sauver des milliers de vies humaines.

Un nombre toujours plus élevé de clandestins d’Afrique et du Moyen-Orient arrivent en Italie dans l’espoir de trouver une vie meilleure en Europe. Le pays, qui peine à gérer seul l'arrivée de ces immigrants, demande de l’aide à l’Europe depuis des années.

>> Lire : L’Italie milite en faveur d’un « Frontex Plus » pour gérer l’immigration

Prochaines étapes

  • 23 avril: Sommet d'urgence sur les migrants