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19/01/2017

La Commission veut répartir 40 000 migrants vers le Nord de l’UE

Sud & Méditerranée

La Commission veut répartir 40 000 migrants vers le Nord de l’UE

La Commission campe sur ses positions en matière de demandeurs d’asile et souhaite les répartir par quotas. Cette initiative vise à soulager les États en première ligne dans la crise actuelle.

« La relocalisation des migrants dans d’autres pays membres de l’Europe va devenir légitime sur la base des critères de distribution qui ont été annoncés » dans le cadre du plan d’action pour l’immigration et l’asile présenté il y a une dizaine de jours par la Commission, avait déclaré Dimitris Avramopoulos lors d’une visite en Grèce.

Le commissaire, qui n’a pas employé le mot « quotas » dont le principe fait débat parmi les pays européens, anticipait sur la présentation faite mercredi, à Bruxelles, de la répartition effective proposée par la Commission.

L’exécutif a annoncé avoir l’intention de répartir 40 000 réfugiés de l’Italie et la Grèce surtout, vers les pays du Nord. Il a notamment été demandé à la France d’accueillir 6 750 réfugiés. Ce chiffre, qui porte sur les deux prochaines années, concerne environ 40 % des arrivées anticipées de réfugiés, dont l’UE estime qu’ils sont des réfugiés politiques.

>> Lire : La France soutient la politique des quotas de réfugiés en UE

Principe de solidarité

Par cette initiative, qualifiée d’ « innovante » dans la politique migratoire de l’UE, « un nombre important de demandeurs d’asile seront relocalisés des États en première ligne, comme la Grèce, vers d’autres pays de l’Union européenne », selon lui.

« Ce mécanisme sera également mis en œuvre pour d’autres États qui à l’avenir feraient face à des situations identiques à celles de la Grèce et de l’Italie », a-t-il ajouté.

Selon l’agence de presse grecque ANA, 40 000 demandeurs d’asile en provenance de Grèce et d’Italie seraient concernés dans les deux années à venir par ce plan.

Ce projet de la Commission européenne, mis au point après le choc suscité par les centaines de migrants noyés en Méditerranée ces derniers mois, risque de faire encore l’objet de nombreux débats entre les États membres après la levée de boucliers contre le principe de quotas initialement proposé par Bruxelles.

>> Lire : L’UE prête pour une opération navale contre le trafic de migrants en Méditerranée

Le nombre d’arrive continue d’augmenter

Selon des chiffres communiqués par les garde-côtes grecs à l’AFP, 22 318 arrivées de migrants et demandeurs d’asile via les îles de l’est de la mer Egée, proche de la Turquie, ont été comptabilisées entre janvier et avril, dont plus de la moitié pour le seul mois d’avril.

Les arrivées massives de migrants continuent. 5 800 migrants ont déjà été secourus en mer sur le mois de mai.

Selon les garde-côtes, plus de 1 200 arrivées ont été enregistrées lundi et mardi, les principales îles concernées étant Kos, Lesvos, Chios, Samos, Agathonissi, Kalimnos.

La Grèce, pays de transit pour la plupart des migrants, ne dispose quasiment d’aucune structure de prise en charge: 200 places d’accueil d’urgence, 1 000 places d’hébergement et 300 places pour des mineurs.

Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 34 500 migrants et demandeurs d’asile sont arrivés en Italie depuis le début de l’année et quelque 1 770 sont morts ou ont disparu en mer.

>> Lire aussi : Les pays en développement opposés à la destruction de bateaux de passeurs en Méditerranée

Contexte

Le nombre d'immigrants clandestins entrant en Europe a presque triplé en 2014, atteignant 276 000 personnes, selon Frontex, l'agence européenne de contrôle des frontières. L'écrasante majorité d'entre eux, près de 220 000, arrivent via la Méditerranée, un passage extrêmement dangereux.

La situation chaotique en Libye a entrainé une hausse des bateaux quittant les ports libyens sans surveillance à destination de l'Europe. Ces bateaux transportent des réfugiés fuyant les conflits et la pauvreté des pays du Moyen-Orient et d'Afrique.

En 2013, après des centaines de noyés lors d'un accident au large de l'île de Lampedusa, le gouvernement italien a lancé l'opération de recherche et de sauvetage Mare Nostrum.

L'Italie n'est toutefois pas parvenue à convaincre des partenaires européens de l'aider à financer l'opération, qui coûtait jusqu'à 9 millions d'euros par mois. Certains pays estiment en effet que Mare Nostrum avait pour conséquence involontaire d'encourager les immigrants à tenter la traversée de la Méditerranée. Rome a donc été contrainte de réduire l'ampleur de l'opération.

L'Union européenne a donc mis en place la mission de contrôle des frontières Triton, aujourd'hui associée à Frontex. Jusqu'au sommet du 23 avril, Triton bénéficiait cependant d'un budget et d'un mandat réduit, et a été vivement critiqué, notamment par des groupes humanitaires et l'Italie, qui le juge inadapté à l'ampleur de la crise.

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