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28/07/2016

Les sables bitumineux sont en route vers l’Europe

Transport

Les sables bitumineux sont en route vers l’Europe

Vue aérienne des sables bitumineux d'Alberta, au Canada.

[Nobel Women's Initiative/Flickr]

Plus des deux tiers des raffineries européennes sont prêtes à extraire du pétrole des sables bitumineux, le carburant le plus catastrophique pour l’environnement. 

Le 6 novembre, le président américain, Barack Obama, a décidé d’annuler le projet du pipeline Keystone XL, qui aurait transporté du pétrole issu de sables bitumineux dans tout le pays. Une décision motivée par l’impact écologique catastrophique du projet. L’extraction et le raffinage du pétrole des sables bitumineux produit trois ou quatre fois plus d’émissions de gaz à effet de serre que le pétrole brut conventionnel.

De nouvelles recherches menées par MathPro, un cabinet-conseil spécialisé dans le raffinage, indiquent que 71 des 95 raffineries de l’UE, de la Norvège et de la Suisse sont à présent équipées pour traiter de pétrole brut lourd ou prétraité issus de sables bitumineux.

L’étude, commandée par les ONG Transport&Environment et les Amis de la Terre Europe, semble indiquer que l’industrie européenne se prépare à réceptionner des importations.

Le pétrole issu des sables bitumineux n’est pas extrait en Europe, mais dans les pays comme le Canada ou le Venezuela. Des entreprises américaines raffinent et exportent du pétrole de sables bitumineux en Europe, en le mélangeant avec du pétrole conventionnel.

Importations à l’horizon

« À quelques jours de l’ouverture des négociations mondiales pour le climat à Paris, il est évident que les entreprises européennes sont en mesure de traiter ce pétrole extrêmement dangereux pour l’environnement et que l’UE ne fait rien pour empêcher l’importation des sables bitumineux », explique Laura Buffet, responsable de politiques pour les carburants chez Transport&Environment.

L’importation illimitée de sables bitumineux en Europe aurait le même impact climatique que l’introduction de six millions de voitures en plus sur les routes, selon un rapport publié l’an passé.

Accéder à la carte interactive en cliquant sur l’image ci-dessous.

Une occasion manquée

Les décideurs politiques de l’UE ont raté une occasion de décourager ces importations en pénalisant leur utilisation dans les carburants du transport routier.

En octobre 2014, la Commission européenne a fini par supprimer une mesure du projet de directive sur la qualité des carburants selon laquelle le pétrole issu de sables bitumineux aurait dû être étiqueté comme très polluant.

Cette directive est un important outil de promotion des carburants plus propres et fait partie de la stratégie de la Commission pour réduire de 20 % les émissions de carbone d’ici 2020. Le secteur des transports est responsable de 31 % des émissions totales de CO2 de l’UE.

La marche arrière de la Commission intervient après des années de lobbyisme de l’industrie. Les activistes ont également accusé l’exécutif d’avoir affaibli le texte dans l’intérêt des négociations en cours pour des accords de libre-échange avec le Canada (CETA), et les États-Unis (TTIP).

Les velléités de pénalisation du pétrole de sables bitumineux canadien ont été rejetées de peu par le Parlement européen en décembre dernier. Au lieu de cela, la valeur des émissions liées au pétrole des sables bitumineux a été évaluée au même niveau que celle du pétrole conventionnel ou du diesel, ce qui signifie que les évaluations ne tiendront pas compte des émissions réelles.

>> Lire : Feu vert controversé à l’importation de pétrole issu de sables bitumineux

« Les sables bitumineux sont meurtriers pour le climat, pourtant la politique énergétique de l’UE protège cette industrie dangereuse », regrette Colin Roche, qui s’occupe des industries extractives pour les Amis de la Terre Europe.

Le premier grand envoi de pétrole de sables bitumineux canadien est arrivé par l’entreprise Repsol, à Bilbao, en Espagne en juin 2014. Il a été accueilli par une vive opposition.

