Les dirigeants européens s’accordent pour freiner l’afflux de réfugiés

Donald Tusk

« Nous parlons de millions de réfugiés potentiels, pas de milliers », a averti Donald Tusk, Président du Conseil européen, 23 Sept. 2015 [The European Union]

Après un accord laborieux sur la répartition des réfugiés, les dirigeants européens sont convenus de renforcer les frontières extérieures de l’UE, ainsi que l’aide humanitaire à leurs voisins, afin de freiner le flux sans précédent de migrants.

Au terme d’un sommet extraordinaire de plus de six heures à Bruxelles, le président du Conseil européen Donald Tusk a annoncé dans la nuit de mercredi à jeudi qu’« au moins 1 milliard d’euros supplémentaires seront mobilisés pour aider les réfugiés » dans les pays voisins de la Syrie.

>>Lire : Pour plaire à l’Est l’accueil des réfugiés sera à géométrie variable

Ces fonds iront au Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) et au Programme alimentaire mondial (PAM). Le PAM avait été conduit ces derniers mois à réduire son action dans les camps, faute de financements, ce qui a provoqué le départ de nombreux réfugiés vers l’Europe.

Un milliard d’euros pour le PAM

Selon des sources européennes, l’enveloppe d’un milliard correspond à l’addition de 500 millions d’euros proposés par la Commission européenne, des crédits appartenant au budget de l’UE, et des sommes que les États membres sont appelés à verser en complément.

Le Premier ministre britannique David Cameron a annoncé que son pays mettrait la main à la poche à hauteur de 136 millions d’euros. La France va dégager « 100 millions d’euros sur deux ans », a fait savoir de son côté le président français François Hollande.

« Il y a eu un climat très constructif », s’est félicitée la chancelière allemande Angela Merkel.

Les dirigeants européens ont aussi convenu d’apporter davantage d’aides au Liban, à la Jordanie et à la Turquie, pour les aider dans leur accueil massif de réfugiés. Et ralentir par la même le flux vers l’Europe.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan sera d’ailleurs reçu par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, le 5 octobre à Bruxelles.

Du fait de guerres qui ne vont pas cesser de sitôt, « nous parlons de millions de réfugiés potentiels, pas de milliers », a averti Donald Tusk.

Outre l’aide à apporter à des pays tiers, le sommet européen a également insisté sur la nécessité de prendre des mesures pour renforcer durablement les frontières européennes.

‘Chaos’ aux frontières

« Le chaos actuel à nos frontières extérieures doit prendre fin », a plaidé M. Tusk, indiquant que les dirigeants européens appuyaient le programme d’action présenté dans la journée par la Commission européenne.

La Commission souhaite notamment que des « hotspots » –des centres d’accueil et d’enregistrement des migrants– soient opérationnels rapidement en Italie et en Grèce.

Il faut « assurer que ceux qui arrivent en Europe sont rapidement enregistrés, que leurs empreintes digitales sont prises, et qu’on puisse faire une sélection rapide entre ceux qui restent et ceux qui ne peuvent rester », les migrants économiques illégaux par exemple, a expliqué le vice-président de la Commission, Frans Timmermans.

Ces « hotspots » seront mis en place « d’ici la fin novembre », a assuré M. Tusk.

En réalité, des centres d’accueil existent déjà, mais ils ne répondent pas aux critères fixés par la Commission européenne, qui souhaite une supervision européenne de leur fonctionnement.

Les États membres veulent aussi améliorer l’efficacité de leur « politique de retour » des migrants économiques illégaux. A ce jour seulement 39% des personnes déboutées de leur demande d’asile sont effectivement expulsées.

>>Lire : Des systèmes d’asile toujours très inégaux en Europe

Les négociations, notamment avec des pays africains, d’accords de réadmission pour qu’ils reprennent leurs ressortissants, vont être relancées.

Enfin, la Commission a rappelé que son projet d’« un corps de garde-côtes et garde-frontières européens » serait sur la table d’ici la fin de l’année.

Au total, la Commission propose de mobiliser 1,7 milliard d’euros pour faire face à la crise des réfugiés (500 millions étant inclus dans le milliard annoncé lors du sommet), s’ajoutant à des sommes déjà prévues pour atteindre un total de 9,2 milliards d’euros.

Vers une autorisation de déficits accrus

Les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne ont par ailleurs discuté de la possibilité d’autoriser les États de la zone euro à accroître leurs déficits publics compte tenu des coûts liés à la crise migratoire, mais n’ont pas trouvé de position commune.

« Ce qui a été mentionné par plusieurs intervenants était que les coûts liés aux migrants doivent être en pris en compte dans le pacte de stabilité, a déclaré le chancelier autrichien Werner Faymann à l’issue du Conseil européen.

Il a précisé qu’il soutenait ce genre de mesure, mais qu’il n’y avait pas eu d’accord mercredi soir.

Le Commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici a accepté d’examiner l’impact économique de la crise migratoire et de présenter ses conclusions le 5 octobre, lors de la prochaine réunion ordinaire des ministres des Finances de la zone euro à Luxembourg.

Si la Commission européenne reconnaît des « circonstances exceptionnelles », elle peut autoriser les États membres à prévoir des déficits plus élevés, mais en tout état de cause inférieurs à la limite de 3% du produit intérieur brut (PIB) prévue par le pacte de stabilité.

Contexte

Des dizaine de milliers de réfugiés en provenance du Moyen-orient et d'Afrique empruntent la routes des Balkans pour rejoindre l'Europe, tandis que d'autre traversent la Méditerranée pour rejoindre les côtes italiennes. 

Face à la plus importante crise migratoire depuis la seconde guerre mondiale, l'Union européenne peine à présenter un front uni. 

En mai 2015, une proposition de la Commission européenne, qui souhaitait appliquer le principe de solidarité, pour que les demandeurs d'asile des pays les plus touchés par l'arrivée de migrants soient redirigés vers d'autres États membres, a été rejetée par les États membres.

Plus d'information

Conseil européen