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27/07/2016

Hedegaard envisage des réductions d’émissions plus strictes pour les transports [FR]

Transport

Hedegaard envisage des réductions d’émissions plus strictes pour les transports [FR]

Connie Hedegaard, future responsable de la politique climatique dans la prochaine commission, s’est engagée à réduire les émissions issues des transports lors de son audition de confirmation devant le Parlement européen vendredi (15 janvier), affirmant qu’elle proposerait un paquet législatif intégré sur le climat et les transports durant son mandat.

Le paquet législatif, similaire à celui adopté en 2008 en matière d’énergie et de climat, comprendra des initiatives visant à contrôler les émissions grandissantes issues du transport, a déclaré Mme Hedegaard.

Elle s’est exprimée sur les immenses défis auxquels fait face ce secteur alors que la croissance continue des émissions de carbone en provenance des transports sape les efforts réalisés dans d’autres domaines.

L’une des initiatives de la nouvelle commissaire au climat sera d’introduire une législation sur la réduction des émissions de CO2 des camions. Elle a affirmé qu’elle souhaitait également revoir la législation sur les émissions de CO2 des voitures, qui selon elle est dépassée au regard de la vitesse à laquelle la technologie avance.

De manière générale, la future commissaire au climat a soutenu l’idée de donner un prix aux émissions de CO2 dans le secteur du transport. De son point de vue, l’internalisation des externalités, qui a été l’un des principes directeurs du programme d’échange d’émissions de l’UE, marcherait aussi pour les transports.

Intégrer le changement climatique

L’étendue exacte du nouveau portefeuille Action climatique de Mme Hedegaard reste floue, alors que ce domaine a été détaché du département environnement de la Commission précédente.

Mme Hedegaard se considère elle-même comme une coordinatrice horizontale, avec la tâche ardue d’intégrer l’action climatique au sein de toutes les politiques européennes, a-t-elle affirmé aux eurodéputés lors de son audition de trois heures devant la commission environnement du Parlement.

Cela ne sera pas facile de reconstruire la direction générale climatique, a admis Mme Hedegaard. Tout peut toucher au climat, a-t-elle dit, donnant des exemples de chevauchement entre des domaines aussi divers que l’industrie, le développement et la recherche en plus des liens plus évidents entre l’environnement et l’énergie.

Toutefois, la Danoise a déclaré qu’il ne serait pas possible de mettre tout cela sous un seul et même chapeau : de ce fait, nous devons procéder de la manière inverse en intégrant, a-t-elle dit.

Mme Hedegaard s’est engagée à travailler étroitement avec les autres commissaires, affirmant que ses propositions législatives seront souvent déclenchées en coordination avec eux. Elle a toutefois admis que ce ne serait pas facile de faire pression sur les autres commissaires, qui ont leurs propres priorités, pour qu’ils donnent une place à la dimension climatique dans leurs portefeuilles.

Le climat, la sécurité énergétique et la création d’emplois doivent être au cœur de la vision de l’UE, a-t-elle souligné.

Croissance verte sans protectionnisme

L’ancienne ministre danoise à l’énergie et au climat a réaffirmé avec conviction son engagement en faveur de la croissance verte. Mais elle s’est aussi prononcée fermement contre des mesures pour sauvegarder l’industrie européenne de la concurrence internationale, avertissant contre le risque de couper nos entreprises de l’activité économique. 

Nous devrions faire attention à ne pas être si réservés, si équilibrés, qu’à la fin nos entreprises n’en profitent pas, a-t-elle dit. Elle a prévenu que la Chine continuerait à investir dans les technologies écologiques et qu’elle le ferait rapidement. L’industrie européenne ne peut donc pas se permettre de manquer le coche.

De plus, les eurodéputés ont demandé des réponses sur la manière dont elle prévoit de sécuriser les financements pour ses initiatives avec les ressources modestes derrière le nouveau département action climatique.

Mme Hedegaard a promis de veiller à ce que les fonds soient redirigés vers le développement de l’énergie propre et la sortie des énergies fossiles. Elle a également semblé rabrouer la nouvelle commissaire à l’innovation, qui lors de son audition a promis de dynamiser la recherche sur le nucléaire.

