Les compagnies aériennes réclament moins de taxes à l’UE

Les patrons des compagnies aériennes veulent empêcher les grèves des contrôleurs aériens. [Mark Hodson Photos/Flickr]

Les patrons des compagnies aériennes demandent à la Commission européenne de réduire le nombre de grèves des contrôleurs aériens et à l’UE dans son ensemble de lever « toutes les taxes déraisonnables » pesant sur le secteur.

Les PDG des cinq plus grosses compagnies aériennes de l’UE, Ryanair, Air-France-KLM, Easyjet, International Airlines Group et Lufthansa Group, souhaitent que la nouvelle stratégie sur l’aviation du bloc comprenne un mécanisme de résolution des différends paneuropéen contraignant. Les syndicats estiment que la Commission devrait plutôt se concentrer sur la reconnaissance des syndicats du secteur.

Depuis le début de l’année 2015, plus de 3 000 vols ont été annulés et les contrôleurs aériens ont abandonné leur poste neuf fois, ont souligné les compagnies aériennes lors d’une toute première conférence de presse commune à Bruxelles, le 17 juin.

Suppression des taxes

Elles ont profité de l’occasion pour exiger la suppression de toutes les taxes « déraisonnables » concernant le secteur de l’aviation, arguant qu’il crée de l’emploi et de la croissance. Les compagnies ont également annoncé la création d’un nouveau groupe de pression, inspiré de Airlines for America, le lobby américain des compagnies aériennes.

La Commission européenne élabore un paquet législatif dédié à l’aviation, qui contient notamment une stratégie visant à renforcer la compétitivité du secteur. Ce paquet sera présenté à la fin de l’année et devrait inclure de nouvelles propositions de réglementation.

Grève

Le mécanisme de règlement des différends industriel n’a pas pour vocation d’interdire ou de remplacer les grèves des contrôleurs aériens, mais plutôt de fournir un premier recours, avant de lancer une grève, assure Michael O’Leary, PDG de Ryanair.

« Nous tentons justement de ne pas rendre les grèves illégales », a-t-il déclaré. « Nous voulons juste ajouter un club à notre sac de golf. »

L’UE pourrait minimiser les perturbations liées aux grèves en cessant de fermer les espaces aériens des pays où une grève est en cours. Les moyens techniques actuels permettraient en effet aux avions de survoler sans danger le pays paralysé.

« L’UE doit s’assurer que les grèves ne perturbent pas les passagers », ajoute Michael O ‘Leary, personnalité controversée du secteur.

Reconnaissance des syndicats

« Le droit de grève est un droit fondamental », rappelle quant à lui Patrick Itschert, secrétaire général adjoint de la Confédération européenne des syndicats. « Il ne peut pas être affaibli. C’est en négociant avec les syndicats que l’on doit résoudre les différends. Les PDG devraient donc plutôt se concentrer sur la reconnaissance des syndicats dans l’industrie. »

Les 28 devraient « réinitialiser la stratégie de ciel unique européen afin d’améliorer l’utilisation qui est faite de l’argent public dédié à l’efficacité des espaces aériens, a également déclaré le PDG de Ryanair lors de la conférence de presse.

La Commission européenne a clôturé une consultation publique sur sa nouvelle stratégie le 10 juin. Contactés par EURACTIV, ses représentants ont expliqué avoir reçu 280 contributions, un rapport est en préparation.

« La réunion d’aujourd’hui, qui rassemblait cinq PDG de compagnies aériennes n’a rien à voir avec la Commission », a assuré Jakub Adamowicz, porte-parole de l’exécutif, à EURACTIV. « Nous sommes bien entendu en contact avec tous les grands acteurs de l’aviation civile de manière permanente. »

Les cinq PDG, qui ont répété que l’industrie était essentielle à la croissance économique et créait de l’emploi, ont présenté une série de réformes qu’ils veulent voir figurer dans la nouvelle stratégie européenne.

Brillant par son absence, l’idée d’une taille standard pour les bagages en cabine, n’a pas été, et ne sera pas, discutée, a martelé Willie Walsh, d’International Airlines Group.

« L’aviation ne se limite pas à créer de la croissance et des emplois dans notre industrie et dans d’autres, son inscription dans l’infrastructure globale [des transports] a un effet exponentiel énorme », a expliqué le PDG de Lufthansa, Carsten Spohr. Elle pourrait affirmer la compétitivité mondiale de l’UE, a ajouté Carsten Spohr.

>> Lire : Le peu de progrès dans le contrôle du trafic aérien suscite la colère du Parlement

Frais d’aéroport

Les frais d’aéroport sont trop chers pour les passagers, assure quant à lui Alexandre de Juniac, d’Air France-KLM.

Les frais d’aéroport en Europe sont parmi les plus élevés au monde, a-t-il assuré, avant de demander une réglementation plus efficace des monopoles exercés par les aéroports. Les coûts liés à la sécurité ne sont pas contrôlés correctement, a-t-il ajouté.

Depuis 20 ans, les compagnies aériennes offrent des prix toujours plus bas aux consommateurs, a souligné Carolyn McCall, d’Easyjet. « Il est à présent temps de s’assurer que ces réductions seront également supportées par d’autres parties de l’industrie. Le marché de l’assistance au sol devrait également être libéralisé, selon les PDG.

Les réglementations européennes en cours d’élaboration – incluant notamment les mesures concernant le ciel unique européen, les droits des passagers et les horaires – doivent être finies et appliquées, ont-ils conclu.

>> Lire : Bras de fer sur le projet de renforcement des droits des passagers aériens

Contexte

Les perspectives commerciales de l'aviation civile sont au beau fixe grâce à la demande croissante d'avions en Asie. Le trafic aérien mondial devrait augmenter au rythme de 5 % par an ces 20 prochaines années.

Les compagnies aériennes devraient cependant être confrontées à une compétition accrue en Europe, ce qui renforcerait le secteur, selon les prévisions.

Les compagnies du Golfe sont ainsi entrées dans la compétition sur les vols internationaux, un coup dur pour les compagnies européennes et américaines, qui se sont plaintes de subventions déloyales versées par les pays du Moyen-Orient.

« Les compagnies aériennes européennes perdent du terrain face aux transporteurs du Golfe à cause de pratiques de concurrence déloyale, et en particulier à cause des garanties et des aides publiques conséquentes dont ils jouissent », ont déclaré Paris et Berlin dans un communiqué commun.

Paris et Berlin ont donc demandé à la Commission européenne de mettre un terme à ces pratiques en adoptant une stratégie commune pour le contrôle de la conformité des activités des compagnies étrangères au droit européen.

Prochaines étapes

  • Fin 2015 : Présentation de la proposition législative.

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