L’UE s’inquiète de la cybersécurité des voitures sans conducteur

Car companies have called for legislators to draft legislation on autonomous cars

Il est grand temps de doter l'UE de règles sur les véhicules connectés et autonomes, selon les constructeurs automobiles. [Wikipedia]

Commission européenne et le Parlement ont annoncé le 3 septembre que les travaux sur la réglementation des voitures connectées allaient commencer, mais que la législation sur les véhicules autonomes ne serait pas prête avant un certain temps.

Depuis deux ans, les grands constructeurs automobiles testent des prototypes de voitures autonomes ou sans conducteur. Les choses avancent, mais tout ne se passe pas toujours comme prévu, et Google a déjà enregistré plusieurs accidents impliquant ses voitures autonomes.

Malgré ces incidents, certaines entreprises européennes ont déjà testé ces véhicules sur la voie publique. En Allemagne, Daimler vient de recevoir le feu vert des autorités pour essayer ses voitures autonomes dans l’État du Bade-Wurtemberg, à condition qu’il y ait quelqu’un dans la voiture-!.

Dans ses instructions pour les voitures sans conducteur, publiées cet été, le gouvernement britannique exige aussi la présence dans le véhicule d’une personne qui puisse prendre le contrôle de la voiture en cas de besoin.

Les législateurs européens se veulent prudents

Les législateurs européens se montrent toutefois prudents. Adina Valean, vice-présidente au Parlement européen, a ainsi estimé qu’il était « encore très tôt pour parler de voitures autonomes » lors d’une table ronde sur le sujet à Bruxelles. « Ce n’est pas spécialement que la technologie n’y est pas, mais la question est extrêmement complexe. Pensez simplement à l’attribution des fréquences et aux questions de sécurité des réseaux », explique-t-elle. Adina Valean est chargée des télécommunications et de l’innovation numérique.

La convention de l’ONU sur le trafic routier a été modifiée l’an dernier pour autoriser la conduite autonome, à condition, là aussi, que l’utilisateur puisse arrêter la voiture en cas de besoin.  Les pays de l’UE ont signé la convention, mais pas les États-Unis, où de grandes entreprises de nouvelles technologies testent leurs véhicules autonomes.

Si les constructeurs ont déjà mis des voitures autonomes sur les routes, les recherches sur les véhicules qui se conduisent sans conducteur sont encore en cours.

« Encore beaucoup de travail », selon BMW

Le vice-président de BMW, Thomas Becker, a indiqué que le constructeur testait des voitures dans lesquels les conducteurs ne devaient pas s’occuper des pédales, et d’autres qui ne nécessitent pas l’utilisation du volant.

« Tout le monde se penche sur les premiers stades, durant lesquels la voiture devient de plus en plus autonome, mais le conducteur doit toujours être attentif à ce qui se passe sur la route », explique-t-il.

Les autorités locales ont eu de longues discussions avec BMW sur l’autorisation de tests de voiture partiellement autonomes sur la voie publique, même sur de petites distances.

« Il y a encore beaucoup de travail à accomplir avant que nous soyons en mesure de vendre des voitures qui se conduisent réellement toutes seules », confirme-t-il.

Selon Thomas Becker, la technologie des véhicules autonomes a dépassé la législation en vigueur. En plus de lois sur l’utilisation des technologies existantes, Thomas Becker estime qu’il faudrait mettre en place une réglementation sur les différents aspects de la propriété des données et des questions de vie privée liés aux voitures connectées.

>> Lire : La coopération internationale doit être le moteur des voitures autonomes

Parallèlement aux essais de voitures sans conducteur, les entreprises se sont mises à développer des véhicules connectés non autonomes. Via une connexion à Internet, on pourrait ainsi obtenir des informations sur la position, la sécurité et l’efficacité du véhicule, ainsi que les réserves d’essence et bien d’autres données.

Les constructeurs allemands s’allient

Le mois dernier, Audi, BMW et Mercedes (qui dépend de Daimler) se sont associés pour acheter HERE, le système de cartographie de Nokia. Cette plateforme de localisation très précise pourrait être utilisée par les voitures autonomes, ou dans les voitures connectées.

Cet achat a été perçu comme une indication de leur volonté de s’imposer davantage dans le secteur des véhicules connectés et de concurrencer les entreprises de technologies du secteur, comme Google et Apple.