Je ne pense pas que nous devrions investir de vastes quantités d’argent dans la recherche nucléaire au détriment des énergies durables, a-t-elle dit. De mon point de vue, le nucléaire n’est pas une énergie renouvelable, a-t-elle ajouté sous les applaudissements.

Cependant, l’affirmation de Mme Hedegaard selon laquelle elle ne soutiendrait pas un objectif contraignant sur l’efficacité énergétique a soulevé les inquiétudes des environnementalistes. Nous n’avons pas besoin que cela devienne contraignant, a-t-elle affirmé.

Ne pas laisser tomber le processus des Nations Unies

Mme Hedegaard s’est montrée catégorique : il est important d’obtenir un accord mondial sur la protection climatique sous les auspices des Nations Unies, c’est l’une des priorités essentielles de l’UE.

Nous ne devons pas abandonner l’ONU, pas à cette étape du processus, a-t-elle dit, fixant sa volonté de parvenir à un accord contraignant à Mexico à la fin de l’année.

L’ancienne ministre danoise de l’énergie et du climat s’est vue dans l’obligation de défendre les progrès réalisés lors de la conférence climatique de Copenhague que son pays a accueillit, alors qu’existent des accusations selon lesquelles les négociations avaient été un échec et avaient porté un coup à sa crédibilité en tant que responsable climatique de l’UE.

Nous ne devrions pas oublier que des financements ont été mis sur la table, a-t-elle dit, ajoutant que tous les pays en développement avaient accepté une co-responsabilité pour la protection climatique.

Je ne pense pas qu’il soit juste de critiquer ceux qui ont passé des années à mobiliser le monde, a-t-elle affirmé, expliquant que l’UE et la présidence danoise du processus de l’ONU avaient fait de leur mieux pour obtenir des résultats.

L’UE doit communiquer son objectif de réduction des émissions pour 2020 à l’ONU à la fin du mois. Alors que certains Etats membres avaient espéré monter jusqu’à 30 %, Mme Hedegaard a fait remarquer que l’UE devrait plutôt en rester à 20 % et qu’elle ne relèverait cet objectif que si les autres pays suivaient le mouvement.

J’ai fortement soutenu l’objectif de 30 % pour l’Europe, a-t-elle dit. Mais avec du recul, ce serait mieux d’en rester à une offre conditionnelle pour sous tirer quelques pourcentages des autres pays, a-t-elle expliqué, en faisant référence aux résultats décevants de la conférence climatique de Copenhague.

Il existe un risque important de ne pas nous entendre sur 30 %, a-t-elle remarqué. Elle a rappelé les profondes divisions entre Etats membres, certains d’entre eux ayant cité des chiffres comme 20 % ou 25 % dans des discussions récentes.

Peu de propositions concrètes

Mme Hedegaard a été saluée pour son engagement en faveur de la protection climatique et pour ses excellentes capacités de communication. Mais elle a été critiquée pour son manque d’engagement sur des initiatives législatives concrètes, restant plutôt générale dans son discours.

Tout le monde n’arrête pas de répéter que l’environnement doit être combiné avec l’économie, a dit un eurodéputé. Ces mêmes mots peuvent tout et ne rien dire.

Un manque de vision individuelle des membres de la nouvelle Commission a marqué ces auditions. Les eurodéputés n’ont pas été bluffés par les orientations politiques que le président de l’exécutif de l’UE José Manuel Barroso a délivrées aux commissaires candidats, qui selon les socialistes s’apparentent à un serment de silence.

Contexte

Dans une tentative visant à donner davantage d’importance à la question du changement climatique dans les politiques européennes, un département séparé « action climatique » a été créé à partir de la direction générale « environnement » de la Commission européenne au sein de la Commission Barroso II (2009-2014).

La Danoise Connie Hedegaard a été nommée pour occuper le nouveau portefeuille pour l’Action climatique. Avant de rejoindre les rangs de l’UE, elle était la ministre du Climat et de l’énergie dans son pays.

Mme Hedegaard a été saluée pour son importante expérience dans les négociations internationales, menées en tant que ministre et lors de sa présidence des négociations climatiques de l’ONU en décembre dernier à Copenhague. Les optimistes espèrent que Mme Hedegaard aidera l’UE à atteindre ses objectifs dans les négociations internationales.

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