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04/12/2016

Les États membres craignent de froisser l’industrie automobile

Transport

Les États membres craignent de froisser l’industrie automobile

Volkswagen a été éclaboussé par le scandale du Dieselgate, une fraude sur les émissions réelles.

[villorejo/ Shutterstock]

Les États membres enterrent la mise en place d’un système de vérifications indépendant pour les émissions des véhicules, selon des documents obtenus par notre partenaire, The Guardian.

Après le scandale du Dieselgate, la Commission européenne a proposé de donner plus de pouvoir à son aile scientifique, le Centre commun de recherche, afin qu’elle puisse inspecter les véhicules indépendamment des tests menés par les autorités nationales, payés par les constructeurs automobiles.

Pourtant, la promesse d’« organiser et de mener à bien » des tests d’émissions a été effacée du projet de loi qui sera discuté par les ministres européens à Bruxelles cette semaine.

« C’est une véritable impasse », regrette Julia Poliscanova, porte-parole de l’association écolo Transport & Environment, « les gouvernements ont peur de se retourner contre leurs constructeurs automobiles fraudeurs, de crainte que cela ne nuise à la compétitivité de leurs industries nationales. »

« Cet affrontement scandaleux résulte du fait que les gouvernements nationaux font primer les intérêts des constructeurs automobiles sur le besoin des citoyens de respirer un air pur. En Europe, les régulateurs nationaux des véhicules sont pris en otage par l’industrie. »

>> Lire : La Commission prête à passer outre 120 000 signatures contre la pollution de l’air

Des millions de voitures polluantes continuent de rouler sur les routes européennes, malgré des émissions d’oxyde d’azote trois fois plus élevées que les normes actuelles, dans les conditions réelles. Le mois dernier, l’Agence européenne pour l’environnement a augmenté son estimation du nombre des morts prématurées causées par la pollution de l’air en Europe à 467 000 morts par semaine.

Depuis le scandale des émissions des voitures Volkswagen, nombre de voitures de cette marque équipées de logiciels illégaux ont été rappelés en Europe. Quelque 660 000 véhicules de Renault, Fiat, Opel et Mercedes peuvent également être renvoyés aux constructeurs, à la demande des propriétaires.

>> Lire : Bruxelles envisage la création d’une agence pour éviter un nouveau Dieselgate

Aucune autre mesure n’a cependant été prise pour corriger les millions de véhicules trop polluants qui sillonnent l’Europe, dont 69 % ont été vendus au Royaume-Uni, en Allemagne, en France et en Italie.

Parmi ces pays, seule la France soutient l’organisation de tests lors des réunions du groupe de travail ad hoc, selon Transport & Environment.

Les modestes obligations prévoyant une surveillance européenne des tests d’émissions nationaux ont également été allégées dans la proposition législative.

Historiquement, la réglementation des véhicules au niveau européen a toujours donné le ton des bonnes pratiques partout dans le monde, sauf en Amérique du Nord et au Japon. Après le scandale du Dieselgate, des pays comme la Chine ont commencé à réaligner leurs systèmes avec les normes de test américaines, selon le Conseil international du transport propre, premier à avoir révélé ce scandale.

Une décision finale sur le régime européen des tests devrait être prononcée en février.

>> Lire : Dieselgate: «tromperie aggravée» contre Volkswagen