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24/01/2017

Le commissaire à la Santé refuse de se rendre en Grèce

Sud & Méditerranée

Le commissaire à la Santé refuse de se rendre en Grèce

Panagiotis Kouroumplis

[Left.gr]

L’ancien ministre de la Santé grec accuse le commissaire européen chargé de la santé, Vytenis Andriukaitis, de donner une mauvaise image de l’Europe en refusant son invitation à visiter une île grecque où les migrants arrivent en masse. Un article d’EurActiv Grèce.

Lors d’une conférence organisée à Bruxelles par l’Alliance européenne pour la santé publique le 2 septembre, Panagiotis Kouroumplis a vertement critiqué l’attitude de l’UE quant à l’aspect sanitaire de la crise de l’immigration.

La Grèce, déjà au bord de la faillite, est confrontée à l’arrivée d’un nombre massif d’immigrants, dont la plupart viennent de Syrie. Les îles, comme celle de Kos, ont été durement touchées par cette crise pendant la saison touristique et ont demandé une aide d’urgence.

Malgré des contraintes budgétaires sans précédent, « le système de santé grec n’a fait aucun exception et s’est occupé de tous les immigrants », dont certains sont particulièrement vulnérables, a déclaré Panagiotis Kouroumplis.

À elle seule, la deuxième semaine du mois d’août a vu arriver plus de 20 000 immigrants et réfugiés en Grèce, selon l’Agence des Nations unies pour les réfugiés. En juillet, ils étaient 50 242.

>> Lire : La Grèce en première ligne face à un nombre record de migrants

Un commissaire à la santé très occupé

« Pendant des mois, j’ai insisté pour que les commissaires concernés, et surtout le commissaire à la santé [Vytenis Andriukaitis], se rendent dans les îles grecques, et cette visite n’a toujours pas eu lieu. C’est ça, l’image de la Commission européenne », regrette l’ancien ministre de la Santé.

Des sources au sein du ministère de la Santé grec ont assuré à EurActiv que Vytenis Andriukaitis avait promis de venir au début du mois de juin. Pourtant, le planning « serré » du commissaire l’a obligé à retarder sa visite au-delà du 20 novembre.

« Ce sera alors l’hiver, et l’immigration se sera très certainement ralentie à cause des conditions climatiques », a fait remarquer un des fonctionnaires du ministère.

Contacté par EurActiv, le bureau du commissaire a confirmé que Vytenis Andriukaitis avait accepté l’invitation grecque le 18 juin, mais que les membres de son équipes n’avaient pas encore « déterminé de date possible ». Les fonctionnaires ont par ailleurs souligné que 60 millions d’euros de fonds d’urgence avaient été débloqués pour que la Grèce et d’autres pays puissent « gérer la situation des immigrants et financer les besoins sanitaires ».

Frans Timmermans, premier vice-président de la Commission, et son collège chargé des affaires intérieures et de l’immigration devaient donner une conférence de presse à Kos vendredi 4 septembre.

>> Lire : L’austérité a fragilisé de nombreux droits fondamentaux en UE

Le système de santé grec sous pression

Panagiotis Kouroumplis a été nommé au poste de ministre de la Santé et de la Solidarité sociale dans le gouvernement d’Alexis Tsipras, qui a démissionné le 20 août.  Ce membre de l’aile « socialiste » de Syriza, a quitté le parti socialiste PASOK en 2011 pour fonder deux ans après le mouvement unitaire anti-austérité, qui a fini par intégrer Syriza.

Né en 1951, Panagiotis Kouroumplis est devenu aveugle à 10 ans, après l’explosion d’une grenade allemande datant de la Deuxième Guerre mondiale.

Il a également reproché aux prêteurs internationaux d’avoir imposé un plan de sauvetage contenant des mesures budgétaires qui n’ont pas fait l’objet de négociations et touchent de plein fouet un secteur de la santé déjà rendu exsangue par les coupes précédentes.

« Les coupes proposées dépassaient les limites », a-t-il martelé, au sujet d’une réduction de 65 millions d’euros des dépenses pharmaceutiques. Il a également mentionné des coupes « dramatiques » dans le budget hospitalier grec, qui mettent les hôpitaux à genoux.

« Les dernières négociations ont été ahurissantes. J’ai eu l’impression de représenter un pays vaincu à la guerre […] comme l’Allemagne lors du Traité de Versailles », assure-t-il.

Un représentant de la Troïka lui aurait même dit « si vous ne me donner pas la réponse que j’attends, je supprime 62 millions d’euros pour votre pays ». 

« Le peuple européen doit savoir le genre de discussions qui ont eu lieu entre Athènes et les représentants des prêteurs », souligne Panagiotis Kouroumplis.

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