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31/07/2016

Le transport apparait comme le plus gros défi climatique de l’Europe

Transport

Le transport apparait comme le plus gros défi climatique de l’Europe

Les voitures des particuliers sont responsables de 12 % des émissions dans l'UE.

[jeremyg3030/Flickr]

L’atteinte des nouveaux objectifs de réduction des émissions de l’UE  en 2030 dépend largement du secteur du transport, le plus gros émetteur de gaz à effet de serre après le secteur de la production d’énergie, selon l’ONG Transport & Environnement (T&E). 

Les militants écologistes ont mis l’UE en garde : si elle ne met pas en place de nouvelles normes d’efficacité énergétique pour tous les véhicules routiers d’ici 2025, elle n’atteindra pas ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

En Europe, le secteur des transports est le secteur émettant le plus de gaz à effet de serre après le secteur de la production d’énergie. Les transports sont ainsi responsables d’un quart des émissions de gaz à effet de serre totales de l’UE. Plus de 70 % de ces émissions proviennent des véhicules routiers.

« Nos recherches montrent une chose simple : sans normes d’efficacité énergétique pour les voitures, les camionnettes et les camions, les pays de l’UE auront du mal à respecter leur engagement climatique d’ici à 2030 », explique William Todts, responsable des politiques du transport chezTransport & Environnement (T&E).

Dans le cadre de sa contribution aux négociations de l’ONU sur le changement climatique, l’UE s’est en effet engagée à réduire d’au moins 40 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, par rapport aux niveaux de 1990.

>> Lire : Les négociations climatiques reflètent la fragmentation du Sud

Les dirigeants européens ont aussi promis de réduire les émissions provenant des transports de 30 % par rapport au niveau de 2005 dans les 15 ans à venir.

À elles seules, des mesures d’efficacité énergétique pourraient représenter 42 % de cette réduction, si elles étaient appliquées à tous les véhicules routiers d’ici 2025, indique une étude de T&E, qui révèlent aussi qu’elles auraient des retombées économiques avantageuses.

>> Lire : Désaccords en vue sur la réduction des émissions de CO2 des voitures européennes

L’ambition, ça paye

La mise en place de normes ambitieuses pour le rendement énergétique des carburants et les émissions de gaz à effet de serre serait bénéfique aux consommateurs et aux fabricants automobiles européens.

T&E conseille donc à l’UE d’adopter une limite de 70g de CO2/km pour les voitures et de 100g/km pour les camionnettes. Selon les auteurs de l’étude, les améliorations nécessaires à la réalisation des objectifs permettrait aussi aux conducteurs d’économiser 350 euros par an.

Le pouvoir d’achat supplémentaire ainsi engendré pourrait dynamiser l’économie et aboutirait à la création d’un million de nouveaux emplois, estime l’étude. Ces mesures permettraient également de participer à la réduction de la dépendance énergétique des 28. L’UE importe en effet 90 % du pétrole qu’elle consomme, ce qui représente une dépense de 564 millions d’euros par jour. Un tiers de ce pétrole provient de Russie.

Des normes cohérentes

Depuis 2007, les objectifs de réduction d’émissions et d’efficacité énergétique qui concerne les voitures et camionnettes vendues dans l’UE ont déjà permis de limiter tous les ans un peu plus le volume d’émissions du secteur du transport.

L’objectif de réduction à 175g de CO2/km des émissions des camionnettes a d’ailleurs été atteint en 2014, trois ans avant la date limite. Depuis que les émissions des voitures sont surveillées, soit depuis 2010, les émissions de CO2/km des nouvelles voitures ont chuté de 12 %, atteignant les 123,4g.

>> Lire : Bonnet d’âne à l’Allemagne et au Royaume-Uni pour les émissions du transport

Selon les spécialistes de T&E, l’application rapide de nouvelles normes plus strictes est essentielle. Elle permettra de compenser le fait que dans certains pays, comme la Pologne ou la Lituanie, le marché des véhicules d’occasion est bien plus important que celui des voitures neuves.

Dans ces pays, il faudrait attendre dix ans avant de voir les conséquences de nouvelles normes sur le rendement des carburants.

Pour l’instant, les camions ne sont quant à eux pas soumis aux objectifs de réduction des gaz à effet de serre ou d’efficacité énergétique. Selon l’étude de l’organisation, l’absence de cadre réglementaire entraînera probablement une augmentation de leurs émissions d’ici 2030, ce qui signifie que l’UE ne respectera pas ses engagements internationaux.

Le lobby des camions

L’ACEA, l’association représentant les intérêts des fabricants de voitures, camionnettes et camions européens, exhorte la Commission à faire preuve de prudence sur la question de nouvelles normes d’efficacité énergétique pour les voitures et camionnettes.

« Nous devons nous assurer que des politiques ambitieuses sur le changement climatique ne sont pas en contradiction avec la nécessité de protéger l’emploi et la croissance dans l’UE », a déclaré Carlos Ghosn, PDG de Renault et président d’ACEA.

Les fabriquants automobiles sont déjà parvenus à retarder la réglementation européenne sur les émissions des camions en 2014, arguant qu’ils avaient besoin de plus de temps pour concevoir de nouveaux modèles.

« La réalité, c’est que le transport est aujourd’hui le plus gros problème climatique de l’Europe », résume cependant William Todts, de T&E. « Enterrer l’instrument le plus utile à la réduction des émissions des véhicules à l’après-2030 serait idiot. »

>> Lire : Les émissions du transport maritime tuent des milliers de personnes chaque année

Contexte

Le secteur du transport est le deuxième émetteur de gaz à effet de serre dans l'UE, après le secteur de l'énergie. À lui seul, le transport routier est responsable d'environ un cinquième des émissions de dioxyde de carbone (CO2) dans l'UE.

Les émissions liées aux transports ont atteint leur pic en 2007. En 2011, l'UE a fixé un objectif de réduction des émissions de CO2 de 60 % par rapport au niveau de 1990.

Dans l'UE, les voitures des particuliers sont responsables d'environ 12 % des émissions de CO2, le principal gaz à effet de serre.

En 2007, l'UE a proposé une réglementation fixant des normes d'émissions pour les nouvelles voitures. Elle a été adoptée en 2009 par le Parlement européen et le Conseil.

Conformément à la réglementation actuelle sur les véhicules, les nouvelles voitures doivent atteindre cette année la moyenne de 130g de CO2 par kilomètres (g/km).

>> Lire notre LinksDossier : Automobiles & CO2

Des propositions publiées en 2012 ont défini des objectifs supplémentaires de 95g pour les nouvelles voitures d'ici 2020 et 147 g/km pour les camionnettes.

>> Lire : Les eurodéputés en faveur du rendement énergétique des voitures

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