« Trois constructeurs automobiles allemands, BMW, Daimler et Audi investissent dans HERE pour s’assurer non seulement que l’Europe a les compétences qu’il faut, mais aussi qu’elle peut concurrencer d’autres régions à l’avenir. Les politiques de concurrence, des transports et des technologies sont toutes liées, comme tout ce qui a trait à la protection des données et de la vie privée », a assuré Thomas Becker.

La société de HERE a également mis en place un groupe de travail rassemblant des entreprises automobiles de différents pays afin de créer des normes sur les capteurs détectant la qualité des routes.

Des voitures qui communiquant entre elles

Dans un document sur la stratégie du marché unique numérique de la Commission européenne, on peut lire que de nombreux accidents de la route sont causés par des erreurs humaines qui « pourraient être évitées grâce aux voitures connectées et à la communication entre véhicules et infrastructures routières, ainsi qu’à, dans un avenir plus lointain, la conduite automatique ».

La Commission lance une consultation publique sur la réglementation des télécommunications et de l’Internet à haut débit la semaine prochaine. Une autre consultation, qui débutera dans le courant du mois de septembre, se penchera sur la libre circulation des données et l’Internet en nuage. Les propositions législatives devraient découler de ces consultations dans le courant de l’année prochaine. Selon les représentants de la Commission, ces propositions auront un impact sur les voitures connectées.

Selon Paul Timmers, responsable de la section société sûre et durable à la DG Connect, la direction générale chargée des télécommunications, la future législation sur les véhicules connectés sera influencée par l’Internet des objets et le développement des réseaux de 5G.

« Nous devons faire preuve de prudence en ce qui concerne la propriété des données et les modèles commerciaux, il ne faut pas donner l’impression qu’il n’y a qu’un acteur dans le secteur. La communication directe entre véhicules pourrait signifier une connexion 5G partout, ce qui ouvre la voie à un acteur supplémentaire », souligne Paul Timmers.

Le programme Horizon 2020 de la Commission a financé plusieurs projets de recherche sur les voitures connectées.

Le 2 septembre, le président du Comité des régions, Markku Markkula a expliqué à EURACTIV qu’il rencontrerait Violeta Bulc, la commissaire en charge des transports, dans le courant du mois, afin de parler de l’arrivée des voitures connectées dans les régions et villes européennes.

Cybersécurité

La visibilité actuelle des voitures connectées a fait naître des inquiétudes en ce qui concerne le piratage des voitures. Les spécialistes de la sécurité et les législateurs ont souligné ce risque après que des chercheurs ont réussi à s’introduire dans le système numérique d’une Jeep cet été. Ils sont notamment parvenus à désactiver les freins.

Paul Timmers assure que la Commission se penche justement sur les mesures de cybersécurité des voitures. « Dans le secteur financier, il s’agit de millions d’euros qui peuvent disparaître. Pour les voitures connectées, ce sont des vies qui sont en jeux », souligne-t-il. « Il est extrêmement important de mettre en place des systèmes de cybersécurité complets dans la voiture, autour de la voiture, entre voitures. »

Contexte

Les voitures connectées possèdent une connexion Internet pour la bonne marche de diverses fonctionnalités, dont le GPS, les conditions de la route ou l’efficacité de la voiture.

Les voitures autonomes, ou sans conducteur, n’ont pas besoin de l’intervention d’un conducteur pour fonctionner. Les sociétés automobiles demandent la mise en place de lois pour permettre aux voitures autonomes de circuler plus librement en Europe.

L’UE a pris la tête d’initiatives pour promouvoir la sécurité routière et la gestion du trafic en récupérant des informations fournies par des voitures connectées au réseau d’infrastructure numérique, depuis 2010. L’exécutif européen veut notamment que l’industrie transforme ses efforts en une « réussite sur le marché mondial », grâce à plus de coopération et standardisation des voitures assistées par TIC (technologies d’information et de communication).

«  Nous avons besoin, pour les voitures connectées, de coopérer sur la recherche afin de développer des normes mondiales » a déclaré Neelie Kroes, l’ancienne commissaire européenne au numérique.

La Commission européenne a annoncé qu’elle proposerait une loi en 2016 qui aurait un impact sur les voitures connectées. 

Prochaines étapes

  • Semaine du 8 septembre 2015 : la Commission européenne lance une consultation publique sur le cadre réglementaire des télécoms et le haut débit.
  • Semaine du 21 septembre 2015 : la Commission lance une consultation publique sur la libre circulation des données et l'Internet en nuage.
  • 2016 : la Commission espère proposer une loi sur la libre circulation des données et les télécoms, qui devrait avoir des conséquences sur les voitures connectées.