Les voitures hybrides font de nouveaux adeptes en Europe

Sous la pression de normes d’émissions de plus en plus strictes, les voitures hybrides (essence-électricité) se répandent dans les gammes européennes, 18 ans après le début du pari réussi de Toyota sur cette technologie.

Le premier constructeur mondial a choisi le salon de Francfort, qui ouvre ses portes samedi au public, pour montrer au grand nombre sa nouvelle Prius, quatrième du nom depuis 1997.

A l’époque, peu nombreux étaient ceux qui croyaient au succès d’une architecture complexe: un moteur à essence et des générateurs alimentés par des batteries. Lorsque le moteur thermique démarre, il recharge les batteries, également alimentées par le freinage.

Le principe adopté par Toyota, synonyme de consommation et d’émissions réduites, était déjà connu, et Porsche aime à rappeler que son fondateur avait élaboré une voiture essence-électricité dès 1900.

D’abord timides (17 600 unités en 1998), les ventes d’hybrides Toyota ont décollé après l’arrivée en 2003 de la 2e génération de Prius, plus spacieuse et au profil biseauté, devenue un symbole de statut « écolo-responsable ».

La toute dernière, aux lignes aérodynamiques mais tourmentées, revendique une consommation réduite de 18 % par rapport à la Prius 3 mais Toyota reste discret sur ses caractéristiques précises.

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D’autres grands constructeurs se sont eux aussi mis aux hybrides: Honda, Nissan, General Motors et Ford, parfois en exploitant des brevets Toyota, qui a toutefois conservé une belle avance dans les ventes et récemment passé le seuil des huit millions d’hybrides cumulés. La Prius, déclinée en plusieurs versions, est de loin le modèle neuf le plus vendu au Japon, où la part de marché des hybrides se rapproche des 40 %.

L’Europe semblait encore récemment résister aux hybrides, un fait attribué à la vigueur du diesel sur le Vieux continent, avantagé par les normes d’émissions de CO2 et une fiscalité plus favorable.

Les Français quasi absents

Mais l’hybride « commence à trouver son public parce que l’équation du coût total commence à être équilibrée pour un certain nombre de consommateurs », estime François Jaumain, du cabinet PwC.

« L’automobiliste a toute confiance dans l’hybride. Il n’y a pas de problème d’autonomie », contrairement aux voitures électriques, remarque pour sa part Flavien Neuvy, directeur de l’observatoire Cetelem de l’automobile, en prédisant qu’« à assez court terme on pourrait voir les ventes atteindre 10 % des volumes totaux ».

Les normes Euro 6, pleinement entrées en vigueur le 1er septembre, rebattent les cartes en rendant le diesel moins attractif. A cela s’ajoute l’objectif de 95 g/km de CO2, imposé aux constructeurs à l’horizon 2020, en attendant un possible nouveau durcissement.

Selon une étude Euler Hermes, l’Allemagne est à la traîne avec des émissions moyennes de 130 g/km en 2014, contre 112 g en France, la rançon de modèles plus haut de gamme. Du coup, l’industrie automobile allemande consent « des investissements massifs dans les technologies hybrides et électriques », indique l’assureur.

Les stands des constructeurs à Francfort s’en ressentent. BMW expose ainsi des nouvelles hybrides rechargeables sur secteur, technologie que son concurrent Mercedes-Benz prévoit d’étendre à dix modèles d’ici à 2017, tandis que Volkswagen propose déjà une version hybride rechargeable de son modèle vedette, la Golf. Audi et même Porsche s’y sont également mis.

« On n’est plus les seuls à faire de la voiture hybride. Tous ceux qui nous critiquaient précédemment en disant que c’était une technologie temporaire qui ne valait rien vont devoir revoir leur position », se réjouit le vice-président exécutif de Toyota, Didier Leroy.

Dans un entretien avec l’AFP, il se dit persuadé, malgré cette nouvelle concurrence, que son entreprise profitera d’une familiarité accrue des consommateurs vis-à-vis de la technologie, et affiche l’ambition de doubler d’ici à 2020 le nombre d’hybrides Toyota vendues par an en Europe, à 400 000 unités.

Grands absents de ce marché: les Français. PSA Peugeot Citroën, dont les hybrides diesel haut de gamme n’ont pas rencontré le succès commercial escompté, a confirmé mardi à Francfort que ses marques proposeraient des hybrides essence rechargeables d’ici à la fin de la décennie.

De son côté, le groupe Renault n’a toujours pas annoncé d’hybride de série, après avoir surtout misé sur le 100 % électrique.