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27/09/2016

Le projet Lyon-Turin soupçonné de fraude par l’UE

Transport

Le projet Lyon-Turin soupçonné de fraude par l’UE

TGV français

Le projet controversé de Ligne à Grande Vitesse entre Lyon et Turin est dans le collimateur de l’Office européen antifraude, l’OLAF. France et Italie réclament près de 4 milliards d’euros à l’UE pour financer ce projet qui lui a déjà coûté 450 millions d’euros.

Le coûteux projet de liaison ferroviaire entre Lyon et Turin fait face à une nouvelle tempête. Saisi en décembre dernier par les eurodéputées écologistes françaises Karima Delli et Michèle Rivasi, l’Office antifraude européen a confirmé à EurActiv l’ouverture d’une enquête sur la liaison ferroviaire entre l’Italie et la France.

« Après une première analyse des accusations reçues, nous avons ouvert une enquête concernant le projet Ligne à Grande Vitesse entre Lyon et Turin » a confirmé le service de presse de l’OLAF.

Irrégularités et fraudes

 « Cette enquête va examiner certaines accusations précises que l’OLAF a reçu  afin de clarifier si des fraudes ou des irrégularités ont eu lieu et ont pu porter préjudice aux intérêts économiques de l’Union européenne. »

Parmi les incohérences du projet portées à l’attention de l’OLAF par les eurodéputées écologistes figurent notamment les liens supposés de deux entreprises italiennes parties prenantes du projet avec la mafia et des surcoûts inexplicables dans les achats d’équipements informatiques du côté italien. En France, Hubert Du Mesnil, président de Lyon Turin Ferroviaire, serait en situation de conflit d’intérêts.

>>Lire : Liaison ferroviaire Lyon-Turin : la balle est dans le camp des Etats

« Le sérieux des preuves collectées a convaincu l’OLAF d’enquêter sur ce projet qui fait l’objet d’un co-financement européen. L’ouverture d’une enquête est  la preuve même qu’il ne s’agit pas d’allégations, mais bien de faits avérés de fraudes, effectués au détriment du budget de l’UE » sont réagi  Michèle Rivasi, Karima Delli et Daniel Ibanez, auteur du livre « Trafics en tous genres » sur la LGV Lyon-Turin.

Un projet coûteux pour l’UE

Le projet du Lyon Turin fait en effet partie des grands projets d’infrastructure de transports chers à l’Union européenne, qui a prévu d’en financer une partie conséquente.

Au travers du mécanisme d’interconnexion en Europe (MIE), l’Union européenne compte apporter 40% des 8,5 milliards d’euros que devrait coûter  la construction du tunnel de 57 km reliant l’Italie et la France, soit 3,4 milliards d’euros.

« Les projets transeuropéens ont été un désastre stratégique de l’Union européenne. L’UE imagine que ces grands projets sont l’unique manière de faire exister l’Union des transports »  regrette  l’Italienne Monica Frasoni, co-présidente du Parti vert européen. Et le Lyon –Turin pourrait bien concentrer un partie importante des financements de l’UE, « au détriment d’autres » avertit-elle.

Le mécanisme d’interconnexion en Europe prévoit une enveloppe totale de 23,2 milliards pour développer les infrastructures de transport en UE sur la période 2014-2020. Le co-financement du tunnel du Lyon-Turin engloutirait donc à lui seul  près de 15% du budget  du MIE.

L’annonce de l’office antifraude intervient peu avant la date butoir de dépôt des dossiers de candidature dans cadre du mécanisme européen d’interconnexion (MIE). La France et l’Italie doivent en effet déposer de demande de financement auprès des services de la Commission d’ici le 26 février.

Projet « irresponsable »

Les dépenses européennes en faveur du projet ont déjà débuté. « Nous avons interpellé la Commission européenne  sur les études préparatoires sur le projet Lyon-Turin qu’elle a financé à 50%. Au total, l’Union européenne a déjà dépensé, 450 millions d’euros dans des études que nous contestons pour leur manque d’indépendance » a expliqué Karmia Delli.

Selon les verts et des nombreux opposants au projet, la nécessité même du projet apparait bancale au regard du trafic et des infrastructures préexistantes entre les deux villes.  «Il est irresponsable de dépenser plus de 26 milliards d’euros pour un tel projet alors qu’il suffirait d’exploiter la ligne ferroviaire existante et sous-exploitée pour parvenir aux mêmes fins » ont regretté les deux eurodéputés. 

Contexte

Le mécanisme pour l’interconnexion en Europe  pour 2014-2020 dispose d’un budget de 23,2 milliards d’euros afin de et de mettre en œuvre des projets d'intérêt commun dans le cadre de la politique en matière de réseaux des transports, notamment pour améliorer les connexions transfrontalières.

Le projet de liaison ferroviaire entre Lyon et Turin fait partie des axes de financements prioritaire de l’UE depuis  1994 et promet aux voyageurs de rallier Lyon à Turin en seulement deux heures tout en améliorant les capacités du fret de marchandises.

Mais les coûts prévisionnels du chantier n’ont cessé d’augmenter. La Cour des comptes française estime que le coût global est en passé, en euros courants, de 12 milliards d’euros en 2002 à 26,1 milliards en 2012.