>> Lire : Des citoyens s’insurgent contre l’importation de sables bitumineux en Europe

Réactions

« Le matériel utilisé pour le rapport ne suggère pas que davantage de pétrole de sables bitumineux sera importé en Europe », assure John Cooper, le directeur de FuelsEurope, contacté par EurActiv. « Le rapport indique même le contraire.

Il contient un tableau utilisé par une association de producteurs de pétrole canadiens, qui ne fait aucune prévision quant aux volumes de pétrole de sables bitumineux à destination de l'Europe. Comme le dit le rapport, les propriétés physiques du pétrole issu de sables bitumineux produit par l'industrie rendent ce combustible peu adapté aux mélanges avec les diesels européens », estime-t-il.

« Le rôle de l'économie des sables bitumineux dans l'UE, mais, comme l'indique le rapport, ce sujet pourrait être non pertinent, parce que la plus grande partie de l'augmentation prévue sera probablement absorbée par le marché nord-américain.

Le fait d'avoir la capacité [de traiter ce pétrole] ne signifie pas qu'il y aura une sélection automatique dans une raffinerie individuelle. Le rapport indique par exemple que la situation économique morose du secteur du raffinage européen en général rend improbables les investissements nécessaires au traitement du pétrole de sables bitumineux, même à des prix cassés. »

Contexte

Le débat sur la classification du pétrole issu de sables bitumineux a débuté en 2009, quand les États membres ont approuvé une législation visant une réduction de 6 % des émissions de CO2 des carburants utilisés pour le transport en Europe d'ici 2020. Les États ne se sont cependant jamais accordés sur la manière de concrétiser cette mesure. En 2011, l'exécutif européen a admis que les sables bitumineux devraient recevoir une valeur carbone 20 % plus élevée que celle du pétrole conventionnel, avant de faire marche arrière en octobre 2015.

Selon l'étude commandée par la Commission, l'exploitation des sables bitumineux entraine 23 % d'émissions de CO2 de plus que celle du pétrole conventionnel La directive sur la qualité des carburants est un important outil de promotion des carburants plus propres et fait partie de la stratégie de la Commission pour réduire de 20 % les émissions de carbone d'ici à 2020. Le secteur des transports est responsable de 31 % des émissions totales de CO2 de l'UE.

La directive européenne sur la qualité des carburants impose aux fournisseurs d'énergie une réduction de 6 % des émissions de gaz à effet de serre issus des carburants qu'ils mettent sur le marché, par le biais de méthodes telles que la réduction du brûlage ou l'utilisation accrue de biocarburants.

Le 4 octobre 2011, la Commission européenne a adopté la révision de la directive sur la qualité des carburants, qui attribue aux producteurs de pétrole issu de sables bitumineux une valeur par défaut de 107 grammes d'équivalent CO2 par mégajoule (CO2eq/MJ).

Ce chiffre est plus élevé que la valeur moyenne de 87,5g CO2eq/MJ attribuée aux autres pétroles bruts, car l'étude menée par l'université de Stanford pour l'UE a montré que l'extraction de pétrole issu de sables bitumineux dégageait plus de carbone. Ces chiffres ont toutefois mené le Canada, qui dispose des plus grandes réserves de sables bitumineux au monde, à s'élever contre l'action de l'UE.

D'autres carburants non conventionnels ont été frappés par cette proposition, comme le schiste bitumineux qui s'est vu attribuer une valeur de 131,3 CO2 eq/MJ et le charbon liquéfié une valeur de 172 CO2 eq/MJ.

Ottawa, les grandes compagnies pétrolières et l'industrie du raffinage se sont vivement opposés à l'étiquetage des sables bitumineux comme très polluant.

Dans le contexte de la crise entre l'Ukraine et la Russie et des inquiétudes qu'elle entraine pour la sécurité énergétique de l'UE, le Canada assure que l'Europe devrait profiter de la sécurité du pétrole de sables bitumineux. 

Prochaines étapes

  • 30 novembre : Début de la Conférence sur le changement climatique à Paris (COP 21).

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