EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

25/08/2016

L’hydrogène fait son show

Climat & Environnement

L’hydrogène fait son show

hydrogene.jpg

[DR/LT]

L’utilisation de l’hydrogène comme vecteur énergétique, plus récente que son usage industriel, a toute sa place dans une économie en voie de décarbonation, aussi bien dans le bâtiment que dans la mobilité. Mais elle demeure mal connue en France. Un article de notre partenaire, La Tribune.

Quel rapport entre EasyJet, la compagnie de taxis Hype implantée à Paris, la Toyota Mirai, les vélos PRAGMA, les chariots élévateurs utilisés par Ikea, la cantine scolaire de Mafate au cœur de l’île de la Réunion ou encore les projets GRHYD à Dunkerque ou Jupiter 1000 à Fos-sur-Mer ? Tous recourent à des solutions à base d’hydrogène, qui pour déplacer ses avions au sol, pour faire rouler ses véhicules, pour prolonger l’autonomie de ses batteries électriques ou encore pour chauffer des immeubles. Découvert en 1839, évoqué par Jules Vernes dans l’Ile mystérieuse, l’hydrogène est utilisé dans l’industrie depuis des dizaines d’années. Il a même été exploité dans le cadre du programme spatial Apollo, qui l’utilisait comme carburant.

Du composant chimique au vecteur énergétique

Surtout produit à partir de gaz naturel et employé comme composant chimique dans des procédés industriels, il présente aussi un intérêt pour ses qualités de vecteur énergétique. Deux mécanismes permettent d’exploiter le principe de la pile à combustible : le « power to gas » consiste à fabriquer de l’hydrogène à partir d’énergies (fossiles ou renouvelables) pour le stocker dans les réseaux de gaz naturel, avant de le retransformer en électricité le moment venu. Et lorsqu’il est produit à partir de ressources renouvelables, il permet de fournir de l’électricité et de la chaleur pauvres en CO2. Un atout particulièrement précieux dans la foulée de la COP21. Au Japon, des chaudières utilisant cette technologie équipent déjà 100 000 foyers. À Fos-sur-Mer, le projet Jupiter 1000 mené par GRT Gaz consiste à convertir les surplus d’électricité d’un site éolien de la CNR et à valoriser le CO2 des fumées industrielles pour produire de l’hydrogène puis du méthane de synthèse, injectables dans le réseau de gaz naturel. À Mafate sur l’île de la Réunion, EDF a installé un dispositif associant production et stockage d’électricité, pour permettre une alimentation en continu des habitants, y compris en dehors des périodes d’ensoleillement. À Dunkerque, le projet GRHYD (Gestion des Réseaux par l’injection d’Hydrogène pour Décarboner les énergies) est dédié à la gestion couplée des énergies électrique et gaz naturel via l’hydrogène. Mené par Engie, il a vocation à évaluer la pertinence technique et économique du « power to gas » à l’échelle du territoire sur les marchés de l’habitat et du logement,  mais aussi du transport, avec l’alimentation d’une cinquantaine de bus fonctionnant au gaz par un mélange d’hydrogène et de gaz naturel.

Des constructeurs automobiles français encore frileux

Le « power to fuel », utilisé pour des solutions de mobilité, consiste à transformer de l’hydrogène embarqué et de l’oxygène en électricité et en eau (selon le principe de l’électrolyse et de la pile à combustible). L’électricité est alors utilisée pour alimenter le moteur électrique et les batteries des véhicules. En plus de Toyota avec la Mirai, de Hyundai, Honda, mais aussi BMW, Mercedes ou Audi proposent ou prévoient des modèles à hydrogène. En France, en dehors de la flotte de taxis Hype, des chariots élévateurs et de quelques Kangoos électriques détenus par La Poste, qui l’utilisent pour accroître leur autonomie jusqu’à 300 kilomètres, l’hydrogène n’a guère séduit les constructeurs.
Mais d’autres acteurs français sont en pointe sur ces technologies, aussi bien de grands groupes comme Air Liquide ou Engie que des startups telles que McPhy ou Symbio FCell ou encore des laboratoires de recherche. Total prévoit d’étendre son réseau à 50 stations en Allemagne d’ici 2018, dans le cadre du programme national H2 Mobility Deutschland qui doit en compter 400 à l’horizon 2023.

C’est précisément pour donner plus d’écho aux expériences pionnières et pour faire essayer les modèles automobiles existants, afin notamment de rassurer sur la supposée dangerosité de l’hydrogène, en réalité équivalente à n’importe quel autre combustible, que s’est tenu cette semaine à Paris HyVolution, le premier salon entièrement dédié à l’hydrogène.